IA PLACE ET MA FE.IIME
Comédie en ;i actes, en prose, de M" Btiynrd ei de l^aitljr,
KcUatititnt V'it f'ele dr A'eron : M" S .iiii \ulalre, l.ipi.'r, Duinilitrr. Doucliel. Oeffn.), .MIrocourI,
M.iriul. Albi-rl. MoiiUur, Arsénr; M— l'jr.idol, Tlirn.ird. Mnrjlis.
Daiit iVa ma P/ace rl femme : M" Menjjud, S.tiiisoii, Fiiurr, riuiiclifl, Dip ini, Monlaur ; M"" Mciijiud,
MoriU't. r - , . . . , „ • -, /
l-^t Sureaux s ouvi irnnt a t) hein es. — Un co/nnitncera a 7 heuirs.
Demain CI.OTILDE et LEH DEUX PAGES. M"* MARS joner:i le rôle de Clotilde.
Acte«n éiBS CtoUUe -. Mrssl»ur« Dcsiiiouvsrjcx, Menjjud, >3iLfcii, Fûnrr, Gcffri.j-, Mariu", I\rgnicr. iMonl.iur, Adc>^> ; It*** lyiirs. JSeute.
RDiiu les Deux fa^s : m" Sauisoii, 9ctiier, Djilly, Hlurr, Albert, Arsôn», M**' Maiilr^ Meiijnud,lirrTrv, Ikmard, Kulalif, TbiM-rel.
■lFHK»ha MM Yiéâtfe titf l'4&A>'o*i.
ZAlRf. et POLa<;EALGNAC.
S'adreiser au Bureau de Local loi, piir hs Siallêi de ùalcon, d'Orckr'tre ei dr première Galerie, Billeli prit, «« a'ea renirapat U Valeur. VINCJON. Fils et .Succ»6seur de M~ V IUI.L\RD, linpriimur
Une affiche d'une Fêle de Néron, sans M"« George.
Mérope, qu'elle joua le 21 avril ; Bodogune, le 25 ; Athalie, le 29 (Bénéfice de Monrose) ; 3/ac6e//i, le 15 mai ; Sémiramis, le 18 ; OEdipe, le 21. Une ultime faveur accueillait la grande actrice de l'Empire et se poursuivit pendant plusieurs mois où elle reprit tous les beaux rôles de sa triomphale carrière, compris Lucrèce Borgia. Dans le courant de janvier 18/i3, elle jouait quatre tragédies :
Bodogiine^ Britannicas^ Heraclius, Médée. En novembre de la même année, c'était la reprise à'' Une fête de Néron (1), que des rivales faisaient triompher — sans elle — à la Comédie-Française. Un an plus tard elle reprenait Jeanne d'Arc, Christine à Fontainebteaa et la Tour de Neste: Puis la faveur baisse, il faut recommencer à faire des tournées. Et George repart en voyage avec Harel. Tandis qu'elle joue à Paris, il occupe ses loisirs avec des travaux littéraires. L'Académie Français lui couronne un Eloge de Voltaire; rOdéon lui joue, le 9 mars IS/jo, une comédie en deux actes, le Succès, qui sombre honorablement, et pour le 26 mai de la même année, la Comédie Française annonce de lui une grande pièce en cinq actes : Les Grands et les Petits, pour laquelle il semble avoir redouté le veto de IaCensure(2).
(1) « N° 58. — Soumet (A.), Une Fêle de Néron, tragédie, ornée d'une lithographie par Raffet. Paris, 1830, in-8, v. orn. sur les plats, dent, int., dos orné. tr. dor., 1"^ édition, envoi d'autear à Mlle George. » Catalogue Sapin, p. 7. — Vendu (')2 francs.
. (2) Il écrit, en effet, à cette époque, au fidèle Merle : <( Rendez-moi le service d'annoncer dans votre feuilleton de demain une comédie, dont la première représentation aura lieu samedi. Ne dites rien qui puisse réveiller la censure qui dort, 11 y n indice de succès : les rôles principaux seront joués par Samson, Firmin, Geffroy, Provost, Régnier, Mlle Maule. Une bonne annonce, par vous, me sera bien ulile. w Harel.
LES FErX DE LA HAMPE ET DE LA GLOIRE 887
Mais George l'entraîne. Leurs destins sont indissolublement liés.
Mais tant de soucis, de préoccupations, une lutte aussi constante avec la mauvaise et cruelle chance ont affaibli ses vives et brillantes qualités mentales. Un jour il faut le mener dans une maison de santé à Ghàtillon. Harel est fou. L'année suivante il meurt. C'est I8/16.
Voici George désemparée. De ville en ville elle erre, et ce qu'elle est, elle, la triomphatrice de 1802, la glorieuse tragédienne de 1830, ce qu'elle est, un inconnu va nous le dire. C'est en 18/i7, elle joue à Saumur, et un spectateur note : « Les rides, les cheveux blancs, la taille monstrueuse, le râlement, la démarche vacillante, la voix brisée, les hoquets de la pauvre actrice frappèrent tellement de stupeur les spectateurs, qu'un sentiment unanime de pitié et de dégoût s'empara d'eux, au point de leur faire fuir ce qu'ils avaient sous les yeux, et que la pièce s'acheva dans la solitude (1). » Et celui à qui on envoie ces nouvelles, c'est un ancien amant, c'est ce Jules Janin pour qui, en 1830, brilla radiousement le sourire et Famour de George. De toutes parts de pareils témxoignages surgissent. C'est M. Jules Claretie qui nous écrit : « J'ai vu Mlle George, dans ma jeunesse, en pro-
(1) Catalogue daalngraphes N. Charàvaij, mai 1906, déjà cit.
vince, jouer Marie Tudor,,. (1), » Et ce souvenir d'enfance il Ta conté, comme il sait conter, précisant la vision de naguère avec une netteté d'eauforte. Elle se traînait sur la scène, énorme, dit-il. Tombée à genoux, elle faisait des efforts désespérés pour se relever. Elle « demeurait là, immobile, comme un taureau abattu ». Et elle se relevait, en pleurant, applaudie quand même, trompée, peut-être, par la pitié de la foule pour celle qui
avait été la maîtresse deTEmpereur, laReine du Romantisme. C'est ainsi, que, vieille, triste, écroulée et dé-
Signaiure de M"" Mars.
chue, parant sa décadence d'une toilette bleue à raies blanches, que Victor Hugo la vit arriver chez lui, le 23 octobre i8li7. (( Elle m'a dit, raconte le poète : je suis lasse. Je demandais la survivance de Mars (2). Ils m'ont donné une pension de deux mille francs, qu'ils ne payent pas. Une bouchée de pain, et encore je ne la mange pas. On voulait m'engager à l'Historique (3), j'ai re-
(1) Lettre du 29 mars 1908.
(2) Mars était morte la même année, le 20 mars.
(3) Théâtre historique. George cependant devait y entrer l'année suivante, et y reprendre Marie Tudor, Lucrèce Borgia et la Tour de Nesle.
fusé. Qu'irais-je faire là parmi ces ombres chinoises ? Une grosse femme comme moi ? Et puis, où sont les auteurs, où sont les pièces, où sont les rôles ? Quant à la province, j'ai essayé Fan passé, mais c'est impossible sans Harel. Je ne sais pas diriger les comédiens. Que voulez-vous que je me démêle avec ces malfaiteurs ? Je devais finir le 2Zi, je les ai payés le 20, et je me suis enfuie. Je suis revenue à Paris voir la tombe de ce pauvre Harel. C'est affreux, une tombe! Ce nom qui est là, sur cette pierre, c'est horrible ! Pourtant je n'ai pas pleuré. J'ai été sèche et froide. Quelle chose que la vie ! penser que cet homme, si spirituel, est mort idiot! Il passait des journées à faire comme cela avec ses doigts. Il n'y avait plus rien. C'est fini. J'aurai Rachel à mon bénéfice ; je jouerai avec elle cette galette dVphigénle. Nous ferons de l'argent, cela m'est égal. Et puis elle ne voudrait pas jouer Bodogune. Je jouerai aussi^ si vous le permettez, un acte de Lucrèce Borgia,. Aussi, voyez-vous, je suis pour Rachel; elle est fine, celle-là (1). Comme elle vous mate tous ces drôles de comédiens français ! Elle renouvelle ses enga-
(1) « En ces temps belliqueux, le Théâtre-Français payait médiocrement ses acteurs. (O Mademoiselle Rachel ! comme vous avez su, depuis, le corrig^er de son avarice et ramener la caisse à des procédés plus convenables !) » E. de Mirecourt, vol. cit., p. 32.
gements, se fait assurer des feux, des congés, des montagnes d'or; puis, quand c'est signé, elle dit : — Ah ! à propos, j'ai oublié de vous dire que j'étais grosse de quatre mois et demi, je vais être cinq mois sans pouvoir jouer. Elle fait bien. Si j'avais eu ces façons, je ne serais pas à crever comme un chien sur la paille. Voyez-vous, les tragédiennes sont des comédiennes, après tout. Cette pauvre Dorval, savez-vous ce qu'elle devient ? En voilà une à plaindre ! Elle joue, je ne sais où, à Toulouse, à Garpentras, dans des granges, pour gagner sa vie ! Elle est réduite comme moi à montrer sa tête chauve et à traîner sa pauvre vieille carcasse sur des planches mal rabotées, devant quatre chandelles de suif, parmi des cabotins qui ont été aux galères ou qui devraient y être. Ah ! monsieur Hugo, tout cela vous est égal à vous qui vous portez bien, mais nous sommes de pauvres misérables créatures (1) ! »
Et la femme qui parlait ainsi au poète, était celle qui avait porté le diadème orfèvre de Lucrèce Borgia, et la couronne à croix de diamants de Marie Tudor ! C'était celle qu'invoquait jadis Firmin Didot en tête de ses Poésies:
(1) Victor Hugo, Choses vues, 2« série, pp. 90 et suiv.
LES FEUX HE LA nAMPli ET DE LA GLOIKE 3'Jl
Mon vaisseau s'expose à l'orage, Je t'invoque, ô George Weinier !
Si Vénus ne calme la mer Oui peut me sauver du naufrage (1) ?
C'était dans ce naufrage que se débattait George en ce moment. Malgré ce qu'elle avait dit à Victor Hugo, elle accepta les propositions du Théâtre Historique. Le 17 août 18/i8, elle y reprenait Marie Tiidor. «On l'y fêta chaleureusement (2), » dit M. L. Henry Lecomte. Le 7 octobre suivant ce fut Lucrèce Borgia (3). Avec le printemps suivant rOdéon la recueillit encore, reprenant avec elle les triomphes d'antan : Une fête de Néron, la Tour de Nesle. Mais la misère était là, griffes ouvej'tes.
Les sollicitations de George allèrent surtout aux survivants du régime impérial, et comme c'était le temps où à TÉlysée, Louis-Napoléon attendait son avènement àl'Empire, George s'adressa à lui à plusieurs reprises. Cette lettre inédite en témoigne :
(1) Poésies et traductions en vers, par Firmin Diclot. Paris, 1«22. Cet exemplaire fut vendu 18 francs à la vente Tom Harel. Catalogue Sapin, n° IG, pp. 2, 3.
(2) L. Henry Lkcomte, Histoires des théâtres de Paris : le théâtre historique- {I8i7, 1851, 1862, 1875, 1879, 1890, 1891.) Paris, 1906, p. 55.
(3) « Mlle George y fut revue avec intérêt. » Jbid., p. 57.
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Une demande d'audience de George au Prince-Président (Napoléon IIIj. (CoUeclion L. Henry Lecomle.)
les feux de la rampe et de la gloire 393
Mon prince,
Permettez-moi despérer que vous voudrez bien m'accorder un instant d'audience. L'accueil bienveillant dont vous m'avez honorée m'enhardit à solliciter de votre bonté cette insigne faveur.
Agréez, mon prince, l'assurance de ma respectueuse considération.
George W.
ex-sociétaire du Théâtre-Français.
d6 mars (1).
46, rue de la Victoire (2).
Nous verrons bientôt ce que fît le neveu de l'Empereur pour la maîtresse de Napoléon.
Ce fut à cette époque que George se décida à demander une représentation de retraite à son bénéfice. Elle pria la Comédie-Française d'autoriser Rachel à y prêter son concours (3), et la représentation fut annoncée pour le 27 mai iSl\9 à la salle Ventadour (Théâtre Italien.)
Rachel ! C'était la rivale, qui, après d'un demisiècle d'intervalle, rappelait les jours de la lutte avec Duchesnois. Rachel qui surpassait George et Duchesnois (4), au dire des uns, Rachel entre le
(1) La lettre est de 1849 ainsi qu'en témoigne le cachet du bureau du secrétariat de la Présidence.
12) Collection L. Henry Lyonnet. — Nous donnons p. 392 la reproduction de cette lettre.
(3) Lettre à Samson, 18 mai 1849. Catalogue d'autographes N. Charavay, juin 1905.
(4) L. AuGÉ DE Lassus, la Vie au Palais-Royal, p. 156.
^^€li:
lettre de Rachel
talent de laquelle et celui de George, il y avait tout un monde (1), au dire des autres, atteignait la gloire et prétendait ravir à la tragédienne du Consulat et de l'Empire, le laurier qu'un demisiècle avait fait verdir autour de son noble front. A rheure où George cherchait, on doit le dire, de province en province, de théâtre en théâtre, non le pain de ses dernières années, mais le pain quotidien, à cette heure Rachel gagnait 2/i8. 292 francs en quatre ans (2). Elle était belle alors, dit un de ses biographes, comme une statue de Phidias ou de Pradier. « Sa tête, ajoutait-il, au front perpendiculaire et fait pour la domination, était posée sur un cou flexible, qui s'harmoniait [sic) admirablement avec ses épaules. Bien proportionnée, elle avait les mains délicates et petites, les pieds petits comme les mains. Au théâtre, elle ajustait savamment les plis de ses costumes à son corps si souple lui-même, à. sa démarche fîère sans roideur, élégante sans recherche. A la ville, elle eut donné aux plus grandes dames, pour leur toilette, des leçons de goût, et les plus riches étoffesparaissaient simples portées par elle (3). » Telle était la femme qui, à cette représentation de charité et de
(1) E. DE MlRECOURT, uol. CÏL, p. 67.
(2) Catalogue des autographes N. Charavay, mai 1908.
(3) A. P. Mantel, Rachel, détails inédits. Paris, 1858, pp. 94, 95.
pitié devait montrer, elle — astre levant — la basse jalousie d'une gourgandine devant les derniers rayons de l'étoile à son déclin.
Cette représentation fut marquée de divers incidents qui la rendirent tumultueuse. Le programme comportait Iphigénie en Aiilide — le triomphe de 1802 ! — avec George, Rachel et Ligier; le Moineau de Lesbie avec Rachel, Brindeau et Maillart, et un vaudeville avec le comique Levassor. En outre on annonçait le concours de Mme Yiardot. Malgré le prix élevé des places (1), la foule était venue nombreuse, et maint spectateur de 1849 avait vu les retentissantes et orageuses soirées de 1830 et de 1833. A son entrée dans Iphigénie^ Rachel, jouant Eriphyle, fut applaudie, mais sans l'enthousiasme délirant qui secoua la salle à l'apparition de la plus majestueuse Glytemnestre qui ait illustré la scène française. Mais Rachel avait là, dans la salle, quelques amis. Complaisants ? Maladroits ? Imbéciles ? On le peut supposer, car à l'arrivée de George, au troisième acte, un sifflet éclata, strident, aigu. Un soir de bataille dramatique du Consulat sembla renaître. La fureur, l'enthousiasme, grondèrent du parterre
(1) Le lecteur trouvera le prix de ces places sur la reproduction que nous donnons de l'affiche de cette représentation, appartenant à la collection L. Henry Lecomle.