PRIX DES PLACES
A T»in Scènes cl Premières Loges fermées de lare
I'remièri"i fermées di- cèté. Premières déroiiverles de fare il de côté, Dcuiièmes l.o^es de face
Stalles (le t?atcon cl Stalles d'Orchestre
lU/.-de-Cliaussée de face el de côté. Sme»
Loges de côté . . 1 V fr M)
Troisièmes Loges de face 9
Troisièmes I^ogps de côté ...... H
Parterre . , 5
(Quatrièmes 5
l.cs tiircaiix. oc la location sont élablis au théâtre, en face la rueMoosigny, el ouverts d? 1 1 b. i < ?
Un billet-programme de la représentation de retraite de George,
aux loges. Les sifflets accueillirent indifféremment George et Rachel et, au milieu d'une tempête de cris et d'applaudissements, le rideau tomba. Rachel rappelée s'obstina à ne pas paraître. Elle était partie, refusant de jouer le Moineau de Lesbie. Mme Viardot se proposa pour la remplacer, ce qui fit dire à un spectateur spirituel :
— On nous avait promis un moineau et on nous donne un rossignol !
Neuf ans plus tard c'était George, George oublieuse ou repentante, qui suivait le convoi funèbre de Rachel (1).
Cette soirée avait accordé quelques ressources à la pauvre femme. Bientôt, cependant, il lui fallut se remettre à courir la province, Tinstitution dra-
(1) Rachel mourut au Cannet. Voici l'acte de décès qui fut dressé : « Du quatre janvier mil huit cent cinquante huit, à dix heures du matin. Acte de décès de Mlle Elisabeth- Rachel Félix, décédée le troisième du dit mois de janvier, à onze heures du soir, profession de artiste dramatique, âgée de trente-sept ans, née à Harau (Suisse), domiciliée à Paris, fille de Jacques Félix et de Ester Haya.
Sur la déclaration à moi faite par Tampier (Louis), âgé de trente-sept ans, profession de négociant, domicilié à Bordeaux, qui a dit être présent à la mort de la défunte, et Sardou (Camille), âgé de trente-huit ans, profession de négociant, domicilié au Cannet, qui a dit être présent à la mort de la défunte.
Constaté suivant la loi par moi, Perrissol Jean-Antoine, maire du Cannet. »
La pièce a été publiée par M. Fernand Bournon, Actes d'Étal civil de oersonnages célèbres. 1" série. Paris, 1907, p. 12,
matique qu'elle avait tenté de fonder, n'ayant point réussi. Alors, elle espéra de la charité de Napoléon III, mais l'homme avait d'autres créatures qui, après avoir été soutenu, demandaient à leur tour à être soutenues. On accorda à George la place d'inspectrice au Conservatoire. Une bouchée de pain, ainsi qu'elle disait à Hugo? Non. Le poste était
honorifique. La Jg^^^^^^ Comédie -Française se souvint cependant de ce qu'elle devait à cette fciiiine, et lui offrit une représentation à bénéfice. George pria qu'on la remit à plus tard, assurant, le 15 juin 1853, à Samson que, « quoi qu'il en soit, la Comédie-Française est toujours assurée de ma profonde gratitude (1)». La représentation ainsi remise eut lieu le 17 décembre suivant.
Sous le lourd manteau tragique de la Cléopâtre de Rodogiine, George remonta sur les planches où elle débuta. Marie Laurent, qui prit part à la cérémonie du Malade Imaginaire qui clôtura la représentation, dit: <( Elle était encore belle, mais elle se traînait ; et, pour dire le long monologue, elle fut obligée dn s'nppu^-or sur le dos d'un fauteuil ; elle ne pouvait rester debout. Mlle George
(1) Catalogue des autographes N. Charavay, imn 1905.
a eu, ce soir-là, un écho de ses anciens jtriomphes, mais ces succès-là sont toujours douloureux. C'est un adieu définitif que l'on dit à l'art, au travail, à la vie ! et on a beau les couvrir de fleurs, les pauvres artistes qui s'en vont ont le cœur navré : il semble qu'ils assistent à leurs propres funérailles (1). )^ C'était bien là la vieille femme qui s'en allait, celle-là qu'un soir d'hiver, alors qu'elle allait jouer en représentation au théâtre des Batignolles, Henri Rochefort vit courir après l'omnibus, chaussée de socques, sous une pluie battante (2). C'était celle-là que M. Armand d'Artois vit, un autre soir, vieille, énorme, écroulée dans la loge directoriale des anciennes Folies-Dramatiques que dirigeait son neveu, le fils de, George cadette et de Harel, Tom Harel. « Quel spectacle ! . . . Et c'était la grande et splendide George Weimerl Il n'en restait que cette main royale qui avait si longtemps porté le sceptre tragique et qui était illustre... (3). »
Deux fois encore Paris vit George : en 185/i, à rOdéon ; en 1855, à la Porte-Saint-Martin.
C'était lini.
(1) Marie Laurent, Souvenirs de théâtre, publiés dans les Annales politiques et littéraires, 1901.,
(2) G. Gain, vol. cit., p, 204.
(3) î..ettre du 25 mars 1908.
«■Vii---^ •• -
LE TOMBEAU DE m"* GEORGE AU PÈRE-L ACHAISE.
LES FEUX Di: LA HA.MPL LT DE LA GLOIRE U)l
Elle rentrait dans l'ombre, dans le silence, dans l'oubli.
... Le public ne veut plus de vous, allez-vous en, vous qui m'avez fait passer des soirées si émouvantes ; je ne veux plus vous entendre, je ne me souviens plus. Allez-vous en le cœur brisé, Tamour-propre humilié. Ceci ne nous regarde plus. Allez-vous en !... Ah ! le vilain métier !.. .
Ces mélancoliques et poignantes lignes écrites dans sa vieillesse, c'était pour elle aussi qu'elle les écrivait. Dans sa solitude que lui demeurait-il de sa vie passée ? Quelques couronnes de théâtre aux pierreries fausses, de vieux manteaux fripés et un mouchoir offert par Alexandre Dumas, portant brodé dans ses coins les couronnes de Theodora, de Marguerite, delà Tour de Nesle, de Christine et de Bérengère de Charles VII chez ses grands vassaux (1). Reliques de naguère, toutes ses espérances et ses seules richesses !
Pauvre elle l'était, cela est irrécusable. En 1855 elle sollicitait, à l'Exposition, le privilège du
(1} Ce mouchoir, porté au Catalogue sous le n-' (59, atlei^iiit 205 francs à la vente Tom Harel. « Il a été adjugé au prix de 205 francs pour Mme (^laretie, m'a-t-on dit. » New York Herald, 1" février 1903. — M. Cheramy, le possesseur du manuscrit des Mémoires de Mlle George, nous assurait, au contraire, qu'il appartenait aujourd'hui à Mlle Gilda Darthy.
bureau des parapluies (1). On lui servait une modeste et misérable pension^ dont la modicité même l'obligeait à faire de nouvelles demandes de secours. Ludovic Halévy se souvenait l'avoir vue, alors qu'il était employé aux Beaux- Arts, attendant un secours dans l'antichambre, à côté de Rachel venant solliciter un congé, a Deux reines de tragédies ! disait-il, et quelles reines (2) ! )> Mais ces secours on lui en marchandait le paiement. Deux lettres demeurées d'elle sont significatives à cet égard.
Mon cher Monsieur Mocquard,
Il paraît que l'augmentation de la pension ne me sera point payé si vous n'avez pas la bonté de faire exécuter les ordres du prince! L'augmentation peut être payésur la caisse des secours. Si l'on emploie pas ce mode de payement (pour le moment) on dira qu'il n'y a pas de fonds disponibles pour les pensions, et mon augmentation sera illusoire ; il y a très mauvaise volonté ; je ne peux pas vous écrire ce que je sais à ce sujet, mais bien désolée, je comptais sur les 1000 francs de ma pension. Vous savez notre misère, tout Paris la connaît, elle est assez visible.
Je compte sur vous pour faire cesser toutes ces incertitudes, toutes ces mauvaises tracasseries. Quand le prince ordonne ! Il me semble que cela suffit.
(1) Notes d'un Curieux; le Gauloiè^ 1^^ février 1903.
(2) Jules Claretie, les Mémoires de Mlle George ; le Journal^ 21 janvier 1893.
LES Fi:UX UE LA HAMPE ET DE LA C;L01KE 40ii
J'atteuds votre réponse, mon cher Monsieur Alocquart; je suis bien tourmentée.
Ce samedi soir.
George W. (i).
u Elle était assez aigrie par la gêne, par la vieillesse, » a dit Marie Laurent (2). Cette gène la portait à soupçonner chacun de lui être contraire, et à écrire, par exemple, au sous-chef du cabinet de TEmpereur :
Cher Monsieur Sacaley,
Jeviens vous confier mon gros chagrin ; il me semble que M. Mocquart est moins bien pour nous; en quoi aurionsnous donc démérité l'intérêt qu'il nous a toujours témoigné ? Dites-moi cela, cher Monsieur, je vous prie, et croyez-moi votre toute dévouée,
Ce ^2o.
George W. (3).
Ces plaintes cependant ne semblent pas toujours sans fondement. Pour cette société de 1860, pour la piaffe de Compiègne, de Fontainebleau, habitués du Café Anglais, ces souvenirs du premier Empire étaient périmés. Une Cora Pearl ou une Hortense Schneider offraient avec Milord
(1) Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux^lO mars 1888. — Cil. par M. H. Lyonnet, vol. cit., p. 41.
(2) Marie Laurent, arl. cit.
(3) Intermédiaire... etc. A'^" cil.
TArsouille un autre intérêt! La vieille maîtresse de Bonaparte, raillée dans les petits théâtres, appelée une tour, un mastodonte (1). datait trop d'un autre âge. Ce spectre de 1802 offensait leurs yeux. Ne pouvant rien faire de pis, ils l'oublièrent.
(( N'ayant plus rien ni dansla tête ni dans la tournure de la triomphatrice d'antan, écrit M. Frédéric Masson, lorsqu'elle parlait de Napoléon, c'était avec un tremblement dans la voix, une émotion qu'elle ne jouait pas et qui, aux jeunes gens qui l'écoutaient — des vieillards presque à présent — se communiquait si profonde qu'elle est demeurée inoubliable. Mais ce n'était point Tamant qu'elle évoquait, c'était l'Empereur. Et cette fille, non point par pudeur de vieille femme — car elle parlait volontiers et crûment de ses autres amants — mais par une sorte de crainte respectueuse, semblait ne plus se rappeler qu'il Peut trouvéebelle et qu'il le lui eût dit, ne voyait plus l'homme qu'il avait été pour elle, mais voyait l'homme qu'il avait été pour la France, — pareille à ces nymphes, qui, honorées un instant des caresses d'un dieu, n'avaient point regardé son visage, éblouies qu'elles étaient par la lumière aveuglante de sa gloire (2). »
fl) Charles Virmaitre, Paris historique, p. 116. (2) Frédéric Masson, vol. cih, pp. 139, 140.
Elle se souvenait. Le lecteur a vu, par ce que nous avons donné de ses mémoires, quel culte L l'Empereur re m présentait pour M elle. La religion F napoléonienne lavait fait sienne sans efîort. A travers les hontes, les tristesses et les mélancolies des régimes successifs, elle n'avait vu que l'éclat triomphal de 1805
Iet de 1811. Le Roi de Rome était né à l'aurore de sa gloire ; le duc de Reichstadt était mort à l'heure de son déclin. Toute sa
Le roi rie Rome, d'après une estampe populaire.
gloire tenait entre ces deux dates. Et riche de ces souvenirs elle pouvait vivre avec ses visions effacées de naguère.
Elle avait alors soixante-dix-huit ans.
Un jour la maladie la coucha. Ce fut bientôt la fin. Le 11 janvier 1867, à neuf heures du matin, elle mourut. L'acte de décès que voici fut dressé (1) :
L'an mil huit cent soixante sept, le douze janvier, à trois heures du soir, devant nous, Henri-Pierre-Edouard baron de Bonnemains, chevalier de la Légion d'honneur, maire du seizième arrondissement de Paris, officier de Tétat civil, ont comparu : Charles-Jules Huber, âgé de quarante ans, artiste dramatique, demeurant rue Madame, 39, et Claude Jouvenet, âgé de trente-six ans glacier, demeurant Grande Rue de Passy, 56, lesquels nous ont déclaré que le onze de ce mois à neuf heures du matin est décédée en son domicile à Paris rue du Ranelagh, 3. Marguerite-Joséphine George Weimer, âgée de soixantedix-huit ans, artiste dramatique, néeà Bayeux (Calvados) ; célibataire; fille de George Weimer et de Madeleine Verteuil, son épouse, décédés. Après nous être assuré du décès, nous avons dressé le présent acte que les déclarants ont signé avec nous après lecture faite (2). »
George cadette, qui devait survivre onze ans à sa sœur, assista à son agonie. Suivant les désirs
(1) Exlrait des minutes des actes de décès du 16« arrondissement de Paris; année 1867.
(2) Cette pièce inédite nous a fort aimablement été communi((uée pnr M. le maire du XVP arrondissement.
de la mourante elle enveloppa le cadavre d'une vieille robe de soie et la roula dans le glorieux manteau de Rodogiine. C'est ainsi que le corps fut mis dans la bière. Sous le ciel bas et gris du 13 janvier 1867, le convoi — payé par une collecte entre artistes (1), George ne laissant rien ! — gagna le cimetière du Père-Lachaise. Devant la fosse béante le baron Taylor prononça quelques mots. Et la terre glacée chut.
Dans la 9® division du cimetière, chemin du Père Éternel, la tombe est là, pauvre, modeste, sans faste, avec sa sextuple inscription :
George
Marguerite-Joséphine Weimer.
Jean-Charles Harel
ancien préfet
officier
DE LA LÉGION d'hONNÈUR