Lettre de Victor Hugo à Adèle Foucher; Paris, 5 octobre
1821. — Victor Hug-o, Lettres à la fiancée...; p. 76.
3. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie...; tome II, p. G6. — Le 29 mars 1826, Victor Hugo écrivait à Charles Nodier une lettre où, à propos de Lamennais, il disait : « Lamennais sera bien reconnaissant de votre bel article, et moi je suis fier de voir mon nom prononcé enti^e vos deux noms. C'est un voisinage bien redoutable pour 3/. Victor Hugo, mais
11 faut que je vous écrive, mon illustre ami. Je vais être heureux, il manquerait quelque chose à mon bonheur si vous n'en étiez le premier informé. Je vais me marier. Je voudrais plus que jamais que vous fussiez à Paris pour connaître l'ang-e qui va réaliser tous mes rêves de vertu et de félicité. Je n'ai point osé vous parler jusqu'ici, cher ami, de ce qui remplit mon existence. Tout mon avenir était encore en question et je devais respecter un secret qui n'était pas le mien seulement. Je craignais d'ailleurs de blesser votre austérité sublime parTaveu d'une passion indomptable, quoique pure et innocente, mais aujourd'hui que tout se réunit pour me faire un bonheur selon ma volonté, je ne doute pas que tout ce qu'il y a de tendre dans votre âme ne s'intéresse à un amour aussi ancien que moi, à un amour né dans les premiers jeux de l'enfance et développé par les premières afflictions de la jeunesse. Je vous ai dit plusieurs fois, mon noble ami, que s'il y avait quelque dignité et quelque chasteté dans ma vie, ce n'était pas à moi que je le devais. Je sens profondément que je ne suis rien par moi-même. Je tâche de n'être pas indigne de la mère que j'ai perdue et de l'épouse que je vais obtenir. Voilà tout. Quelque chose me dit au fond du cœur, mon ami, que vous me comprendrez. Il me semble que je vous comprends si bien ^ ! . . .
La chasteté, dont parle ici Hugo, n'est point tout à fait symbolique. Il a conté^, et fait écrire, qu'au jour de son mariage « sa fiancée et lui étaient
bien doux pour Victor. » Catalogue d'autographes Noël Charavay, no 394, juin 1909, pièce n« 64872, offerte à 20 fr.
1. Lettre aut. sig. de Victor Hugo à Lamennais, à la Chênaie; Paris, 1" octobre 1822; 2 p. 1/4, in-4. — Catalogue de la précieuse collection d'autographes composant le cabinet de M. Alfred Bovet; Paris, 1884, in-4°, pièce n« 861, p. 313.
HUGO MARIE
aussi sages lun que Tautre ^ » Et lui-même n'a-t-il pas avoué à Adèle « qu il est vierge, aussi vierge qu'elle-même, » et, dit-il, « j'emploie exprès le mot propre dans toute sa plénitude ^ » Tel, n'était-il pas tout préparé, Ja nuit de ses noces, à sacrifier, ainsi qu'il l'a raconté, « aux neuf muses sur Fautel conjugaP ! » C'est pourquoi, sans doute, un ancien secrétaire de Sainte-Beuve l'appelle « un époux vigoureux*, » sans plus.
Dans la nuit du 12 au 13 octobre 1822, Adèle en put juger à loisir. Le festin des nooes s'était fait dans une des salles de l'hôtel du Conseil de guerre, l'hôtel de Toulouse, rue du Cherche-Midi ^ Dans
1. Richard Lesclide, Propos de table de Victor Hugo... ; p. 60.
2. Victor Hugo à Adèle Foucher ; Paris, 23 février 1822. — Victor Hugo, Lettres à la Fiancée... ; p, 206.