‹ Une mine de souvenirs: pour être exploitée par mes chers compatriotes sous la protection de Marie ImmaculéeChapitre 18 sur 22 · TT · texte numérisé non relu

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s L'état de leurs forces physiques n’est plus le même:.leur -sangin’est plus aussi Pur. Plusieurs sont--victimes de la tuberculose et de la scrofule. Les sauvages ne vivent pas vieux: On n’a pas besoin de tous les doigts de la maïn pour compter les vieillards. A l’aide de ces renseignements, il sera plus facile à mes lecteurs de suivre

- mon récit.

Jarrivai à la bourgade sauvage de Bethsiamits en juin 1873. Je fus surpris d’y trouver une assez belle église dont l'intérieur bariolé de rouge était la gloire des sauvages. Je‘pus dire la messe à laquelle-*.

assistèrent tous les hommes, femmes etenfants de latribu. Cet'acte de foi était d’au-. tant plus édifiant qu'ils avaient déjà entendu une messe à six heures du matin, célébrée par le Père Babel, et que c'était un jour de semaine.

‘ J'appris qu’ils étaient fous revenus de leur chasse d’hiver. Les veuves et les vieillards avaient passé l’hiver à l'ombre de leur clocher paroissial. Le même soir de ce beau jour pour moi, je les vis tous revenir à l'exercice du soir. .

Pendant la journée, les chasseurs allèrent échanger leurs pelleteries pour se procurer de la nourriture, des habits et du tabac.

Le prêtre, pendant tout le temps que les sauvages sont à la mer, exerce son mi-

nistère évangélique. ‘Il baptise, catéchise,

confesse, marie et administre l’Extrême- Onction aux mourants. Il est maître d’école au besoin, Par une, <Hsposition misérides sauvages meurent près de leur chapelle, suivant l'expérience de 60 ans du Père Arnaud, qui a passé sa longue vie au milieu d'eux.

Ce bon Père Arnaud, ce missionnaire célèbre, ce grand meneur d'hommes, a établi à Notre-Dame de Bethsiamits une résidence modèle de vie chrétienne. C’est lui qui a fait l'éducation de l’enfant Jean-Bap-

-tiste Estlo, qui devait devenir le chef res-

pecté de la tribu. Ce chef fut un homme d’une conduite exemplaire, un homme qui, dans le boïs comme à la-mer, disait sa prière et son chapelet tous les jours avec sa famille. I prêchait plus par l'autorité de l’exemple que par la’ parole; il n’a jamais goûté la boisson et n’a jamais permis qu’il

‘en fut apportée sur la réserve.

Ce vrai Charlemagne était un grand patriote qui voyait plus loin que le temps présent. D voulait que sa race, la première placée par Dieu dans ce pays, se

‘ maïntint pure et sans alliage jusqu’à “Pon-

asiolits”, la fin du monde. Il disait que la langue française était très utile aux gar- :

“’çons, mais nuisible aux filles au point

de vue du maïntien de la race. ñ ne vou- |

lut jamais permettre à ses filles de parler : français. “C’est le seul moyen,” disait-il, : “de se garder “iliniou”, l’homme qui vit.

Puis une fois en me regardant, il me dit:

“Je suis certain de ne pas me tromper, car le Père Arnaud me dit que je suis du côté du grand manitou.” -

Admirons ici, chers lecteurs, la conduite gouvernementale de ce chef d’état, qui travaille à sauver son peuple en union avec l'Eglise, Ce qui réussit à rendre heureuse une peuplade sauvage, peut avoir le même * succès dans un vaste empire. Que le pouvoir temporel, absolu dans sa sphère, comme nous l’avons déjà dit, laisse l'Eglise agir dans la sienne et l’aide de toutes ses forces à pousser les fidèles vers leur fin dernière, vers le salut de leurs âmes; alors les fidèles de l'Eglise et les citoyens de l'Etat jouiront après leur mort d’un bonheur sans fin dont ils auront ün avant-goût en ce monde.

Nous allons voir le zèle de ce chef Estlo pour procurer le bonheur des sauvages.

Un hiver qu’il était monté chasser à la hauteur des terres, il rencontra une famille de sauvages Naskapis. Il l’exhorta de venir à la mer voir l’homme de la prière, l'envoyé du Grand Manitou qui avait un message ‘ spécial pour Natsipi et les Naskapis qui chassaient à la hauteur des terres. “Nous partirons ensemble, au départ des glaces, . pour la mer. En attendant, voici des mé-

dailles de la sainte Vierge, la Reine du Ciel. Cette reine est tellement puissante que son image va te protéger ainsi que ta femme et

‘‘ tes quatre enfants. ” Natsipi en prit une,

sa femme en prit deux pour elle et une pour chacun de ses enfants. Puis les deux chasseurs se séparèrent. A la fonte des neiges, le chef Estlo attendit vainement pendant neuf jours son compagnon d’une journée.

Rendu à Bethsiamits, il raconta au Père Arnaud la rencontre qu'il avait faite.

—Tu lui'as donné une médaille de la sainte Vierge?

—Oui, notre Père.

—-Ï1 la reçue avec joie?

—Oui, il paraissait bien content.

—Espère, mon cher Jean-Baptiste, la sainte Vierge va nous l’amener: prie beau-

‘coup pour eux pendant la messe.

Le même jour.où la lune était “ronde” {pleine lune) Natsipi arrivait avec sa famille à la décharge du lac, lieu convenu du rendez-vous avec le chef Estlo. Celui-ci n y était pas, mais avant son départ il avait planté, dans le sol, deux gaules inclinées vers la mer, très rapprochées l’une de lautre, et une droite. Natsipi et sa femme lurent aussitôt cette lettre ouverte, écrite en caractères Ÿ Vieux comme le monde. Le premier bâton disait: “Je pars pour la mer”; le déüixième bâton : “Je vais aller à petites

“journées, ts, Jentement, en t’attendant”;

le troisième bâton, planté bien droit et un peu, éloigné des autres: “Je t’attendrai à Bethsiamits, sous ma tente, c’est-à-dire, je te nourrirai” Mais le chasseur sauvage, désappointé, ne voulait pas partir; il ne - voulait plus descendre. Son épouse ne cessait de le presser. “Allons voir la maison de la prière qui est si belle, paraît-il, puis nous reviendrons à notre terrain de chasse.” Après deux jours d’hésitation, Natsipi décide d’aller voir la belle maison du Grand Manitou. Ils partirent, lui, sa femme et ses quatre enfants. Après deux heures d’aviron, ils mirent à terre pour faire le portage d’un long rapide. Natsipi chargea le canot sur ses épaules et partit en courant. Quelle ne fut pas sa surprise de voir, en arrivantau bout du portage, un homme de haute taille, d’une belle apparence, habillé comme un chef, lui dire en bon sauvage: “N >: crains rien. Je ne veux te faire aucun mal; je viens seulement te dire de ne pas aller voir la robe noire, car je te ferai mourir de faim l'an prochain” Puis il disparut tout à coup. dès qu’il vit la femme arriver avec ses quatre enfants. Celle-ci avait entendu quelqu’ un parler à son mari, mais elle n’a-

‘vait rien VU.

“Ma femme”, dit. Natsipi, “nous n’irons pas ‘plus loin; nous allons retourner dans nos bois’ Mais son épouse tint bon: elle voulait voir la “maison du ciel” de Phom-

me de la prière. “C’est ton wendigo”, ditelle, “qui t'a apparu.” (Il faut que vous sachiez, amis lecteurs, que. les sauvages payens croient qu’un mauvais génie les accompagne partout. Le missionnaire a changé le wendigo en ange gardien.) “Voilà au moins dix fois”, continua-t-elle, “qu'il avertit pendant la nuit, qu’il va te faire

mourir, et tu vis encore. Le chef Estlo nous . - -

a dit que la robe noire nous donnerait un wendigo qui nous aimerait pendant nos voyages. Continuons notre route, mon homme, et tout va bien aller.”

Ïls continuèrent leur route pendant une dizaine de jours. L’étranger ne se montra :

pas, mais Natsipi était triste et inquiet, tandis que sa femme ramait avec un courage

sans pareil et se moquait des menaces du wendigo.

Ils arrivèrent au dernier portage, et | c’est ici que devait se livrer le combat final entre l'étranger, Natsipi et sa famille. Celui-ci, chargé de son canot, s ’avançait lentement dans le petit sentier qui conduisait : aux eaux paisibles de la rivière, quand tout à coup il fut cloué au sol par le son formidable d’une voix qui éclata comme un coup de tonnerre: “Arrête, je viens te tuer.” Natsipi jeta son canot par terre; regarda :

l'étranger, au teint noir et aux yeux rouges de colère, tourna sur ses talons et vint rencontrer sa femme. Celle-ci, jetant par ter-

re son bagage, dit à son mari: “Viens avec moi; ton mauvais génie sait faire plus de train que de besogne.” Elle met en évidence toutes ses médailles et s’avance hardiment à la rencontre du wendigo. Arrivée au sommet d’une butte, elle aperçoit l’étranger assis sur la pince du canot. Elle s’avance vers lui en lui montrant de la main une médaille de la sainte Vierge. L’étranger s’évanouit, c’est-à-dire devient invisible à l'instant même. La sauvagesse, se tournant vers son mari, lui dit: “Nous pouvons aller voir la maison du ciel maintenant; ce peureux-là ne viendra plus nous barrer .

le chemin.” En effet il n’apparut plus.

Pendant que nos voyageurs sont à franchir la distance qui les sépare de Notre- Dame de Bethsiamits, nous allons prendre le temps de faire quelques réflexions d’une importance majeure pour le salut de notre âme.

. Est-ce que ce wendigo était bien le démon? Etait-ce une imagination, une hallucination? Vous pouvez croire ce que vous.

voudrez; vous êtes libres. Ces apparitions.

ont été racontées plus de cent fois par les.

témoins oculaires et auriculaires, soit au

. Père, soit aux sauvages de la tribu. Pour moi, je crois que c’est une apparition du démon que Dieu a permise pour procurer sa gloire. Une de mes grandes raisons est

que le démon s’est montré trop lui-même:

c’est-à-dire lâche fanfaron qu'il est.

Quand il attaque quelqu'un qui ne veut pas se défendre, qui rend les armes sans combattre, le démon est un Joup insatiable du sang de sa victime, mais dès qu’on prend les armes pour se défendre, qu’on engage le combat, armes en main, il se sauve comme un vaincu et un maudit de Dieu qu'il est.

, Amis lecteurs, vous avez, je le sais, des milliers de victoires enregistrées dans le Livre de Vie à la suite de combats avec le démon. ‘Pourquoi? Parce qu’au premier moment de l'attaque par ce vilain, vous avez pris l'attitude d’un soldat devant l'ennemi, vous avez couru à vos armes. L’arme que le démon n’a jamais pu briser, c’est la prière à Dieu par Marie, Quand vous serez tentés de faire un mauvais coup, prenez un ÀÂve Maria en bouche et foncez sur lui qui se sauvera comme un poltron qu'il est, et il roulera au fond des enfers. Un autre démon pourra venir aussitôt et engager un autre combat. Vite, ayez recours

. à vos armes, aux vieilles armes de la vigi- Jance chrétienne et de la prière qui toutes deux ont combattu depuis six mille ans et r’onf pas encore perdu une seule bataille.

Quelle gloire pour l’Inventeur de ces armes

” invincibles et indestructibles et quel mérite Pour ceux qui s’en servent!

Nous avons quitté nos sauvages filant :

. leurs six noeuds à l’heure dans leur glissant | canot d’écorce. Ils arrivèrent à la mission et cherchèrent le chef Estlo qui les conduisit au parterre en face de PEglise. Sachant que le Père Arnaud.était pour passer là sous peu, il les fit asseoir sur l’herbe, Tout à coup la porte du presbytère s'ouvre, un beau vieillard, un peu voûté, portant sur sa tête une couronne de cheveux blancs comme la neige, et sur la figure un air de bonté captivante, apparait à leur regard. Le Père Arnaud, car c'était lui, les aperçut, et courut en s’écriant: “Natsipil! Natsipil!”; puis le pressant sur son coeur, il lui dit dans la belle, très belle langue sauvage: “Mon coeur se fond avec le tien pour n’en faire qu’un. * Tu veux prier, n'est-ce pas?” Natsipi répondit: “Ni wi. aiamiän (je veux prier)” Et sa femme de s’écrier: “Et moi aussi, je veux prier.” Puis ils racontèrent au Père Arnaud toutes les menaces du mauvais génie dans le but de les empêcher de venir prier avec Jui. |

.. Le Père Arnaud les instruisit des vérités de notre sainte religion, les baptisa, les

admit à la Table Sainte. Ils restèrent atta-

chés à la réserve de Bethsiamits et tinrent toujours une conduite exemplaire,

Heureux pour l'éternité sont ceux qui ne résistent pas à la grâce de Dieu qui veut sauver tout le monde.

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Dieu donne les moyens de se sauver aux infidèles, aux hérétiques, comme aux chrétiens, aux jeunes et aux vieillards, aux pauvres comme aux riches. Mais le plus grand nombre font comme les Juifs: “Vous résistez toujours à l’Esprit-Saint,” leur disait saint Etienne. Combien de personnes

ont éntendu dans le secret de leur conscien-

ce la voix de FEsprit-Saint-leur disant:

“Faïs-toi.. catholique. . I n'y a qu'un Dieu... qu’une seule religion. . Luther et Henri VIIL sont deux müsérables voluptueux... qui ont fait dire à l'Evangile ce qui flattait leur passion... Classe-les avec Mahomet: ils ne valent pas mieux... Tu n’es pas dans le chemin du ciel... Va trouver le prêtre comme a fait saint Paul.”

Voilà, amis lecteurs, ce qui se passe entre l’âme d’un non-catholique et l’Esprit- Saint qui souffle là où il veut. Un bon nombre suivent ce souffle divin et se font catholiques; d’autres refusent et restent assis dans les ténèbres à l’ombre de la mort.

Oh! mes chers amis, ne refusons jamais d’obéir à la grâce de Dieu. Souvenons-nous .

": bien qu'il y a une grâce qui sera la dernière.

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