‹ Une mission médicale en KabylieChapitre 42 sur 44 · XXXIII. — Scrofules · texte numérisé non relu

XXXIII. — Scrofules

Le chiffre 22 représente une qninzaine de sujets. D'autres malades, compris dans une autre catégorie, accusaient aussi la diathèse scrofaleuse . La moitié des malades étaient des femmes.

Généralement ces malades avaient vécu dans la misère. Souvent la syphilis avait régné dans la fiimillc ; parfois on avait pratiqué des fumigations mereurielles.

Les arttculallou^ éiaienl souvent intéressées. Pinsiebri avaient eu ou avaient encore des abcès. Les ganglions cervicaux étaient fréquemment tuméfiés.

Dans ces cas, nous avons fait quelquefois un emploi heureux de l'huile de foie de morue, de la teinture d'iode et des ferrugineux.

XXXIY. — Svpmus.

De même qu'en pays arabe^la syphilis est très répandue en KalHlie. C'est une des affections qui nous ont donné le plus de malades. Sous ce point de vue, elle vient immédiatement après les fièvres intermittentes et les ophthalmies.

Le nombre des sujets venus à la visite est de 74S, ce qui représente de quatre à cinq cents individus, quelques-uns ayant comparu plus d'une fois.

Cette fréquence nous parait s'eipliquer ainsi :

La Kabilie est une véritable fourmilière. Son sol trop souvent ingrat ne pouvant produire assez pour nourrir la population dont il est surchargé, c'est au commerce extérieur et à l'émigration qu'il faut demander un complément de subsistances. Les routes qui conduisent de la Kabilie à nos grands centres de population tels qu'Alger, Constantine, etc., sont constamment battues par des Kabilesqui viennent soit apporter les produits du sol et de l'industrie, soit faire des approvisionnements de denrées qu'ils iront revendre sur les marchés arabes. Moins sédentaires à l'intérieur que les Mozabites, leurs allées et retours au pays sont beaucoup plus fréquefits. I>a syphilis se contracte dans ces voyages, dans ces séjours plus ou moins prolongés, soit sous la tente des Arabes où elle est aussi très commune, soit dans nos villes où on les voit souvent rèder autour des éublissements publics de bas étage. Rapportée et transmise dans la famille, la malpro^ prêté, l'incurie, des traitements vicieux relèvent à des proportions qu'elle atteint rarement en Europe. Plusieurs ma-

néhs <mt acëosé les tieiiz d'âèipiisltloft ie\9 qu'Alger, Tviit, Ma»f Comtantine, BMart. N iimift tKmfïeûi 4'aû jeiiû6 homme qui nous dit que su famille avait éië fnfeetée inr le fait de son ^ère qui STuit rapporté ta sypliiiîs d'un pèlérini^àlaMekke.

La prostitution ne s'exerce pas, que nous sachions dé moins, dans laKabilie du Jorjura, mais nous l'avons observée sur d'autres points, fin 1^50, nous faisions partie de la colonne qui, sous les ordres du colonel de Lourmel, traça la route de SétK à Bounfîe. Les travaux de la route nous obll- Ifeaient à (farder le même bivouac pendant plusieurs jours. Ghes les BariNieha les femmes nous furent données comme très faciles. Chez les GuIlBer nous pûmes constater l'existence de deux maisons tenues chacune par deux filles qui se livraient positivement à la prostitution. Dans les villages où les maris sont souvent absens, les femmes se livrent facilement aux étrangers. C'est ce qui nous fut dit toutes les fois que nous campâmes sous Mansoura, village situé derrière les Biban, dont la population mâle a toujours de nombreux représentants à Alger.

dette facilité de mœurs se rencontre aussi chez les Chaouia, ces Kabiles de l'Aurès. Nous en fûmes témoins dans i'biver de 4S49 à 1830, où, lors de l'expédition de Nara, nous restâmes pendant plusieurs jours'en vue de Mena, petite ville qui s'élève en amphithéâtre, à l'instar d'Alger, et domine pittoresquenkent une jolie vallée. On nous dit aussi que dans ces montagnes le divorce est extrêmement fréquent, et le mariage considéré généralement comme un bail à courte échéance, d'où le relâchement du lien conjugal.

La Kiabilie fournit on contingeni considérable de prostituées surtout à nos villes du littoral.

Là pédérastie est plus rare chez les Kabiles que cliez lès Arabes, peuple pasteur. Deshabiianis du pays nous ont presque nié [brmellement son existence, mais nous croyons avoir constaté la preuve du contraire chez quelques-uns 'tfe nos jeunes clients.

AiM0t iHeniiueiet Arabes, les Kabiles ^Éinil avides de joaissances SèxûeUes. H iious en est verni à la visite ^ttè VinigtaiDe, la plupart des vieinèrds, quelques-uns eependamefteore Jeunes, aéèbsànt rimpoissance el réclamant de tfous dés remèdes. Quand nous prêchions la modération aux tieRfords, ils nous té|>Oildaienl qu'ils avaient à satisfaire Ml, éxf|f6taces de leurs feiiiities, et tfè ne disaient que trop vrai. €etome en tout pays tnusulmàn, on aime en KabUie à "Âanlfer le fruit vert, ëi le mariage, au lieu d'être une questiCîË d^nciination ou de cotove^ance est une affaire d'argent, d'où la lïreté des mariages assortis.

En résumé, l'émigration el lès restions qâ^lle entraîne avec des femmes contaminées^ l'incurie, l'absence on l'insoffisailce du traitement, la fréquence des relations êxtra<4égales, la servitude de la femme, telles sont les causes •prioolpaleè é6 l'extension de la syphilis en Ksdnlie.

Nous aurons bientôt à parler de l'hérédité.

Notre chiffre de 74^ malades se divise, au point de vÉe des sexes en 598 hommes et 144 femmes. 4i'iniéi4erilé de ee dernier chiffre s'explique naturellement par la répugnance des Kabiles à conduire leurs femmes au médecin <Bt à la-fé* pugnance des femmes à se soumettre à k visite, que noua finîmes par exiger formellement.

Nous allons donner la répartition p»r tribus.

Comme on le pense bien, cette répartition ne saurait don^ ner la mesure exacte de la densîtédei'affeetibiicbeKehaoufiiè de ces tribus, les tribus les plus rapprochées fournissant néees^ sairement un chiffre relativement supérieur. Noos passerons sous silence la petite tribu des Mislaîm dont le chiffre élefvé ne t^rrespond qu*à un petit nombre de malades venus à ^^ sieurs reprises.

Tribus. Vénériens. Popotatlon.

Raien 175 i6«80t

Hiengnelàt 93 4.444

Sédkl, CMnnàeha, OiAdya. «9 e.U)

Tribw. Téttériôif. PopotatioB.

Oa&df. 56 2.722

Yshya 49 5.329

Bondr&r. 36 2.400

Yeoni 34 2.378

Bo« YoQOef. 30 3.392

Akbil 30 1.584

Boa Akkâch 21 1 .518

Fraoûcen 20 4.938

Aî88i 19 14.465

luoorar 14 5.171

Yala ei Mansoar ( 0. Sahel ). 12 etc.

Les Kabiles ont une façon très large d'envisager la syphilis. Pour eux ce n'est pas seulement une affection locale d abèrd et contractée par des relations sexuelles, pouvant ultérieurement infecter toute l'économie. La grande maladie, meu/rdhr-el-kebir^ la mauvaise maladie, meurâh-ed-douni^ la maladie ennemie, el-^Ldhou^ est toute autre chose, du moins actoellement.

Les accidents locaux et primitifs ne sont qu'un côté de la maladie et l'acquisition par les relations sexuelles qu'un mode nullement exclusif d'infection. La voie la plus commune d'acquisition ou de transmission est l'hérédité. Vient ensuite, mais à une certaine disiance, la cohabitation, c'est-à-dire le contact, le coucher en commun avec des individus inrectés, rasage d'ustensiles ou de vêtements qui leur auraient appartenu, etc.

Ils sont persuadés que presque toutes les. générations en sont infectées. Chacun, à la naissance, en apporte le germe, dont l'éclosion se fera tôt ou tard sous l'influence de certaines conditions, particulièrement le froid ou les changements de température.

 part l'ulcération des parties génitales, que l'affection procède de l'hérédité ou de la cohabiution, ou bien qu'elle soit une acquisition personnelle et par voie de coit, les mêmes

ëTOlatiODS doivent apipsirattre dans la aéris complète des aeçidents ultérieurs et généraux.

Aussitôt que certaines douleurs sourdes leur ont donné l'éveil» ils s'attendent à voir cette série de bits se dérouler jusqu'à ses dernières limites.

La maUidie n'est pas encore sortiCf mais elle est en voie de le ikire: quand la famée s'échappe» c'est qu'il y a du /eu derrière. (1)

Cette manière de voir rend l'interrogation difficile et pé-> nible.

Chez un grand nombre la pudeur est un obstacle à la dénudation des parties géDitales. Mais la pudeur est bien souvent un masque derrière lequel se cachent l'habitude ou les préjugés. Qu'importe, après tout, que l'on cache un des côtés de h maladie si le remède s'adresse à l'ensemble ? si la cure de Vadhou comprend celle de toutes ses complications ?

Nous ne tardâmes pas à soupçonner les réticences de nos clients et nous exigeâmes l'exhibition des parties génitales» alors, même que l'on nous aacusait la disparition d'accidents antérieurs. Sur un tiers environ, nous constatâmes des accidents soit primitifs soit secondaires. Quelques-uns se montrèrent récalcitrants. Â. cette catégorie appartenaient surtout des femmes» dont cependant un grand nombre cédèrent. Un expédient nous réussit. Au lieu de leur proposer séance tenante la visite» nous les entraînions dans une pièce voisine, sans rien leur dure» et là» seul à seul» généralement elles se prêtaient à l'inspection des parties génitales.

(1) Nons aTons retronTé des idées analogues à Gonstantlne. Sons le nom dW Aott, Ton y désigne non sentonent la syphUis ou phUdl rinfeetion syphilitique, mais tout son cortège, mais les scrofules, les rhumatismes, les cachexies, ete., tout ce qui se présente en fait de plaies ou de douleurs avec un caractère insidieux et malin, tout ce qui procède par Toie chronique et sourde et ne marche pas franchement à une solution prochaine. L'adhou n'est donc pas toi^ours la syphilb, mais il Test souvent. Dès le commeneeraent du XI V« slèele,Léott i'MHcaIn disait en parlant du mal français ou mal de liaples : « Je ne . pen^e qoe la dixième partie de tontesjes Tilles de Barbarie en soit échappée, tellement qu'il ne se trooTe génération que ce mal n'ait entachée. »

Wàirn KëtlM 4ai>ëiik<èrêfit Hoitft en éàt&ùt nne.

G'éuîi ooe remine des Dieooâd, &gée ^'envtrod yiùgt^dûii «M. 'SII6 âiiccMâU avoir £lé itdeCiéè par le foit de son mari tfêpttlft ^ddifiiM atttoëes. Ikprés les accidents aux parties génitales il était sanrena i la peau des plaques de f étendue d*itne fHèft et tibq francs, puis des nfoérartions à h bouche H M nèz. ^K^elfoMefit e1l(5 p<frtait encore éet ulcères 'aux lèvres et an palais. Le nez était tnméAé. L'épaule gaoéiie éttit^Mi^Mè d^uwe Urge fkique, roûge «t «naroûiée. Nous lui proposâmes l'Inspection des parties génitales* qu'elle ifa«iHiâiÉit pM iiKlacteê, et mitlgri les faistanees ie son frère, ifiA i*IMiit «ecompagnée» elle s'y nrfusa ol»finément.

nf tsotttro une femmo des MMaim nous proposa spontaliémetil la tilSce des parties génitales sur lesqueHeis nonê liVi^ftntfêl( ifluk ^n à constater.

Il notfs «Ht 'MM d^tlter à la réfiedon cmaind malades qui no toulalont pas se dénuder : la plupart nous revenaient eolt dans la Joumée'soit 'le lendemain.

'Oft *ii%ait'tiias seulement à propos do syi^ilfs qpè les Kab?Vès1(fihnentttolaré|)fugnaoceà otlriber Ids parties dites homensoft, «nalsi propos d'hjrdrocèles etmSme de liemies. Quelques sujets porteurs de ces maladies, ne s'oïécutèrent qu*aprè6 avoir été, sur leur réfias, congédiés tme première fol».

Tout enlbii^ift ta part de la fausse home et des réi^cen^^ cos, tmiieiraurair^enitiécher d'admettre que lliérédité foue, à elle sedio, un tirèëfrand rOle datts la 'diffusion de la syphilis eu Kàbîliè.

Sans>atteadre*qute iM^quesiioiine <ur'«e point, les>Kabi*fês 'partotKfdo 'Murs ipartsnts et cela sans gène aucune. Quel- 9ttefrHin$4e riiog olleats nous ont émue la ^granée maladie isioDadiio^^fitioadké toinort dé leurs ascenilams.

MoHSiOvons ^ roftie pour apprécier ^'Influenee de libéré* llM,^erdHlfrt»ttoiitlasignfftc:itîdn nB i(a^ être mise endotito. ; :]

Noas afons déjà dit qae opa IH «||ibîi^tli|it6« représen* uieot environ 4 à 500 Mi? idus. limit avons les ftges notés de 374 d'entre eax. Noos allons eu donner le ubieau.

Aft. Nombre d*iiiaTldiif.

3 ans.

la

ao

Ce tableau, duquel on pourrait tirer plus d'un enseignemeni, nous donne 59 individus âgés de quinze ans et audessous.

Mais râige de la comparition à notre visite n'est pas celui de l'invasion. Pour avoir la date de l'acquisition, il Caui retranclier de Tâge actuel le chiffre indiquant la date de Tinvasâon. Nous aurons .^lors ie tableau suivant :

Af étfiort éè TinvaflQn.

1 an

Agés Un deVfimtloD.

de 40 ans

Ce dernier tableau^ an liea de 59 suiets âgés de quinze ao8 att plus, nous en donne 97.

Maintes fois nous avons eu concurremment sous les yeux deux, trois, quatre membres de la même famille, tous infectés, père, mère et enfants. Nous allons exposer succinctement rhistoire de quelques-uns d'entre eux.

Le premier malade inscrit sur nos registres^ le 23 septembre 4857, est un père de famille syphilisée : nous verrons bientôt que le dernier appartient à la même catégorie.

4* El HadJ Mzyân, des Âîssi, âgé de 50 ans, fut^ dit-on, infecté par sa femme, qu'il devait nous amener en cachette : mais il n'eut pas le courage de le faire. Le scrotum est couvert de plaques muqueuses, la bouche est ulcérée, le thorax est envahi par des syphilides : enûn le malade se décide à à nous exhiber Tanus, couvert de plaques muqueuses. Sa femme^ nous dit-il, eut des ulcères an sein, et une petite fille, âgée de quatre ans, se trouva infectée. Chez les Kabiles il n'est pas rare que les enfants prennent encore le sein à cet âge.

Cette jeune enfant ne nous fut pas amenée, mais nous vîmes deux garçons. L'un, âgé de cinq ans^ a des pustules à la peau et des ulcères à la bouche et â la verge.

L'autre, âgé de sept alis, est à peu pt^ dans le même éutt

i« Le a déceiiitee<MMtt|^ai8sail Htyâa» des Beo-Akicâeli, âgé de soliante ass, aeeempagné d'un enfant. Mxyàn aeeoaè une infection anlëriettre à son mariage, duquel il eut sept enfants, ayant tous eu la peau, la bouche et la gorge affectées^ ayant tous éprouvé des douleurs articulaires. Lui-même a des ulcères à la bouche, des pustules au scrotum, des plaques encroûtées à l'épaule et au thorai, des douleurs articulaires L'enfonta la nuque et l'épaule droite envahies par des croûtes reposant sur un fond rouge.

3* Le 6 mars 1858, Hammâma bent Rahmàn, jeune fille de treize ans des Aliou^Harzoùn^ m'est présentée par son père, lequeleut jadis la syphilis et en porte encore actuellement les insignes. La jeune fille n'estpas encore formée. 11 y a deux ans les coudes se tuméfièrent, puis une plaque survint à la cuisse droite. Depuis un an le voile du palais est atteint : on y remarque aujourd'hui une perforation qu'enceignent cinq ou six ulcères. Les amygdales sont gonflées, le nez est affaissé, les articulations sont douloureuses.

^ Le 31 mars, Sliman ben Mohammed, âgé de quatre ans^ est amené par son père. Celui-ci, âgé de cinquante ans, eut des chancres, il y a une vingtaine d'années.

Aujourd'hui des taches syphilitiques sont répandues par tout le corps. Sa femme est pareillement affectée. L'enfant est malade depuis cinq mois. La bouche et la langue sont semées d'ulcères. Une plaque circulaire occupe la région sous-auriculaire, une autre l'épaule, une autre le menton. Il y a des plaques à l'anus.

5« Le 13 avril se présentait à la visite Tassadits bent Mes* sad, des Mislaîm, jeune femme de 20 ans» jolie et mariée à un homme laid, invalide et boiteux. Elle est atteinte depuis six mois seulement, nous dit-elle. Une trentaine de plaques sont répandues sur le tronc, et trois ou quatre sur chaque sein. La bouche fut ulcérée jadis et la voix rauque. En ce moment elle donne le sein à une petite fille de deux ans et demi, qui depuis dix jours a des ulcères à la bouche et à la vulve.

4f#c 9SL peiîu filial m^ift avec soo narl, imneHleneoi Bjphîr liBé ei iiom iBTiliuit à TÎsiler sa femme» sur laqueHe oms a« If e«vik«#a plo« 4'a«ei4€!iita a«x paiiîea géiuuilea

6* Le 16 mai eom|^a^( pour U deusième fois, Abdeae^-r Jami dea T^pni. Uaa ulçèrea f u'il iterieii aex pariies géaitalea ^\ dîAparu, ainal fiie eei» de la boeobe. )l ne leale pbM 4li*Wie plaque «emMiKcyliiire h raîeaelle. Celte fois 'û amène son enfant, âgé de 4 ans, et atteinê depoie un an. La l^onebe 01 Tenus soni «toéfte. U» ainee aoot engeif éea. La mère eAI mwrte Tao der«iiMr aiwc la gnaride meladie.

7* (^17, on m'ameneU le peiU Hebammed imi Sald, fes Y^pî, âgé de S anSi affecté depuie l'automne dernier.

I^a mère est eypbiliaée. L'enfant a des plaques muqueuses iOUS le menlon» une très large ait eou, plusieors antres au Aronc et au:( fesses. Tout le pourtour de l'anus e$( ulcéré, ^si que la fac^ intérieure de la verge et la partie correspondante du scrotum.

8* Le M juin se présentait une famille infectée. Le père, Mohammed ou Jdir, des Bou Youcef, était déjà venu en automne, avec des ulcères aux parties génitales et à la bouche et noHd>f e de syphilîdes. Sa f^mme, âgée de Î5 ans, apr^s quelques Jbésiialions, se laissa visiter. Une vingtaine de pla^qn« muqueuses occupent les grandes lèvres. Il y en existe d'autees au cou et à la bouche : les lèvres «ont bonrsouflQées lat .s'ouvrent avec peine. La gorge a été prise et la voix altérée. Des croûtes envahissent le cuir •chevelu. Son enfant, âjgé 4e quMre ans, a une. centaine de boutons par le corps, dont quelques-uns couverts d'écailtes nacrées. Un autre qui est IVSté à la^maison, âgé seulement de trois mois, n'a rien eneore de bien caractéristique.

9^ Le 3S, Ali ou Said, des Menguelât, âgé de ^ ans, nous dit que deux ans avant sa naissance, son père avait apporté du pèlerinage de la Mecque, une syphilis qui finit par en- .irabir itout le eorpa. En sa qu idité de marabout M s'est abstenu

Jiiqa^ators de ioudier aux feftmieft, ex il n'eftt pais ^nteotre marié. Dès Tâge de cinq aa« fl lui survint aux parties génitales une éruption ekcînée qui se répandit par toute la peau . La gorge fut prise et la bouche s'ulcéra. Trois larges plaques rougeâtres occupent les épaules et le dos. Une cicatrice existe au nez. Le tronc est semé d'éruptions ptilegmoneuses.

10* Le 6 août, nous est amené Ahmed bel Hadj, de!s Yenni, âgé de 4 ans. t^a mère eut la grande maladie. Depuis Imii mm^ les lèvres et te langue sont ulcérées. L'anus est ûoovert dis trois plaques muqueuses.

il* Le 24 novembre, dernier jottrd*exercice, corn pïHraît une l'amille desGhennàcha.

Soudjemà, le père, est âgé de 45 ans. Il porte encore une ulcère à la verge.

Saiémme, âgée de 35 ans, ne se rappelle plus à quelle époque les parties génitales furent infeciées : des ulcères s'y voieut encore. Une vingtaine de plaques s'y voient encore à la surface cutanée.

Fathma, sa fille, âgée de 8 ans, a des pustules à l'anus et des ulcères à là bouche, à la lang>ie ei à la vulve. Une plaque se voit à l'abdomen.

Ahmed, son fils, âgé de ^ ans, a des pustules à l'anus et à la bouche, et une dixaine de plaques à la peau.

La malheureuse mère, Tassadits, se trouve actuellement enceinte.

Nous n'avons pas cru devoir dodner une liste plus étendue d'observations, de transmission de In syphilis par voie d'hérédité. Beaucoup d'autres observations que nous allons présenter sous Uki autre titre, auraient également pu prendre leur place ici.

Dans la syphilis héréditaire, les premières manifestations extérieures se font généralement à la surface des muqueuses, des ulcérations apparaisseût à la -bouché, à la vulve et à l'anus.

Vietiûent ensuite des éruptions cutanééft, des plaques rou-

queuses qoi apparaisscDl parliculièreroent chez les enfants, aux régions où la peau a le moins de sécheresse, par suite de la flexion des pariies, ainsi aux régions du cou, de Taiue, de raisseile. au creox poplité. Chez les adultes, le scrotum est fréquemment envahi.

Nous avons dit qu*en dehors de Thérédiié et des relations sexuelles, les Kabites faisaient une large place dans la transmission de la syphilis, à la cohabitation. Maintes fois en interrogeant nos malades, en le4 prenant et on cherchani à faire violence à une pudeur équivoquf», ils nous répondaient : je n*ai pas vu de femmes, mon père ni ma mère n'ont pas eu la gnnde maladie^ mais il y a ou il y a eu des malades à la maison, mais j'ai mangé avec ces malades, j'ai couché à côté d'eux, etc.

Un jour que nous faisions pari à notre interprèle , Kabiie de naissance et caporal aux tirailleurs algériens, de nos doutes sur la véracité des réponses des Kabiles, il répondait : Tu peux avoir raison pour des Français, mais chez nous les choses se passent autrement. On a l'habitude chez nous de se coucher en masse et rapprochés b^s uns des autres, on lient contre soi les petits enfants, on les presse nu à nu. on leur donne des baisers. Reaucojp d'entre -nous prennent ainsi la grande maladie. Quand un membre d'une fimille est malade, plusieurs le deviennent par l'usage quMIs font des mômes vases ou ustensiles pour boire et manger. Souvent

aussi des étrangers ou des parents séjournent dans une famille à laquelle ils transmettent la maladie dont ils étaient porteurs.

Nous allons relater quelques observations où la cohabitation nous fut donnée comme cause de l'infection syphilitique.

La petite Hammâma, d'Azzouza desRatcn, âgée de 12 ans, fut présentée plusieqrs fois par son père à la visite. Elle est infectée depuis six ans. Les lèvres, la langue et la bouche sont couvertes d'ulcères. Le père nie la syptiilis tant chez lui que chez sa femme; mais la petite Hammâma a couché

quelque temps avec une de ses lantes affectée de la grande maladie.

Le 20 décembre 1857, m'était présentée par son père, Djohra bent Mohammed, âgée de 18 ans et malade depuis 15. Le père n'a jamais eu la syphilis non plus que sa femme. La jeune Djohra a vécu quelque temps avec une de ses parentes syphilitiques 11 y a trois ans Djohra s'est mariée avec un mari sain, et depuis ce mariage les syphilides ont augmenté, surtout l'hiver. Aujourd'hui tout le corps est semé de plaques cuivrées, arrondies et rayonnées, depuis la largeur d'un centime jusqu'à celle d'une pièce de cinq francs. La bouche ne présente plus rien. L'oreille est encroûtée.

Le 24 février 1858, Mohammed ou Amara, des Chennâcha, âgé de 13 ans, était amené par son père qui nie la syphylis chez sa femme et chez lui.

Mohammed présente^ outre des syphilides, des ulcères à la verge. On nous dit qu'il a voyagé.

Le 3 novembre, Saïd ben Ahmed, des Bou Mehdi, âgé de 20 ans, se présente avec des plaques muqueuses au scrotum et à l'aîne, et des ulcères à la bouche. Les articulations sont douloureuses. Il nie toute relation sexuelle, mais sa sœur a épousé un homme affecté de la grande maladie et ils vivent tous ense iible.

Nous pensons qu'il n'est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur la liste générale établissant la date de l'invasion accusée par nos malades.

Atteints depuis

i mois 5

4 il

6 5 8 16 i an 47

-Ml

2aM

Telle est la marche de la syf hîlîs cirez la généi alité de tins malades. Après les chancres, s'ils ont ezrsié, et d'emblée dans le cas €<Mitraîre, la bottebe s*ukère; la gorge et le palais sont envahis par un travail ulcératif on Inflammatoire qui abontlt à la destrnction, à la désorganisation , à des adhérences anormales; la toîx devient rauque et accuse des lésions plus profondes ; des éruptions, des ulcérations, du gouflemeni surviennent à l'appareil nasal; des syphilides apparaissent à la peau, souvent au cou diez les enfants, puis à Vanus et aux parties génitales, très souvent au scrotum chez les adultes, quelquefois aux aines et aux aisselles ; les articulations se luméfient et sont douloureuses*, enfin apparaissent la cachexie, divers accidents tertiaires et quelquefois la mort.

Nous n'avons observé chez nos clients qu'un très petit nombre de bubons* et un nombre également restreint d'exostoses.

Chez une dixaine dindîvidus les yeux ont été plus ou moins gravement affeclés consécutivement à la syphilis.

Trois ou quatre ont en des otites plus ou moins graves.

— il3 —

IFs indivMo noos a> préMoté une hémipi^ie dent li nppoMail la caute à des fumigatîofis merennellesv

IL esi me des maniCestaiîoov de< U typhUls sur Isfoeife on«8 deions. usas arrêter : ee sont les aceideots die l'arrière <> iKwcbeetdtt palais. Âvee les faits d'héré^té, ces accidents sont certainement ce que la syphSis nous a pt éseaté de ptas saillant chez les Kabiles.

New nensieiinerons pins ou moias soninaîrein«iit la maîertté de «es faits,, et comsuremmeni nous^elterofis les aUiératioos de TappareiL nasal.

Nous ne: dterooes qpie des cas oi noos avons recennn l'rnterwiiiiîon évidente de la syphilis.

7 octobre 1S&7. — Smîua beni Yahya, des Mengctetàc, àgde de treize ans. Le père est présent et porte encore des aecidents. syphîtklques. Smîna est atfectée- depuis quinze mots, te cartilage de la cloison, est rongé; Faile dreî&e du nez esl complètement affaissée. Une dépression alcérée eaûate an pailaîs.

1^ octobre. — Rabiluhen llahammed,. des^ Bateiv 3gé de quinze ans. Son père et son frère ont la syphilis ethiÎHnèlne a fakrdes ftimig^iiÉMEis. La lueti» est. rongée et les> osi du^ nez son4 ttfviéfiées.

i9' oclobre. — MokhtaK^ dea R'oûbriy âgé de trente aosv li y aune dizaîiiei d'années ileut«des ebancves;ekdesbuboflM^ puis des éruptions syphilitiques. Depuis six mois, lai poiAte du nez e&t.ulcénée et rongée.

47 novembre.. — Yamîoa beni lkaifaiiii,.dâs Yaby^i àféâ4e vingtrcinq ans. U y a tdpois ans kt^ booehe s'ulcérer, puis> k gorge fut attaquée. Aujourd'hui la parole est: eBcetce gênée. Le Toile dtt palais, couvert dluleéraiions, est rejeté ca arrière* les piliers collés eontre la paroi poftiêrieuK du pi»* ryns, enceignani une ouverture étroite.- Les. arUculajlions sont douloureasesA la nuit suriAiU;.

4i décembre. -^ Gassi ou Âli, des Sedka^ àg& de ^ ans. Qepni»tr«Uan&.qii!llesli lnfecl(é« dj^eas aecîdeats ssi^iliti-

— tu —

ques M manifesièrent. Actoellemenl les piliers sont accolés à la paroi postérieure du pharynx, séparés par un iniervallede retendue d*un haricot. La voix est altérée, la déglutition est difficile et le malade ne peut souffler pour allumer le feu. L'aile gauche du nez a presque entièremeut disparu et Taile droite est complètement affaisée.

30 décembre. — Âli ou Mohammed, des Raten^ âgé de quinze ans. Sa mère et sa grand'mère ont eu la syphilis et ont lait des fumigations. Lui-même est atteint depuis quatre mois. Le voile du palais est ulcéré et la luette rongée.

4 janvier 1858. — Ghàbà ou El Hadj, des Menguelà, âgé de quarante ans. Il y a sept ans qu'il a contracté la syphilis, et depuis lors divers accidents se manifestèrent à la bouche et â la peau La luette a disparu. Les piliers sont érodés, écartés, leur base repoussée en arrière et ils vont se rejoindre à la partie moyenne du palais. Le nez a complètement disparu, de telle sorte que d'une joue à l'autre s'étend une surface plane, creusée par l'ouverture nasale. La déglutition est difficile et le sentiment n'existe plus que pour les odeurs très fortes.

19 janvier. — Saîd ou El Hadj, des Sedka, âgé de vingtcinq ans. 11 est infecté depuis quatre ans. Le voile du palais est complètement détruit. La base des piliers est repoussée en arrière vers la paroi du pharynx, qui apparaît ulcéré ; le liez est tuméfié.

3 février. — Ibrahim ou Saîd^ des Ouacif, âgé de quatorze ans, est infecté depuis deux ans. Le père et la mère ont encore la vérole. La luette porte végétation frambési forme. Le nez est affaissé.

6 mars. — Bal Âîd ou Mzyân, des Bou Âkkâch, âgé de treize ans. Son père mourut de la syphilis. Le nez est complètement rongé, la lèvre supérieure a disparu, et la lèvre inférieure n'est plus représentée que par une étroite languette. Toute la face est ulcérée et l'œil droit est perdu.

9 mars. — Djora bent Yakoût, des Bou-Youcef, âgée de

treize ans. Le père, défunt, eut la syphilis. La mère, présente, en porte encore les insignes. Vers Tâge de trois à quatre ans, la jeune fille eut une éruption par tout le corps, et les articulations devinrent douloureuses. La luette a disparu. Le voile du palais est rongé. Le nez est tuméfié.

23 mars. — Tassadits bent Fathma, des Bou-Ghaîb^ âgée de trente ans. Le mari, présent, porte des chancres à la verge. Cependant sa femme eut la gorge prise antérieurement à son mariage, ses parents ayant eu la syphilis. Les amygdales sont ulcérées et le pilier gauche est accolé au pharynx.

9 avril. — Mohammed ou Mohammed, des Yala de l'Oued Sahel, âgé de vingt-trois ans. il est infecté depuis onze ans, du fait de sa mère. Il eut d*abord des pustules au scrotum, puis les articulations devinrent douloureuses, et des groupes circulaires de boulons rouges apparurent à la peau. Depuis deux ans la gorge est attaquée. Le voile du pilais est complètement rongé. Une large ouverture laisse voir dans le fond la paroi postérieure du pharynx ulcérée.

27 avril. — Yacoui bent Mohammed, des Menguelat, âgée de 30 ans. Il y a quatre ans, elle eut des chancres aux parties génitales. Des éruptions se firent à la peau, puis la gorge fut prise. Le voile du palais est rongé. Des lambeaux de piliers sont collés contre la paroi postérieure du pharynx sous forme de brides. Les boissons remontent lors de la déglutition.

26 mai. — Tassadits bent Habbouch, des Mislaîm, âgée de 20 ans. Ses parents furent tous . les deux syphilisés. Ellemême est atteinte depuis six ans. Il y eut jadis aux parties génitales des ulcères dont je constate la disparition. Actuellement les articulations sont douloureuses et le voile du palais est rongé.

16 juillet. — Saïd ou Mohammed, des Uloula, âgé de 35 ans. Il y a cinq ans, il fut infecté du fait de sa femme, qui fit cinq fumigations. Lui, conserva des chancres pendant quatre mois. Les parties génitales étaient fortement gonflées; il ne pouvait marcher. Le voile du palais est complètement rongé.

3 aoùi. — Bileatsem, d^ rOocqnoara, kgé de 20 ans. Id^ fecié du fait de aea parents. Les articulations sont douloureiises. Le voile du palais est largen^ent éraillé, à bords lardaces. Le palais est couvert de pustules

1*' septembre. — Si Mohammed beu Mazarî. di'S Lhorfa», âgé de 55 ans. Il y a sept ans, il eut des chancres, puis, des ulcérations à la bouche, et fit plusieurs fumigations. Ài|jouic<r d*bui, le nez est bourgeonné et tuméfié.

2i septembre. — Âli ou Brahim, d*Âli'OU-Harzoun,.)gé d% 45 ans. Il y a dix ans, il eut à la verge des ulcères doat, Lesi cicatrices sont encore apparentes. Le nez est écrasé, la cloison a disparu.

Nous nous sommes arrêté longuement sur le retcn^ssement de la syphilis au nez et à Tarrière -bouche parce q^A c'est là, comme nous l'avons déjà dit, un des faits les plus, saillants qui nous aient frappé dans Téiude de la sypbiiis chez les Kabiles.

Les accidents syphilitiques de l'arrière-boucbie se présentent le plus souvent dans lem développement sous U forme aiguë. Des symptômes fébriles générante se déclarent; localement il se fait un travail inflammatoire qui aboutit aux résultats divers que nous avons signalés : abcès, ulcérations, érosions, désorganisation^, adhérences anormales» etp Tantôt ces faits suivent une marche plus lente et procèdent par voi$. d'ulcération chronique.

L'appareil vocal est pareillement affecté et la voix s'altère. Cette altération, bah*bah' , nom fut accusée par au moins la moitié de nos clients.

* . Il est encore une i\o,s manifestations de In syphilis sur laquelle nous devons nous arrêter un instant, ce sont les éruptions à la peau qui atteignent chez les Kabiles un développement extraordinaii*e. Nous en relaterons quelques, cas.

26 décembre 4857. — Moli^romed Arab, des $edka«, Agé de 35 ans. Il y a quinze ans, il eu.L des chancres, puis la gorge et les articulations s'affectèrent, epsu^te iiu^ éruption $e de-

Clara, ((iM occupe^ actuiellejodieoi j^lus de la moUi^ d^. \» siiper^» ficie du tronc. Le d.os en est liitér^lejneut coa^ert.

48 février 1858. ^ Z^uiab l^enl Foiiai des Me9gi>iielai«. àgëe de 30 ans. Infectée depuis cinq ans« elle eut des aixid^nts h la gorge et à la bouche» et le& articulations furen,! douionrett ses. Aujourd'hui une djzaiue de larges p'aques arrondies et rayonnées envahissent le dos et le thorax.

iO mars. ^. Essaïd ou El Hanlj., des Raten» âgé de 45 ans. Il y a un an, il eut des chancres dont les traces paraissent encore. Une éruption très-abondante envahit tout 1^ corps. À la nu^iue, il existe des plaque» indurées.

â3 mars. — Ârab ben ÂkU, deaBou-Chalb, âgé de 45 ans». U y a huit ans, il eut des chancres; aujourd'hui I^ scroUàBi est encore couvert de papules (Jue éruption: abooti^anite esl répandue par tout le corps, large et circulaire au do&» cobâuente aux bras, d'une couleur cuiv^Qe irès-pronc^cée auA cuisses.

8 mai. — Mohammed ou ÂJ(koueh„, de& MansQur de IfQuied Sahel, âgé de 60 ans. Il eut des chancres il y a deux s^m* Le testicule gauche est. encore tout couturé de cicatJîîces rouges. Il a fait des fumigations. Le do$ est aujourd'hui litiiéraleraent couvert de plaques rouges d'une étendue variable, quelques-unes de plusieurs déciniètr('& carrés, k bords relevés et squammeux. La nuque et Ix partie antérieure de Té^ paule droite sont pareillement, affectées. Des pbques^ larges CQmme la main, sont parsemées au thorax^ autour de l'ombir^ lie,, â la cuisse droite.

20 mai. — Bilcassem, des T^ourar, âgé de 35 an4 H y ai un an, il eut des chancres et il flt des fumigations. Une pla^^ que circulaire couvre l'épaule droite. Le reste de la surface eutanée est envahi par unie myriade dQ tubercules yi^L^ formes.

%8 juin. — KeUzouma, des Soullan, âgée de 35 ans Elle fait remonter l'infection, à cinq ans Les panties génitales prései^teot des pustules ichoreuses. 6lLe ^ fait d^^ (umj^a-

tioDS. Toute la poitrine et l'abdomen sont couverts de syphilides. Il y a des plaques muqueuses aux seins.

i8 septembre. — Mohammed ou Khaled, des Raten, âgé de 30 ans. Il accuse ses parents de rinCeclion, qui romonterail à une vingtaine d*années ; cependant il existe des pustules à la verge. Tout le corps est envahi par une éruption sous forme de tubercules rouges ou de plaques furfuracées, particulièrement au creux poplité. On observe des lubercules à l'aissclIe droite.

Nous avons donné ci -devant le traitement insiilué par les Kabiles contre la syphilis. Nous rappellerons seulement ici que ce traitement comprend les fumigations mcrcurielles, Tusage de la salsepareil'e et un certain régime. Un grand nombre de nos malades avaient fait usage des fuiuigations. Depuis que notre attention s'était portée sur ce point, nous en avions noté une soixantaine.

Quelques-uns nous accusèrent aussi Fusage de pilules mtTcurielles qu'ils appelaient pilules de Paris et qu*ils se procuraient à Gonstaniine.

Nous dirons quelques mots de notre thérapeutique.

Nous avons fait un usage assez restreint et circonspect d^s préparations mercuriclles, et cela non-seulement à cause de la nature des accidents que nous avions à combaltre, niais pour d'autres raiNons encore.

Les Kabyles sont très-sensibles au mercure; ils salivent facilement. Gomme toutes les populations ignorantes, ils sont enclins à croire qu'en forçant la dose on abrège la durée du traitement. Il y a du danger, parfois, à leur confier des médicaments énergiques.

Comme tous nos collègues de l'armée, nous avons remarqué la rapidité d'action des préparations iodurées et mercurielles sur les indigènes de l'Algérie.

Tel est, en somme, l'état de la syphilis chez les populations du Jurjura et des cantons voisins. Excessivement répandue, elle sévit avec une intensité que Ton constate beau-

coup plus rarement en Hiurope. L'émigration incessante des habitants est une cause puÎ!<sante de propagation. Mais, depuis longtemps, les masses en sont infectées. Un traitement traditionnel est impuissant à l'éteindre et rhérédité la multiplie. Telle est sa diffusion que toute douleur insolite, toute affection insidieuse et chronique est rattachée au fléau, à Tennemi, el hadou. Le fait le plus curieux à signaler dans son évolution, c'est son rcteniissement à la gorge ^ où elle entraîne de graves désordres. Il faut signaler aussi retendue de réruption cutanée

Nous rappellerons ici, en quelques mots, ce que nous avons déjà dit de la manière dont les Kabiles envisagent les lualadies et la médecine. Pour eux, toute maladie a son spécifique, et il devrait auffire au malade d'exposer le nom qu'elle porie pour que le médecin administrât un remède approprié. Toutefois, ils comprennent Htcilement la nécessité d'un interrogatoire Tous nos malades, au nombre de 5,400, admis à la visite dans Fespace de quatorze mois, ont élé inscrits avec tous les renseignements qu'une clientèle aussi considérable et la dilTiculté de l'interrogation comportaient. Quelquesuns occupent plus d'une page. Il y en a dont les affections onl été représentées au crayon en regard des renseignements écrits Los précautions en effarouchèrent quel({ues-uns dans le commencement. Ils croyaient, sinon se compromettre, au moins s'engager, en se laissant ainsi inscrire, avec toutes les circonstances capables d'établir leur identité; mais ces appréhensions ne tardèrent pas à s'effacer, et quand, lors d'une neuve le visite, ils me voyaient chercher mes livres et leur exposer tous leurs antécédents, ils comprenaient l'utilité de celte mesure. D'aucuns se figuraient que je devais immédiatement me rappeler d'eux et de tout ce qui les concernait, et me disaient que je les avais inscrits; que je ne devais plus avoir besoin de nouvelles interrogations.

D'autres, qui s'étaient mis au courant de nos allures, se présentaient et aussitôt nous exposaient leur nom, leur fa-

miU6« teiir lien i% missMice» leur aialedie e4U dM.de eep iavaeioQ*

tes préjugée et le siemère de voir dee meledee n'éteieat pee seulement cbei eux une d4flQcuUé» c*en éiait une cmuMt cjies certains de nos interprètes, (|ni lee pertsgeaiem neiiihrellement« et se préuient asses moilemenA à nés quesiioas. Faui-ii aj,on4er que nous étions trop souveni uial seeendés par des interprètes d'occasion^ gens ordînaîreniQtti «entant comprendre à demi-mot, ne comprenant pas du teut» et aone trahissant plutôt que nous traduisant» îùi 4ont m>nft. noMS apercevions de plus en pins à mesure que nous péncimns qn peu dam le langage kabile. L'interregaAeire, que mous te* nions à faire d'nne manière complète ei sérieuse, était la peMie la plus pénible de notre lAche. Plusieurs maJados k^ rent renvoyés fante d'édaircissements suflisaftis* au grand désespoir de ces pauvres gens, qiui. nons jeteiefti souvent en kabile le nom de raffection dont il& croiMem ^re atietnieet qui ne comprenaient pas qu'on leur en demandèidavan-iege.

Notre patience éiait pariiculièremeni mise à i*éprewre par un grand noml>re de sypbiiitlques, même du se»e masculin et d'uir Âge mûr. Quand nous les intenM>gîe«s, pres^ne jamais ils n*accusai«DL des accidents locaux dont ils étaient porteurs, mais ils commençaient pat noue exhiber ces a&â^ dents généraux et consécuiirs intéressant des région» eu la pudeur n'avait rien à Caire. Ce n'était qufen insistant furiement et longtemps que L'on arrivait graduellement à twit voir, et quand en touchait à la place d'armes il fallats presque se fâcher pour observer à Taise. Alors je faisais des re^ proclieset Ton me répondait : c Hais j'avais honte. »> Puisse me prenais parfois à répliquer : c Ktt moi jen^ai pas honte de vous recevoir^ yous m'apportez des pous et de: sales phiiesi vous arrivez comme des gens qui (t^gnent l'eau et je wms reçois patiemment, je fais tout mon possible pour vous; pourquoi chercher encore à me cach^ la vcriiét > Je dois dire qiie mes i^etprocbes,. souvent, diei^s pv une iesipeiilen^ie

cotAimelkifiMi aiguisée, étai^nl toofourd bien r«(ii6 et ttiè dés&rmM^m. Led pous ti la saleté n*étaietit qat Irop trais et trop constants, si te tiVst chez les 'femmes, qui foisatent Mm-^ jours, auiff&i qu'il leur était posslMe, un peu de toilette pour se présenter.

Un jour, wn bomnke d*une cinquantaine d'années se prëseiite, accusant du mal dans son intérieur. « Eh Inen* fois4e voir. -^ le ne puis, répo&éiuil. — > Alors, va- t'en. Comment veux-tu ifùt je te guérisse si tu ne veux pas me faire toir ton niftl) » Trois mois après, cet homme, que je rroyaîs affecté de syphilis, revint ^t me lit voir un hydrocèle énorme. Dans Ic5i coiyimencements, nous avions une certaine confiance dans nos clients syphilitiques, mais nous ne tardâmes pas ^ nous apercevoir qu'une fausse honte nous ferait cacher la vérité. Nous exigeâmes et nous obtînmes, seulement un certain nombre de femmes se montrèrent Técalcitrentes.

Le Kabile est jaloux, comme tous les peuples mtfsulmnns. Il mord volontiers an fruit défendu. Nos relations désintéressées avec la femme lui sont étrangères, la femme se produisant rarement ; il nous juge à son point de vue. Enfin, la coutume lui en impose.

Pendant quatorze mois, il nous est venu plus de huit coûta femmes de tout &ge et de toute condition ; mais on noms a demandé des médicaments pour un plus grand nombre, et nous avons refusé. Quand nous observions quil nous était impossible de délivrer des médicaments, alors que la maladie nous était aussi imparfaitemeui connue, on nous répondait : « Mais c^est une femme, et c'est une honte qu'une femme se produise ainsi chez vous en public. »

La nécessité fk souvent fléchir la coutume et la jalousie. Deux cents femmes et l'âge de seize à trente ans se «ont pré<senléos à nous. Quelques-unes se déguisaient et nous arr!-^ vuîent recouvertes d'un burnous. Â ce propos, un des faits les plus curieux de notre pratique est le suivant :

Le ft foillet 1S58 nons^ arrivait une jeune lemnie nouvel**

— tXz —

lement mariée, de Tâge de quatorze ans, du village de Taguemmouni guadefel, disi:mi de huit kilomètres du Fort-Napoléon. Depuis un mois, elle avait des accès de fièvre quotidienne. Deux femmes, sa sœur et sa mère, Tavaient apportée à dos, se relayant à tour de rôle.

La fièvre fut coupée, puis rei^arut, et le 19 du même mois, Amina beut Ahmed nous était de nouveau apportée par sa mère et sa sœur. Le pauvre ménage n'avait pas de monture.

Quand je voulais arriver avec les femmes à la constatation des accidents syphilitiques primitifs, avoués plus ou moins, j'éprouvais toujours de la résistance, et ce fut le plus petit nombre qui se soumit à la visite. Hientôl cependant un certain nombre cédèrent, mais il fallait procéder avec plus de précaut'on qu'avec les hommes. Quelquefois le mari luimême pressait la femme. Une autre fois ce fut un frère, des Djennâd, qui pleurait presque du refus de sa sœur.

Je ne tardai pas à me convaincre de la nécessité de ces visites, et je rapporterai un fait qui prouvera combien de choses j'aurais ignorées si j'.ivais ajouté fol aux rélicences de ces femmes.

Le iî'ijuin 1858, je recevais le père, la mère et l'enfant, tous trois accusant la syphilis. D/'jà le père m'était venu trouver au mois de février, disant tenir la maladie du fait de sa femme. La gorge présentait encore des ulcérations et la peau était couverte de quelques syphilides. L'enfant, âgé de quatre ans, portail une centaine de plaques rosées par le corps, de la dimension moyenne d'une lentille, les lèvres étaient altérées. La mère avait des plaques par la bouche, des croûtes à la tête et quelques taches par le corps. La gorge avait été prise il y a un mois et la voix élait devenue rauque. J'insislai pour en voir davantage. On fit d'abord résistance et je persistai, refusant de rien donner à la famille si je ne savais pas tout. Je trouvai les grandes lèvres légèrement indurées et une vingtaine de plaques en dessinaient le contour depuis la fourchette jusqu'à la commissure supérieure.

Mainies (ois les femmes qui pouvaient ou ne voulaient pas venir, m'envoyaient un émissaire, un enfant, qui tantôt avouait, tantôt se disait lui-même malade et demandait à emporter le médicament. J'avais Thabitude^ quand je soupçonnais un mensonge, de faire absorber immédiatement le sulfate de quinine. Mais j*ctais loin de m*allendre à la ruse d*un petit Kabile. Après lui avoir fait prendre la solution, je vois Tcnfant se retourner : il rendait immédiatement le quinine dans un roseau qu'il . avait tenu caché sous ses vêtements.

La femme Kahile jouit de plus de liberté, de Cfédil et de considération que la femme Arabe.

Plusieurs se sont présentées à nous avec un sentiment de convenance parfait, s'exprimant bien, nous témoignant leur reconnaissance plus et mieux que les hommes. Nous avons déjà dit qu'elles faisaient un peu de toilette, tandis que les hommes arrivaient avec une saleté rebutante et parfois dérisoire. Il nous souvient de plusieurs vieilles femmes dont la physionomie était empreinte d'un cachet de dignité que l'on ne rencontre pas chez les femmes Arabes.

Leur confiance ne nous a jamais fait défaut, à part certaines difficultés dont nous avons parlé, et qiii leur étaient imposées par l'usage. Il nous e^t arrivé d'en abriter plusieurs sous notre toit. Trois y passèrent une nuit en attendant uno opération remise au lendemain. Nous en avons eu constamment à fhôpital trois ou quatre de tout âge, enire autres deux jolies enfants de huit ans et une jeune et gracieuse fille de dix-huit ans avec laciuelle sa mère s'était hospitalisée. Quelques enfants, gagnés par les bonbons et les dragées, revenaient toujours avec plaisir.

Comme tous les peuples musulmans, le Kabile est résigné

et fait dans les événements une large part à l'intervention de la Providence. Malgré notre expérience de ces peuples, il nous arrivait parfois de trouver par trop naïve l'expression de cette résignation religieuse. Quand nous deman-

diess à «a maître affecté de fièvre inieriiiitleiite, Fépoque d*iio «ccès futur, il maaquaii rarement de nous faire une réponse dans le Sfenre de oelle-ci : Demain à midi, 8*ii plah à Dieu. Souvent aprèi radminieiration du médicament et les compliments d*usage, ils ajovtaieni : Tu m*as donné le remède, c'est Dieu qui me guérira, ou Q*eA Dieu qui ouvrira la porte.

Nous devons dire toutefois qu'en faisant & Meii la plus large part dans la cure, leur reconnaissance n'oubliait pas le médecin. Quand à son expression verbale, telles en étaient les formules ordinaires : que Dieu prolonge tes jours ! que Dieu fasse miséricorde à les parenis ! que Dieu te rouisse ! que Dieu te rassérène ! que Dieu augmente tes biens ! qne Dieu éiève ta position. A part quelques enfantiB timides, rarement ils nous quittaient sans cette eipression plusieurs fois répétée de leur reconnaissance*

Dès leur arrivée tout d'abord. Us se présentaient avec certaines formes attestant que la rudesse et la fierté kabyle n'excluent pas la politesse dans les relai ions. Généralement ils venaient nous baiser la main ; quelquefois ils nous baisaient la tète on r«pauie. Au4dbiit) cela p^ffett é«ccârslf et sent le pacha.

Si nous avons bonne mémoire, on s'émut jadis en France de ces formes obséquieuses et môme une circulaire enjoignit aux officiers des bureaux arabes de prendra d'autres allures, comme s'il y avait connivence ou provocation de leur part. C'était méconnaître les indigènes.

Au lieu de couper court à de telles habitudes, mieux vant les ramener à des formes plus simples. Ainsi le Kabyle ne baise pas toujours la main tendue, mais approche la sienne et après le contact la porte à sa bouche^

Quand donc un malade voulait nous baiser les mains, nous lui tendions franchement la nôtre , puis nous accomplissions à demi ce qu'il faisait en entier, c'est-à-dire qu'au lieu de porter notre main à la bouche, nous ne la porlimis qu'en mi^ckemin et dans la dlieetion. Qnant aut bai;^

Al

sns de lôté, toiit tmpbriaiits quMls soiienl. Il est dMBcHè ' de les éviier, icar ils iOAi rœiivre de gens qui tlenioeiit à donner une marque de déférence et de respect.

Le i6 octobre iSSft nous recevrons à ia visité SItmâa ben Msâoud, de Tikicboart, des Ouacif, porteur d'un goitre volumineui et affecté d'ophthalmie ; — nous l'avions traité aniérieureanent pour la rate. Cet homme de bonnes manières et d'une mise très propre, avait déposé ses sandales à la porte, eomine il arrivait à la plupart. Sur mon invStailoo à les chausser il s'y refusa, disant que le médecin était un ra4jel solthâ/n.

Les Habiles n'ignoraient pas que nous leur devions nos soins et nos médicaments, ce qui ne les empêchait pas de nous apporter des preuves matérielles de leur reeonnaissance. Dans les commencements, nous étions encombrés de ces cadeaux, consistant en : raisins, figues, noix, grenades, oeufs, etc. Le refus les blessée, et pourtant nous dûmes souvent en venir là^ mais nous ne pâmes toujours avoir gain de cause. Quand, mécontent de notre interprète, nous manifestions rimention d'en changer, des offres nous étaient faites, ayant évidemment pour mobile les profils éventuels de l'emploi.

L'Incurie, la superstition et la saleté des Kabiles conduisent leurs maladies à un degré de développement que l'on ne rencontre pas en France, ainsi que nous avons eu occasion de le fair0 observer, pariiculièremeiit dans la syphilis et les ophthalmies. 11 faut faire encore entrer en ligne de compte ie traitement dirigé par des mains inhabiles. Cette incurie et cette sale|4 inspiraient plus que le dégoût au médecin.

Pendant l'hiver, des pauvres femmes surtout, venaient nous accuser des bronchites, et ces malheureuses étaient à peine vêtues, et toujours nu-pieds. Nous dirons en passant que la femme kabile ne se chausse jamais, pas même dans les circonstances solennelles où elle doit se parer de tous ses au^urs» cMime dans les noces.

— zso —

Il tant en avoir été témoin pour croire à la saleté dégoûtante des pièces de pansement qui recouvraient lears plaies et ulcères.

Combien d'ophthalmiqoes sont venus^ la face toute encroûtée, combien de syphilitiques aussi que nous étions obligés d'envoyer se laver !

Parfois nous demandions à ces gens, depuis combien d'années ils ne s*é(aient pas lavés, et parfois ils nous répondaient naïvement : depuis plusieurs années. Rappelons en passant la saleté des vêtements et la vermine.

Les femmes seules, chez lesquelles nous trouvions généralement- beaucoup plus de tact que chez les hommes, se présentaient avec une mise convenable, autant que le leur permettaient leurs moyens.

Nous avons reçu quelques individus ayant perdu tout ou partie du pied. Quand nous leur demandions pourquoi ils ne portaient pas au moins des souliers s'ils voulaient guérir, ils nous répondaient : Mais j'en ai, des souliers. — Eh bien ! où sont-ils? Dans mon capuchon.

La crainte de la dépense est une des causes de cette saleté.

Pour les ophthalmiques, pour les syphilitiques et pour quelques autres, il était besoin d'une fiole pour emporter les médicaments ; n'en ayant pas à leur distribuer , ils devaient les acheter.

Dans les commencements, c'était une grave difficulté: quelques-uns nous apportaient des gourdes qui ne pouvaient convenir dans tous les cas. Un plus grand nombre allaient fouiller dans les immondices et nous rapportaient des débris de bouteilles, de pots à moutarde, de flacons à encre, de boites à sardines, eic, eic, et cela dans le franc état de saleté où ils l'avaient trouvé. Tel était le plus souvent le dialogue établi entre nous et le malade, quand il était besoin d'une bouteille.

. Je m'en vais te donner un remède, mais comme c'est de

l'eau, to m'apporteras uue bouteille. — Je n'en ai point, -r- Eli bien cherches-en. — Mais lu ne pourrais pas m'en donner une? — Non. — Mais celle-là, tu en as, je le la renverrai. — J'ai besoin de toutes mes bouteilles. — Mais où en trouver? — En ville. — Mais où? — Informe-toi, on le le dira. — Combien cela coûte? — Je n'en sais trop rien, quatre ou cinq sous peui-êire. — Mais tu ne pourrais pas le charger de me Tacheter, toi; je te rendrai l'argent. — Non, je ne puis m'occuper de cela. — Mais je n'ai point d'argent. — Eh bien, tu dois avoir des connaissances ici, vas en emprunter. — Mais lu pourrais bien m'en prêierune; par la vérité de Dieu, jeté la rendrai.— Je t'ai ditquejene pouvais, je n'ai qu'une parole. On m'apportait une bouteille, et si on avait pu l'avoir à un sou de moins, c'en était une sale. Je renvoyais la laver. On revenait, et regardant la bouteille^ quand surtout c'éiait pour un collyre, je disais : tu ne Ta pas lavée. Mais si, je l'ai fait. — Eh bien, va recommencer.

11 fallait par fois renvoyer quatre ou cinq fois, jusqu'à pureté complète.

Les difficultés d*approvisionnement ne tardèrent pas cependant à s'effacer. On finit par se présenter généralement avec des bouteilles. Pendant quelques mois du printemps de i858, il y eut même une sorte de petit marché établi à ma porte par quelques enfants des villages voisins, ayant, à la disposition de mes clients, des bouteilles propres qu'ils leur vendaient sans doute à un sou de bénéfice.

Plus de i, 500 bouteilles achetées chez les débitants du Fort Napoléon au prix de 20 ou i5 centimes furent ainsi mises en circulation par toute la Kabylie.

Nous avons parlé des difficultés de Tinterrogaiion résul^ tant de Tinsuffisance des interprètes et des préjuges des Kabiles : la lourdeur de leur esprit n'en est pas un moindre. Le Kabile n'a pas la vivacité de l'Arabe.

Notre interrogaioire était aussi long et aussi complet que possible et les réponses consignées.

Dei^^ quand est-te malade» diaiom-iiotia aai K4ib]1«s. Atbàs aya : H y a longtemps. — Mais eoâa oombieD de lenitis ? ^ H y a longtemps. — Mais y a-i-ii on mots, de vx mois, trois mois, an an ? -— C'est depuis Tété, depuis l'automne : je ne sais pas bien. Je suis déjà venuî (u ne me reconnais pas? — Je ne puis me rappeler tont le monde. — Cherches dans tes papiers tu me trouveras, tu m'as inscrit. — Mais dis-moi quand^ que fesais-iu alors; était-ce la moisson, les fruits étaient-lis mûrs. — Oui, je crois, c'était la moisson.

Bien souvent ces indications étaient aussi vagues que possible, et sans un double registre nous n'eussions pu nous en tirer. L'un était notre journal avec les notes relatives à la maladie, l'autre était une sorte de tableau contenant la ma^ ladle, le sexe, l'âge et la tribu du malade.

Quand nous demandions la cause, la manière dont le mal avait comnieucé : on nous répondait : men andreuhbi ; Cela nous vient de Dieu. — Sans douie, tout vient de Dieu ; comment ton mal t'a-t-il pris? Ton mal d'yeux te vient-il d*un coup de vent, de la (umée, de la chaleur, de la poussière, eic ?

On a dit, et c'est une exagération, que les Kabiles, comme les Arabes, ne se présentaient plus après une première administration du médicament, qu'ils faisaient d'abord ce qui leur était prescrit, puis qu'ils s'en tenaient là si la guérison n'arrivait pas au plus tôt. Il y a là du vrai et du faux. Le Kabile aime la guérison immédiate, cela concorde avec ses croyances, son apathie et la répugnance qu'il a pour tout déplacement qui ne lui rapporte pas immédiatement un bénéfice matériel.

Si l'Arabe et le Kabile ne viennent pas, la faute est à l'organisation du service médical indigène, rarement institué comme il devait r'étre. Nous avons fait le service près d'un bureau arabe dans les conditions suivantes : Dans la côur près de l'écurie était une salle avec une armoire contenant

des médicaroenls. Personne pour assisier le médecin ; pas nn YQse pour la moindre manipulation. Qu'on suppose en de lelles conditions un médecin ayant d'abord un service de corps ou d*li6pital avant tout, ignorant l'Arabe, mal secondé par un interprète qui ne lui appartient pas, et Ton concevra qu'un pareil service doit être fait pour Tamour de Dieu, qu'on ne tient pas à lui donner de reilension, qu'il ne comporte guère que l'administration du sulfate de quinine. Notre service avait uni par se compléter. A part quelques insirumenis que l'hôpital lui-môme ne pouvait nous fournir^ nous avions des moyens d'agir assez étendus, plus étendus qu'on a généralement. Nous pouvons dire enfin, qu'aimant les Tondions autant que ces moyens toutefois nous seraient continués, connaissant les populations, pouvant entrer en communication avec un certain nombre connaissant l'Arabe, envoyé exprès après la conquête, nous réunissions un ensemble de conditions qui se rencontrent rarement.

Ajoutons encore que nos connaissances en littérature arabe étaient un moyen d'influence sur les gens instruits, aussi bien que sur les ignorants.

Nos clients donc nous revenaient généralement, sinon jusqu'à guérison complète^ au moins jusqu'au point où l'on pouvait les abandonner à eux-mêmes.

Il faut toutefois faire une distinction. Dansle cas, par exemple, de blessures récentes où les progrès étaient journaliers, ils étaient exacts. Dans les cas chroniques où les résultats étaient lents à se produire, ils mettaient moins de régularité

dans leurs retours.

Les individus affectés de plaies récentes ayant nécessité des opérations, nous sont revenus une dizaine de fois en moyenne.

Dans le cas de syphilis, ils retournaient trois à quatre fois, n'ayant généralement du médicament que pour quinze jours. Quelques-uns tardaient davantage, se croyant complètemeiit guéris ^uand une amélioration marquée se proi^onçait. Nous

ne donnions jamais le médicament pour un plus long infervalle, craignant à juste litre Tabus. En effet, ces peuples ignorants ne sont que trop portés à croire qu'une injection plus copieuse ou unique vaut autant 'qu'une injection fractionnée et prolongée. Nous donnions rarement le sublimé et toujours la pommade mercurielle.

Sur 5,400 présences à notre visite, environ i, 400 étaient des récidives, de sorte que nos 5,400 malades inscrits représentaient environ 4,000 individus.

Cent soixante malades sont rentrés à Tbôpiial, dont un cinquième environ de tout âge. Nous n'y admettions que les sujets exigeant des soins difficilement réalisables à do micile, ou des opéraiions indispensables avant tout traite* ment. Ce n*éiait souvent qu'à leurs corps défendants qu'ils y entraient, non pas que l'hôpital leur répugnât, mais parce que leur absence, dans la majorité des cas, faisait un grand vide à la maison. Nous evions proposé un autre mode plus conforme aux habitudes des indigènes et moins coûteux, c'était de les faire coucher dans une chambre attenant à notre logement, où ils auraient joui de la liberté et du contact plus facile des leurs.

Nous en avons ainsi gardé quelques-uns, leur donnant une couverture pour la nuit, pendant quinze jours et un mois. Quand les fièvres et les d}ssenteries s'accrurent dans la garnison, et que la salle qui nous avait clé affectée pour les indigènes nous fut retirée, nos malades restèrent constamment sous la tente; parfois, dans des conditions de chaleur ou d'humidité, (en octobre et en novembre) telles que nous étions prêts à les licencier, plus d'une fois, si nous n'avions compté sur uu changement prochain de température. Trois ou quatre femmes résistèrent à ces intempéries.

Nous avons employé le chloroforme vingt ou trente fois sur les Kabiles et dans toutes les conditions d'Age, depuis quatre ou cinq ans jusqu'à soixante, sans éprouver jamais d'accident qu'un vomissement chez un enfant dont un

repas récent nous avait été dissimulé. Une fois connu, le chloroforme nous Tut souvent demandé pour les opérations même légères, surtout chez les femmes. Un des plus heureux emplois que nous en fîmes fut chez un Kabile de la tribu desYahya, porteur d'une luxation scapulo humérale datant de trois jours. La réduction se fît avec la plus graade facilité. Aussitôt le malade rentré dans son village, il nous amenait son frère affecté d'ankilose, suite d'un coup de feu, comptant qu'on pourrait l'en guérir eu le soumettant, endormi, à des tractions.

Pour compléter l'exposé de nos rapports avec les Kabiles, nous croyons devoir mentionner quelques lettres qui nous furent adressées par eux en langue Arabe. La plupart sont des demandes de médicaments pour des femmes.

N<» 1. a Louange à Dieu ! il est unique.

€ AU médecin, chez les Béni Iraten.

« Fâthma, fîlle de Mohammed ben Âchour, te dit de lui envoyer un remède qui tue les vers de la tête. Ne larde pas. Le porteur est ElHoussein ben Madjkoun. »

Cette Fathma, de Gheltata, chez les Illoûla, des pentes méridionales du Jurjura, nous était déjà venue le 1*^ mai 1858, accusant de la céphalalgie qu'elle voyait entretenue par un ver siégeant dans sa tête. Dans celte leitrC) le mot médecin est exprimé par le mot mdâoui, guérisseur.

N* 2. Cette lettre porte extérieurement celte adresse : Pour arriver à la main du médecin de l'Arba. Tel est son contenu:

a Louange à Dieu, le salut et les bénédictions de Dieu sur son Prophète.

A la personne fhadhratj du médecin fthabtbj : le salut sur toi, ainsi que la miséricorde et les bénédictions de Dieu.

Or, je désire par la présente, que tu m'envoies un remède pour lamina bent Turqui, qui est atteinte d'une fîèvrc chaude et froide. Elle est allée le voir pendant l'hiver, tu lui as donné un remède et elle s'est trouvée guérie pendant

4tiel4«« temps, ttaïutenant sa maladie lui est revenue, et

nous désirons qne (u lui retournes un remède. El le salut. Nous espérons, par la grâce de Dieu, que tu lui enverras le même remède que la première fois II lui serait difficile de se rendre chez loi. Le salut sur celui qui lira et qui entendra. »

Cette lettre est d'un caractère parfaitement tracé.

N* 3. Cette lettre se compose de deux feuilleis.dont l'un sert d*enveloppe et porte cette adresse extérieure :

c A la main du médecin de Bordj Boulyoûn el Àrba. » Nous avons rarement entendu cette expression de Borj Bourlyoûn^ fort Napoléou,qui ne pouvait avoir cours que chez les Tholba; plus souvent nous entendions dire: la mile de VArba.

Tel est le coiitcnu de cette lettre.

et Louange à Dieu. U est unique : et il n*y a de stable que son empire.

c A monsieur Toflicier médecin, Sidi el fessian-etthabib, qui habite au dessous du bureau (arabe). Sur toi le salut, le plus grand des saints, sans limites et sans restriction.

« Or, après le salut, il suit que Hjmich de la famille de Cassi (nils cassi) est allé jadis vers toi pour se faire guérir. Nous avons appris qu'il était mort. II est du village (Guerrya) de Tikichourt, de la tribu des Beni-Ouacif. Aujourd'hui nous demandons de toi, et c'est Tobjet de la présente, que tu nous en informes, s'il est mort ou non. Tu nous rendras réponse immédiatement par notre ami Amar de la famille Saïd (Nils asaid] du village des béni Frah, par qui nous arrivera la réponse. Et le salut. »

Les craintes des habitants de Tikichourt étaient mal fon* dées.

N^' 4. Celte letlre nous fut remise, bien qu*elle ne nous fut pas directement adressée.

€ Louante à Dieu ! Il est unique. Et le salut el les bénédictions de Dieu sur son envoyé.

<r A celui qui est chargé deTamorilé et de la joslice, à savoir le commandant de la ville qui est construite sur le territoire d*fclieraoua.

« Nous désirons de toi que lo fasses qu'il soit délivré au porteur par le médecin, ce qui guérit la fièvre froide. Je suis ici malade avec ma famille, et il y a une femme qui ne peut sortir;

« Écrit en présence d'Ali, de la famille Ameur(nitÂmar), d'El Hadj Msâoud ben Bou Abdallah, de Mohammed Arab, de la famille Slimàn. Nous désirons que tu u'oublies pas. Mille et mille saluis. »

Il nous reste cinq de ces lettres.

Avant de passer à la partie purement médicale de notre travail, nous allons terminer par troiç tableaux, Tun donnant la totalité des malades inscrits depuis le 23 septembre 1857 jusqu'au 24 novembre i858, le second donnant la liste des entrées à l'hôpital pendant la même époque, enfin le troisième la répartition par tribus.

Tableau des malades inscrits du 23 septembre 1857

au 24 novembre 4858 ;

Hommes Femmes Totaux Septembre 1857. 35 8 43

Octobre........ 342 70 412

Novembre 453 98 551

Décembre 500 70 570

Jadvier 1858.... 242 36 278

Février 289 36 325

Mars 336 66 402

Avril 274 93 367

Mai 269 100 369

Juin 254 85 339

Juillet 234 36 270

Août 265 32 297

Septembre 411 52 463

Octobre 405 52 457

Novembre 228 .23 251

Totaux 4537- 857 5394

Le tableau qui auil nous a éié livré par rhèpiul. Mous feroD6 remarquer que les morts inscrits ne portent pas sur notre clientèle locale, mais sur les ouvriers indigènes travaillant au fort. Il y en avait en 1857 de toute provenance» et parmi les maçons un grand nombre de Marocains, notamment du Rif.

Mouvement des Indigènes à V hôpital de Fort^Napoléon.

Entrants Sortants Morts Journées

iMrimestre 1857. 3i 37 2 561

Touux 148 145 3 3330

Nos notes particulières nous donnent 10 malades entrés à rhôpital pendant les mois d'octobre et de novembre 1858, ce qui fait un total de 158 malades, du 1" octobre 1857 au 24 novembre 1858.

Nous allons donner le tableau des malades venus à la visite et inscrits du 23 septembre 1857 au 24 novembre 1858, répartis par tribus.

Total des malades :

Hommes, 4537 ; Femmes, 837. Total, 5394.

Tribas Hommefl Femmes Total

Ratcn 2059 425 2484

Frâoucen 176 34 210

Khelîli 8 » 8

BouchÂib 65 8 73

Yahya 193 40 233

R'oubri 14 » 14

Hidjer 17 8 25

Toudja 1 » 1

Bougie 3 » 3

Aiikhel^f. 11 6 17

Tribas Hommes Femmes Tstal

Menghelât 253 76 329

Bon Youcef !25 47 U2

IlourV 101 21 122

Hillen 32 12 U

llloûla 34 8 42

Akbil 85 13 98

Mislaim 31 22 53

AUâf 77 5 82

Bou-Drâr 105 3 108

Bou-Akkâch 84 5 89

Ouâcif 199 11 210

Bou-Addou 2 » 2

Bou-Rerdan 2 t 2

ChenDâcha 20 3 23

Ouâdya 26 2 28

Sedka 236 34 270

Yenni 159 23 182

Mecbras 4 1 5

Koûû 1 » 1

Oorlis 1 3^ 1

Mellikeuch 2 » 2

Ouâyour 4 > 4

Mechdalla 2 3 8

Meddoûr 2 » 2

Yâla 16 1 17

Macsour 9 2 11

Abbès 2 » 2

Aide) 1 » 1

OurlHan 1 » 1

Ouennaira 1 » 1

Iladjerâs 1 » 1

AïS8i 113 40 153

Mâika 5 1 6

Bou-Hînoun ^ 3 2 5

Trihos Hommes Femmei Total

FUssameUil 6 » 6

FUssaielbahar 18 2 20

Amraoua 38 4 42

Ouagnoun 35 14 49

Djennâd 47 8 55

Zekhfaoua •.... 2 > 2

Felik 4 > 4

Azzoûg i 1

Madhal 2 2

Ksîla 9 2 11

Tigrîa 6 1 7

Hoceio i » i

AU-Âmeur 2 » 2

Étrangers à la Kabylie. 75 2 77

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