‹ Une nichee d'Arlequins comedie melee de chant en un acteChapitre 7 sur 17 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, THOMASSIN, #ou< les habits d’un deux souffleur.

thomassin. Signori, ze me prosterne...

voulant dire par là... que ze vi présent * mes très-humbles civilités... si z’eii souis capable. . . Azor Gambillar.to, souffleur de la Comédie Italienne.

LE major. Qu’est-ce que c'est que cela, un souffleur?...

LC notaire. C’est un gros poisson de mer...

thomassin. Non, signor... vi confondez...

ze ne s mis pas ouït gros pohsun... rnà tout simplement ouu pauvre diable qui vit, non pas eu pleine mer, mà en pleine scène. . .

dans un trou entre deux rangées de sanddles... ç-irzé di veuir eu aide aux mémoires paresseuses des artiste*.... voulant dire par là... <|ue ze souffle leurs rôles .. le podestat. Ah! bien!

LE NOTAIRE. Ail ! bon ] le MAJOR. C'est une autre famille de souffleurs.

LE PODESTAT. Au fait... monsieur... au

fait.. Pourquoi clos -vous sorti de votre trou?

thomassin. Le fait, signori, le voici : le tchélèbrc Thomassin dont z’étais l'ami... il n’a gainais eu d'ami piou fidèle, dont z’étais l'inséparable... zamais nous ne nous sommes séparés; dont z'étais encore le commensal...

zamais il n'a prisoun seul repas sans moi...

LE notaire. Au (ait, au fait..

THOMASSIN. Le tchélèbre Thomassin, signori, il aimait pardessous tout la gloire!... et après la gloire ce qu’il aimait le piou. c'était le macaroni!.., ce pauvre Thomassin, il l'aimait à la furor!... 4 la folie!... voulant dire per 14... que ce mets patriotique il devait loui devenir fouucstc !

le podestat. Achevez... car nous ignorons encore l'événement qui nous a privés de notre cousin.

THOMASsin. Hélas!... (Il s essuie un ail.) Vous permettez que ze donne oune larme.

C'était le vingl-ciim octobre dernier... il venait de zoucr Arlequin dans ta brune.., oune pièce où votre cousin il s'élevait zusqu’aux nues!... Avant de monter dans sa loge per sc déshabiller... amico mio, me dit-il, ze l'invite à souper per ce soir... attends-moi, Azor. Et moi, ze l’ai tendis, et nous foûmes nous attabler tout h côté del théâtre, dans oun cannant petit cabaret de la rue Mauconseil. .. où l'on fait le macaroni... ab! signori miei. .. l’excellente cosa ! Un macaroni doré comme un rayon de' soleil, et qui file! et qui file! et qui vient I de Joui -même amoroso dans la bouche per la ! parfoumer et la rézouir, et qn’on est forcé de s’en lécher les doigts jusqu'aux coudes.

le podestat. Abrégez... nous savons ce que c'est que du macaroni...

thomassin. Quand il file?

LE major. Parfaitement.

thomassin. Et quand il y a dedans dou bon beurre et dou bon fromaze.

LE major. Mais oui... après... vous voilà au cabaret.

thomassin. Si signori. Thomassin il dcmafidc d'abord du macaroni per quouatre, comme 4 noslre ordinaire. Le macaroni il est avalé en un clin d'œil; alors Thomassin il en demande per houit... et le nouveau plat il disparait comme oune ombre chinoise !

LE MAJOR. Quel goulu I thomassin. Le macaroni, ce soir-14, il était si soublime, que Thomassin il en redemande per douze, et nous le raanzeonsl...

mais après... le povèro Thomassin il n’était pas bien à son aise.

LE major. 11 y avait de quoit le podestat. Et il en est mort?

thomassin. Hélas! pas tout de suite...

voulant dire, per là, qu'il a eu le temps de régler ses affaires d'ici bas.. . avant que d’aller rendre ses petits comptes tout 14-baut LE PODESTAT. Ab 1 LE NOTAIRE. Il a réglé...

LE Major. Ses affaires...

thomassin. Si signori, il a fait oun testameni, le povero!

UNE NICHÉE D’ARLEQUINS

tous. Un testament. ..

LE podestat. Nous le ferons casser l thomassin. Oun testament dans lequel, m'a-t-il dit, il lègue tous scs biens 4 ses trois cousins bien aimés .. le povero!

le major. Il serait vrai?

le podestat. Messieurs, nous devons respecter les dernières volontés du testateur, quelles qu’elles soient.

LE notaire. Et seriez-vous dépesitaire de ce testament?

TnoMASSiN. Z'en suis porteur en qualité d’exécutor testamentaire, et mouni di tous les pouvoirs nécessaires.

le major. Donnez-vous donc la peiue de vous asseoir.

thomassin. Vous êtes trop bon... (£Aacun lui offre une chaise.)

le podestat. Zerbinette! a-t-on fait rafraîchir ce cher monsieur Azor?

le major. L’a-t-on fait déjeuner... Azor?

zerbinette. Moi, j’ai dit à monsieur qu’il pouvait sc regarder ici comme chez lui.. .

LE NOTAIRE. Très-bien !

thomassin. Zc n’ai besoin de rien... grasla.!.

le podestat. Dans ce cas. . . nous sommes disposés à vous entendre...

LE major. Nous sommes tout oreilles.

le notaire. Et vous comprendrez notre impatience. .

thomassin. Comment donc 1 si je la comprends 1 c’est-à-dire que vi devez être sur 1 des çarbons... aussi zc ne veux pas vi faire ! languir, et ze vaU vous satisfaire tout de suite. (/( se mouche. ) le podestat. Voyons... voyons...

thomassin. Ze serais désolé de vous faire attendre... oun tout petit peu... (Il met ses lunettes.)

le major. Nous aimons 4 le croire... Allons!....

thomassin. Et ze vais au plus tôt... satisfaire voslre curiosité... mà, avant la lectoure dou testament, ze dois vi donner connaissance d'oune lettre que le défunt il a cru devoir vi adresser à son lit de mort toüs. Une lettre?

thomassin. Oune toute petite lettre que voici.... (Il tire de dessous ton habit une énorme lettre.)

le notaire. Que signifie...

thomassin. Vi allez voir : (Lisant la swscripiion.) • A mes excellent issimes parents Ignazio Vicentini, podestat, don Cornaro,

• notaire, et Annibal Torribio, major... »

le notaire. Ici présents tous les trois.

thomassin. « La lecture de cette lettre b clic doit précéder d’oune heure la lecture « di mon testament. » Vi voyez que la volonté dou testateur elle est clairement exprimée, et que le cachet il est intact?

le major. Vous pouvez ouvrir celle lettre.

LE podestat. Et en faire lecture.

thomassin. Z'obéis : (Il enlève l'enveloppe et lit.) « Cers cousins, vi avez été » pour moi, de mon vivant, de bien détesta- » blés parents. — Yi m’avez tous chassés de.

» cez vous, cl vi avez poussé la tendresse » zousqu’4 vouloir me faire enfermer... • le podestat, riremen/. Ce n'est pas moi.

le notaire. Ni moi.

le major. Ni moi.

thomassin. Oh ! il m’a dit très-souvent chè vi le traitiez d’hblrion... le povero!... chè vi l'abreuviez de mauvais procédés... le povero!.,.

le podestat. Assez! continuez.

thomassin. Ze continue : ■ Z'avais zourc » di me venger.. . mà le ciel il prescrit le » pardon des offenses... zc consens donc à » tout oublier et 4 faire mon testament en

• vostre faveur. »

zerbinette. Comment?

le podestat. Ce cher Thomassin 1 ah !

c'est beau I c’est grand ! Eh bien ! mes cousins, reconnaissez-vous enfin combien vous l’aviez mal jugé?

le notaire. Moi! j'ai toujours pris sa défense.

le major. Moi de même !... C'est vous qui nous excitiez contre loi. Moi... je connaissais son cœur... un cœur d’or... un eœor d’artiste...

TnoMASSiN. Bravi... bravi!... Oh! ça me fait bien don plaisir di voir comme vi êtes menus sour le compte du povero... et ze continue : * Oun testament en vostre faveur.. .

■ maz’y mets oune petite condition. »

TOUS. Une condition 1 TnoMASSiN. Oune petite...

LE podestat. Enfin... voyons quelle est cette condition ?

thomassin. « Oune heure après avoir pris » connaissance de cette lettre, mes cers con- » sins devront, pour assister 4 la lecture de » mon testament, se présenter en costume

• complet d'arlequin. > tous. Hein?

zedbinette. Ab! ahl ab! la bonne farce!

thomassin. « Voulant par 14, les forcer » de réhabiliter après ma mort l’habit qu'ils » ont tant méprisé de mon vivant. •

le podestat. Allons donc! Le premier magistrat de Bergame en arlequin t

le major. Un officier supérieur avec un sabre de bois I

le notaire. El un notaire avec une queue de lapin!...

le podestat. Ce serait honteux !

LE NOTAIRE. Ce serait une bassesse !

lf. major. Et si le cher cousin, de son vivant, sc fût permis nne mystification pareille... je l'eusse tué... mordieu!...

thomassin. Per lai apprendre 4 vivre...

Mi la lettre elle n’est pas finie et zc dois vi en donner connaissance zonsqn’au bout..

Zc reprends donc : « En costume complet d'arlequin. • Oh! il n'y a pas 4 dire, mon bel ami... ça y est! a Ceux qni ne scconfor-

• nieront pas 4 cctlc clause expresse de mes » dernières volontés... « le mot expresse est souligné. .. « seront exclus du partage que zc » fais di tous mes biens, et leur portion d'hé-

• ritazo, clic viendra augmenter d'autant,

• celle de mes cers parents qui auront con- > senti II l’exécouter. Si à l’heure dite, per- » sonne ne se présentait, ma filleule Zerbi- » nette deviendrait alors ma légataire univer- » selle. Signé Thomassin. » Vi connaissez sa signatoure... vi connaissez son écrilourc?...

le notaire. Il faut faire casser le testament?...

le major. C’est le seul moyen., cassons-le.

thomassin. Ce sera difficile.

le PODESTAT. Nous prouverons qu'il ne jouissait pas de son bon sens quand il a écrit celle lettre.

thomassin. Réflfchisscz-bien, signori.. Il est onze heures.. . vi avez zousqu’ii midi per vi décider... per vi costoumcr...

tous. Jamais!

zerbinette. Tenez, je veux être généreuse, moi, et vous aider à remplir las conditions du testament, bien que cela soit contre mes intérêts... Ces trois costumes que vous m'avez donnés ce malin. .. je vais en déposer un dans chacune de ces chambres... je vous les prête. (Elle exécute ce qu'elle dit.) tiiomassin. Beuè.

LE podestat. C’est inutile I... partons, mes chers cousins...

L£ MAJOR et le notaire. Partons ! ..

tiiomassin. N’oubliez pas qu'oune fois midi sonné, il sera trop lard.

LE MAJOR. Azor, allez au diable!

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