Une nouvelle apologie du gallicanisme; réponse à m.l'abbé Lovson
J’ai publié, il y a un peu plusd’unan, un volume intitulé Recherches historiques sur l'Assemblée du Clergé de France de 1682, à la première page duquel je disais* « Nous offrons ici aux lecteurs de bonne foi non pas un livre, mais les matériaux d’un livre : c’est un recueil de pièces relatives à l’histoire de l’Assemblée qui rédigea les fameuses Propositions. Nous écrirons peut-être un jour cette histoire ; mais nous sommes dès à présent certain qu’on ne pourra pas la raconter d’une manière exacte et complète, sans consulter le présent volume. » J’ajoutais que j’avais recherché de préférence, dans les dépôts publics de Paris, les pièces émanées des adversaires du Saint-Siège, les papiers des ministres de Louis XIV et
de ses magistrats, et qu’on n’y trouverait après moi rien qui contredît mes conclusions.
Voici ces conclusions : En droit l’Assemblée du Clergé était absolument incompétente pour décréter les Quatre Articles. En fait, la majorité des évêques qui les souscrivirent donnèrent leurs signatures malgré eux, et, suivant les paroles du Procureur général de Harlay, ils auraient changé le lendemain de bon cœur, si on le leur avait permis.
L’opinion que j’exprimais n'avait rien de nouveau ; mais les preuves encore inconnues dont je l’appuyais étaient de nature à l’accréditer de plus en plus.
Je me livrais paisiblement à de nouvelles recherches, lorsque Mgr Maret, évêque de Sura, publia son ouvrage du Concile et de la Paix religieuse , dont le deuxième volume contenait, à la page 545, les lignes suivantes:
« Toutes les nouvelles attaques contre le Clergé français puisent leurs armes dans un livre imprimé récemment par un magistrat : Recherches historiques sur l'Assemblée de 1682. Ce livre n’est certainement pas le dernier mot de l’histoire: les documents qu’il cite ont besoin d’être révisés, interprétés, complétés. Ils le seront. »
Aussitôt que j’eus connaissance de ces insinuations si malveillantes, dirigées contre moi sans prétexte et sans preuves, par un évêque, dans un livre adressé au Concile, je protestai énergiquement contre elles, dans une lettre adressée au journal Y Union le 1“' octobre dernier.
Les mots, ils le seront , indiquaient évidemment qu’un livre se préparait contre moi. Ce livre, ainsi annoncé par Mgr Maret, vient de paraître; il est intitulé: l’Assemblée du Clergé de France de 1682, et il a pour auteur M. l’abbé Jules- Théodose Loyson, professeur à la Faculté de théologie dont Mgr Maret est doyen.
Voici comment s’exprime M. Loyson, en un trèsgrand nombre d’endroits, sur mon livre et sur ma personne :
Mon ouvrage n’est qu’un tissu d'allégations téméraires et erronées , soutenues par les plus inconcevables infidélités matérielles.
Je suis de ces hommes pour qui la vérité historique n’existe pas, pour qui l'histoire est taillable et corvéable à merci; qui étendent, dans l’ombre, sur leur lit de Procuste, les manuscrits inédits, et qui ij couchent, au grand jour, même les œuvres de Bossuet et de Saint-Simon.
Je spécule sur l’inattention du lecteur ; je compte sur son ignorance pour lui tendre un piège grossiei\
Je suis un pieux faussaire , un accusateur d’office, un épilogueur, un calomniateur.
Je ne sais pas plus le latin que l’histoire et la théologie.
On trouve à chaque page chez moi falsification flagrante, faux matériel, infidélité, manœuvres malhonnêtes et maladroites, billevesées, interprétations venimeuses, escamotage, manœuvres de lèse-vérité historique, documents mutilés et altérés, altérés très-souvent par mutilation et quelquefois aussi par des changements dans le texte, par substitution d’un mot à unautre , par faux témoignage, etc....
Je ne puis toucher à une vérité sans la corrompre.
Je n’ai ni les habitudes d'esprit ni les scrupules de conscience qui conviennent à un historien magistrat.
On a eu tort de croire à là parole d'un magistrat, d’un magistrat français, d’un magistrat siégeant à Paris. J’ai calculé sur l’effet que devait produire la robe du magistrat .
Encore un exemple de l’étrange manière dont ce magistrat rend la justice en écrivant l'histoire ! etc., etc., etc.
Personne, j’en suis sûr, ne me supposera l’intention de relever de pareilles injures ; elles ne sauraient m’atteindre ni m’offenser ; mais elles m’affligent pour celui qui se les est permises. M. l’abbé Loyson était d’ailleurs certain, en les écrivant, que je n’userais pas de représailles : il ne peut ignorer combien j’honore la robe qu’il porte, et je lui sais gré d’avoir prévu que je ne parlerais jamais d’un prêtre qu’avec respect.
Mais ces accusations, quelle qu’en soit la forme, m’imposent un devoir. Le public a le droit de me demander si l’on dit vrai, quand on me reproche d’avoir surpris ses suffrages et de l’avoir induit en erreur. Je me présente donc sans hésiter devant lui, et j’entre sur-lechamp en matière. Je m’expliquerai:
- 1° Sur les citations tirées des écrits imprimés ;
2° Sur celles tirées des manuscrits;
5° Sur les objections diverses.
J’examinerai ensuite, d’après le livre de M. Loyson, à quel point en est arrivée la controverse sur les événements qui se sont passés :
1° Avant ;
2° Pendant ;
Et 3° après l’Assemblée de 1082.