‹ Une nouvelle classification des sciences; résumé de quelques leçons professées à la Faculté des lettre de CaenChapitre 3 sur 3 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

DE QUELQUES LEÇONS PROFESSÉES A LA FACULTÉ DES LETTRES DE CAElf

Nous avons, dans notre cours de 1856-57 sur la science et ses conditions y reconnu trois grandes com binaisons de notions , de jugements, de raisonnements, ayant pour objet, la première , d'émouvoir la passion, ou V éloquence; la seconde , d'intéresser l'imagination ou la poésie; la troisième , d'éclairer la raison , ou la scieuee (1).

Après avoir nettement séparé le système scientifique des deux systèmes oratoire et poétique , nous avons déterminé la nature et l'essence, c'est-à-dire l'idéal de la science. Cet idéal consiste , pour nous , à réunir toutes les notions générales qu'on peut se former de l'objet i^>écial dont on s'occupe ; à ordonner ces généralités de manière à ce que celle d'entre elles qui a le plus de compréhension soit posée comme le principe du système; à établir autour de ce principe, pris c<mime centre , les autres vérités générales , les plus

compréheasives après lui , lesquelles deviennent des centres secondaires autour desquels se groupent des généralités plus restreintes , et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on arrive de proche en proche aux vérités les moins compréhensives , à celles qui sont immédiatement tirées de l'eupérience , matière première de toute généralisation (2).

Nous avions ainsi la science en général , le genre ; il nous fallait reconnaître et classer les sciences particulières, les espèces que le genre devait contenir. Notre histoire philosophique nous présentait trois classifications principales , celles de Bacon , de Bentham et d'Ampère, que nous avons patiemment exposées et discutées (3); nous en avons ensuite, pour notre propre compte » tenté une nouvelle que nous allons succinctement rappeler.

Le point de départ de la division des sciences « c'est* selon nous , Vobjet qu'elles se proposent d'étudier.

L'objet de la science, de toute science, c'est l'être sous tel ou tel point de vue déterminé. La science , ce sera donc V ontologie (4) , sous tel ou tel aspect; l'ontologie , c'est comme la racine de l'arbre scientifique.

L'ontologie est ou générale , en tant qu'elle se borne à constater les caractères communs des êtres, ou spé^ ciaLe , lorsqu'elle s'applique à reconnaître les caractères propres à chacune des classes d'êtres que nous concevons comme esseniiellement distinctes.

La première , V ontologie générale , ne se divise pas. Il n'en est pas de même de la seconde , de V ontologie

CLASSIFICATION DES ?CtENCES. 9

spiciaU; elle comprendra autant de sciences que nous compterons de classes d*étres essentiellement différents.

A ce point de vue , pour nous , l^étre est double ; c'est « d'une part^ la cause suprême, l'être incréé , Dieu; de là une science de Dieu , ou théologie ; d'une autre part , l'ensemble des réalitéjs créées , des réalités qui ne sont pas Dieu , qui se distinguent de Dieu , l'univers moins Dieu ; de là une science du monde (xô<rfxoc)« ou cosmologie (5); mais ces deux sciences laissent séparés les êtres qu'elles nous représentent; il importe qu'ils soient unis dans nos systèmes scientifiques, comme ils le sont dans la réalité universelle et de là une science des rapports que soutiennent entr'eux l'être incréé et les êtres créés, une science de Dieu et du monde, une thèocosmologie.

La théologie est indivise ; nous ne saurions admettre, comme le veut Ampère qui s'obstine partout à diviser chaque branche en deux rameaux , une théologie naturelle et une théodicée (6) ; de même que Têtre dont ici la pensée s'occupe est un et indivisible , ainsi doitil en être de la science dont il est l'objet ; sans doute cette science pourra se distribuer en plusieurs sections^ mais ce seront comme les chapitres d'un seul et même livre.

La cosmologie , au contraire , se prête à de nombreuses divisions : elle est l'ensemble des sciences relatives à une foule d'êtres qu'on peut bien ramener à un seul et même genre, mais à la condition d'y reconnaître un plus ou moins grand nombre d'espèces et même de variétés. Ici nous nous plaçons à un point de

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vue tout Douveau qui séparera profoudémeDt notre classification des classifications généralement reçues.

On divise ordinairement le monde en deux règnes : \q règne organique et le règne inorganique (7). Cette diyision ne nous parait pas suffisamment justifiée. Elle nie Torganisation là où elle peut fort bien être, quoique nous ne Ty apercevions point ; de ce que certaines masses de matière ne nous présentent pas les symptômes d'une organisation particulière , de celle , par exemple 9 de l'animal ou de la plante , est-ce à dire pour cela qu'elles n'en aient pas une autre qui leur soit propre? N'y a-t-il pas une sorte d'impiété à laisser ainsi dans le monde un reste de chaos, comme si la force organisatrice avait été en défaut par impuissance ou par incurie ? Échappant à ce double écueil contre lequel la classification habituellement reconnue nous parait se briser, nous distribuons les êtres dont se compose le monde en êtres vivants ou animés et en êtres non-vivants ou inanimes : constituant par cela même deux sciences que nous appellerons, la première zontologie, ou science des êtres animés, et la seconde iuoniotogie, ou science des êtres inanimés. Cette division ne préjuge rien ; elle n'affirme pas ce que nous n'avons nullement constaté^ ce que notre sens religieux repousse. Nous tirons d'ailleurs, bien plus sûrement que ne le peut faire la classification habituelle , notre ligne de démarcation entre nos deux règnes, la vie qui est pour nous l'union de la sensibilité , de l'intelligence à tel ou tel degré « et de la volonté sous telle ou telle forme ( appétit ^ liberté ) , se reconnaissant aisément chez les êtres qui la possèdent, et laissant non

CLAS<5IKICATI0N DES SCIENCKS. 11

moins aisément constater son absence chez ceux qui ne la possèdent pas (d). Puis viendrait ici, comme plus haut, une science des rapports qui ne peuvent pas ne pas exister entre ce qui vit et ce qui ne vit pas; ce que d'autres plus osés que nous pourront , si cette combinaison de sons ne blesse pas trop leur oreille, nommer une zoHtazontologie,

La zomologie est double et n'est que double; les êtres vivants se distribuent en deux classes qui les distinguent et les résument tous. Observons-nous la vie chez nous , dans Thomme ? la science que nous recueillerons de cette étude sera V anthropologie ; Fobservons-nous che2 les animaux ? nous aurons une zoologte. Ici encore , à côté de ces deux sciences analytiques dont Tune nous donne Thomme et l'autre l'animal , reconnaissons une science synthétique qui nous donne à la fois et l'animal et Thomme dans les rapports qu'ils soutiennent entr*eux , science qui s'appellera tout naturellement V anthropozoologie.

L'anthropologie est familière à ceux qui s'occupent d'études philosophiques et on en voit sans peine les divisions capitales. Nous sommes ici , du reste , d'accord avec Bacon et nous admettons avec lui une anthropologie individuelle qui traite de l'homme isolé et considéré en lui-même ^ et une anthropologie sociale qui suit rbomme dans ses relations avec ses semblables (9).

Si nous reprenons maintenant la première de ces subdivisions « nous admettrons encore avec Bacon ^ mais en renversant Tordre qu'il aime à suivre (il met partout le corps avant l'âme ; nous mettons partout

l'âme avant le corps), une science de Tâme ou psychologie; une science du corps ou somatologie; une science de l'union du corps et de Tâme venant compléter les deux premières, ou psychosomatologie (10).

Continuons notre division de l'anthropologie. La première des parties que nous y avons constituées , la psychologie , nous donne , en se coupant à ses articulations naturelles : l^ une psychologie théorique , qui s'occupe de l'âme pour la connaître purement et simplement et sans songer aux avantages que la vie pourra recueillir de cette connaissance ; cette science est une pour nous , parce que son objet ne nous parait pas présenter , sous les diverses faces que pourtant il nous offre (substance, d'une part; d'une autre part, attributs , ou sensibilité 5 intelligence 5 foi , volonté, activité), des distinctions assez profondes (11); 2^ une psychologie pratiqu3, qui met à profit, pour la direction de la vie , les connaissances théoriques préalablement acquises ; et comme la vie n'est pas tellement d'une pièce , qu'elle n'admette plusieurs sphères d'action suffisamment distinctes les unes des autres , nous constituerons autant de sciences pratiques que nous aurons compté de modes essentiellement différents dans nos développements actifs. Ainsi nous réunirions,- dans une première , les moyens d'agir sur les passions , soit que l'on songe à les combattre pour les détruire , comme le voulaient les Stoïciens ; soit qu'on se mette à leur service pour les satisfaire , comme le faisaient les disciples d'Épicure ; soit qu'on se propose , avec les vrais sages , de les modérer et de les faire tourner au bien général en les soumettant îi leur loi (12) ; nous

aurions ainsi ce que j'appellerais une thymagogtque (ôûpioç,«7W7*), ouFartde gouverner le cœur (13) ;— dans une seconde , les procédés à Taide desquels nous agissons sur rimaginalion et satisfaisons , autant qu'il est en nous , le besoin de beauté dont Tesprit humain est possédé , essayant de mettre sous son regard Tidéal auquel il aspire ; nous aurons ce qu'on nomme du nom si mal fait et si impropre û*esihrtique , ce qu'on pourrait appeler d'un mot qui exprimerait parfaitement ridée qu'il s'agit de rendre et qu'il faudrait lui réserver^ une technologie (science de l'art « de l'art par excellence], ou philosophie des beaux arts (l/i); — dans une troisième , toutes les règles utiles à la meilleure direction possible de l'entendement, lorsqu'il s'applique à la recherche de la vérité : ce serait la logique ; — enfin , dans une quatrième et dernière, les préceptes que nous aurions à proposer à la volonté libre , c'est-àdire une morale,

La somatologie peut ^ comme la psychologie , être considérée au double point de vue de la théorie et de la pratique. Si on se contente d'étudier le corps en ne se proposant pour but que la science elle-même , on aura une somatologie théorique , que nous partagerions en deux branches : Vanatomie ( nous élargissons à dessein la signification du mot), ou l'étude des pièces diverses entrant dans l'organisme , mais considérées abstraction faite du mouvement vital (15), et la physiologie, ou l'étude des actions et réactions que ces divers appareils exercent les uns sur les autres sous l'influence de la vie. Que si on considère la somatologie comme aspirant à nous mettre en possession de tous

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les moyens capables d'exercer sur notre organlsatkm matérielle une Influence salutaire , on aura une samatologie pratique, qui comprendra : d'une part, Vindus^ trie 9 c'est-à-dire l'ensemble des arts dont le but commun sera notre bien-être physique , et d'une autre part» la médecine, c'est-à-dire l'ensemble des arts qui s'occupent , à tous les points de vue , de la santé du corps f qu'il s'agisse de la maintenir lorsqu'elle est intacte 9 ou de la rétablir lorsqu'elle est altérée. Nous pourrions ici, avec ceux qui nous ont précédé » dresser une liste étendue des sciences médicales et des industries particulières. Mais nous n'oublions pas qu'une classification générale , comme celle que nous tentons, doit , pour rester saisissable et devenir usuelle , s'enfermer dans les généralités. Il sera toujours facile à ceux qui auront à détailler une de ces généralités, d'y rattacher les systèmes partiels que l'analyse y constatera et que la synthèse y devra rapporter (16).

Une dernière science relative à l'homme nous reste à reprendre, pour que nous en ayons fini avec Vanthropotogie , c'est la science des rapports que soutiennent entr'eux Fâme et le corps , la psychosonuuoloyie. C'est là qu'il nous faudra réunir , tant au point de vue théorique qu'au point de vue pratique , tout ce que nous pourrons savoir , soit des modifications que produit dans le corps Faction de l'âme et dans l'âme l'influence du corps , soit des moyens à l'aide desquels il nous sera donné de produire ou de neutraliser ces modifications. Nous ne nous arrêterons pas à reconnaître et à nommer ces sciences pour la plupart innommées et Inconnues ; nous nous contenterons d'en indiquer

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deux qui suffiront poar bien faire comprendre la nature de ces desiderata , que d'autres trouveront , que nous-même nous aurons ailleurs Toccasion de chercher ; Tune^ toute théorique» c'est celte physiognomonie ébauchée par Aristote , portée si loin de nos jours par Lavater (1 7) , ou Fart de reconnaître les dispositions morales de rhomme d'après les traits dn visage ; l'autre , essentiellement pratique, ce serait une sorte de thymagogique , qui consisterait à nous donner les moyens de placer le corps dans la situation la plus convenable , dans le milieu le plus puissant soit pour éteindre 5 soit pour allumer» à notre gré et dans la mesure où il nous conviendrait de le faire , une passion déterminée.

Tout est dit pour notre anthropologie individuelle ; passons à notre anthropologie sociale. On peut » d'une part » étudier les sociétés dans leur mécanisme : d'une antre part » leur proposer des règles pour leur bonne direction. On aura ainsi une anthropologie sociale théo* rique et une anthropologie sociale pratique.

L'anthropologie sociale théorique est double» à notre avis. Réduite à ses éléments les plus simples et les plus essentiels, la société» c'est la famille; il en faut théoriquement étudier la constitution ; ainsi se formera Vœcologie^QUoi). Avec un nombre plus ou moins considérable de familles , on constitue le peuple» la nation » dont l'étude théorique donnera une démologie.

L'anthropologie sociale pratique nous offre, à son tour, deux points de vue qui correspondent à ceux que nous avons reconnus dans l'anthropologie sociale théorique : ici , une science des procédés utiles à la bonne administration de la famille , Vœconomie ; là ,

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une science des procédés utiles à la bonne administration du peuple, de la nation, la démonomie (18).

Venons à la seconde branche de notre zontolog^e , à la zoologie. La science de Thomme , c'est , sous un certain rapport» la science de ranimai , l'animal n'enfermant rien en lui que l'homme ne possède ; c'est cette science réduite , restreinte y tronquée , l'animal pouvant être considéré comme un homme imparfait , incomplet , ébauché ou mutilé. La zoologie sera donc l'anthropologie , moins ceci ou cela.

Comme l'homme , l'animal est composé d'une âme telle quelle, et d'un corps : la zoologie admettra donc : 1°. une psychologie, que , pour laisser distinctes deux classes d'âmes (celle de l'animal et celle de l'homme), qui , selon nous , se séparent profondément l'une de l'autre , nous appellerions volontiers science du principe vital, biologie; 2°. une somatologie ; ^°. une 6tasomatologie. Gomme dans la science de l^omme , la psychologie de l'animal , la biologie sera théorique et. pratique ; mais la biologie pratique ne se décomposera pas; il est bien inutile de dire qu'elle sera tout entière consacrée à la direction de l'élément passionné , appétitif, toute thymagogique, et qu'elle ne contiendra ni logique , ni technologie , ni morale.

Quant à la somatologie , elle admettra pour l'animal les mêmes divisions que pour l'homme ; il n'y a donc pas lieu de revenir sur ce point. Tenons aussi pour dit , mutatis mutandis , de la biosomatologie , ce que nous avons dit de la psychosomatologie. Ajoutons, qu'il ne suffit pas d'étudier l'homme et l'animal isolément; que ces deux espèces réunies composent la nature vivante ,

CLASSinCATIOIl DES SCIENCES, 17

dont il faut que la science représente Fensemble, c'està-dire les rapports qui en unissent les diverses parties; qu'après l'analyse vient nécessairement la synthèse, et que notre zontologie se doit couronner par une oitthrqsH)2ootogie , ou science comparatire de l'homme et de l'animal (19]. Évidemment, il y a dans la nature de l'homme des mystères que nous ne pourrons pénétrer qu'en rapprochant de lui l'animal, et dans Tanimal des secrets que nous ne comprendrons bien qu*en le rapprochant de rhomme. Nous établirions donc ici , en premier lieu , pour ce qui regarde la partie vivante de uos deux classes d'êtres , ime psychologie compai-ée , ou une science comparative de la psychologie et de la biologie, d'un mot, une psychobiologie; en second lieu^ pour ce qui regarde leur élément inanimé: 1°. une anatomie comparée, 2°, une physiologie comparée, Z\ un art médical et un art vétérinaire comparés.

Nous avons divisé , qu'on se le rappelle bien , la cosmologie en trois branches ; zontologie^ azontologie, science des rapports entre les êtres qui vivent et ceux qui ne vivent pas (zonlazontologie). Nous avons déjà reconnu» successivement et par ordre , toutes les sciences qui composent la première branche , c'est-à-dire la zontologie : voyons la seconde, celle que nous appelons azontologie.

Nous admettons dans l'univers , au point de vue du concret , quatre classes d'êtres qui ne vivent pas , et par conséquent quatre sciences azontologiques: —une science des corps stellaires , planétaires « qui se meuvent dans rimmensité de l'espace , Vastronomie (20) ; une science de Tune des parties que nous détacherions

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de ce vaste système, et qui doit plas que toutes les antres attirer spécialement notre attention , de la terre , la géologie ; — deux sciences qui, bien que les connaissances diverses ayant pour condition l'étude de la terre ne forment qu'un seul et même système , semblent devoir en être séparées comme demandant des travaux tout particuliers : d'abord la science des êtres qui nous offrent quelque faux semblant de vie , mais qui ne vivent pas, c'est-à-dire des végétaux, ou la botanique ; et ensuite , la science des corps chez lesquels on ne peut reconnaître ni la vie elle-même , ni le moindre vestige des symptômes qui la manifestent, c'est-à-dire des minéraux, ou la minéralogie. Nous voudrions enfin qu'on reconnût , pour compléter ces quatre sciences analytiques , une science synthétique qui établirait les rapports qu'on aurait remarqués entre ces différentes classes d'êtres; les relations, entr'autres , qui nous les présenteraient dans une sorte d'échelle habilement graduée et montant peu à peu des corps les plus éloignés de la vie à ceux qui sont véritablement vivants (21).

Considérées au point de vue de l'abstrait, les réalités azontologigues donnent lieu pour nous à trois ordres de notions, constituant trois sciences, la physique, la chimie, les mathétnathiques pures ou mtxfe^, sciences qui étudient les corps non tels qu*ils sont, et sous tous leurs points de vue, mais tels que les fait l'analyse^ et sous tel ou tel point de vue que l'abstraction y reconnaît.

Nous avons épuisé l'objet de la science et les divers ordres de connaissances qui le représentent pour nous. Nous avons successivement constitué les sciences ana-

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lytiques qui envisagent chaque classe d'êtres isolément ; les sciences synthétiques qui les considèrent toutes dans leur ensemlrfe ; et cette science, plus vaste que tontes les autres, notre ttiéocosmologie , qui embrasse toutes les sciences analytiques et synthétiques, synthèse dessyn^ thèses où s'unissent Dieu et le monde, où se reflète Fimivers.

Notre système scientifique est complet. Nous en avons donné Talpfaa et 1 oméga. Il ne manque h ce mécanisme aucun de ses importants rouages; mais dans cette organisation telle quelle nous cherchons en vain ce qui seul peut lui donner le branle, un moteur. C'est jusqu'ici un corps qui n'a pas d'âme. Ce moteur, cette âme, c'est ce que maintenant, si nous ne voulons que notre œuvre soit condamnée à Fimmobilité et à la mort , il s'agit de lui inspirer. Ici s'ouvre devant nous un horizon nouveau. Qu'est-ce qu'une science Uiéorique ou pratique , si les connaissances que l'une suppose , si les actes que l'autre dirige, se produisent au hasard^ ou tout an plus sous l'influence d'un aveugle instinct? Ne semble-t-il pas que ce jeu de l'intelligence et de la volonté attende , pour être réellement ce qu'il peut être, une condition que notre travail ne lui a pas encore assurée, la vue claire du but auquel il doit tendre , et sur lequel il doit se mesurer ? Supposons parfaites les sciences diverses que nous avons constituées et ordonnées ; nous saurons quel est l'univers et comment , sur tel ou tel point, nous y pourrons produire, avec plus ou moins d'habileté , tel ou tel mouvement ; mais nous ne saurons ni pourquoi il est et se meut , ni vers quoi son mouvement doit le porter et le porte.

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Nous ne poiirrons lui venir sciemmeiil en aide, ni bous entendre sciemment avec lui. Une science du but, une science de la fin à laquelle tout aspire, nous devient nécessaire; notre ontologie, notre théocosmologie réclament, comme un indispensable complément , une téléologte. La téiéologie peut être totale on partielle. Nous pouvons, en effet « nous donner autant de téléologies particulières que nous reconnaîtrons de classes d'êtres tendant à leur fin propre , une téiéologie de l'animal , une téiéologie de l'homme , ou constituer une téiéologie commune à toutes ces classes d'êtres, une téiéologie de l'univers (22).

On conçoit , d'ailleurs, les rapports logiques de ces sciences diverses. Gomme l'univers est un, sa téiéologie est une ; toutes les téléologies spéciales ne sont que comme autant de filets d'eau qui vont se jeter et se réunir dans le vaste océan de la téiéologie universelle. Cette science suprême constituée , quel spectacle se présente à nos regards ! Tout le corps scientifique , auparavant immobile ou fatalement emporté dans un mouvement qu'il n'essayait même pas de comprendre, se meut avec intelligence et dans sa liberté; après s'être ignoré jusque-là, il prend tout-à-coup conscience de lui-même ; chaque système scientifique concourt à l'œuvre commune , le sachant et le voulant ; tous les systèmes naturalistes, mathématiques, moralistes sa-* vent pourquoi ils agissent et comment ils doivent agir ; on dirait que le Dieu vivant a soulQé sur l'organisme inanimé qui se tenait immobile devant nous ou s'agitait d'une agitation purement mécanique , et qu'il lui a Inspiré une âme, spiraculum vùa, comme dit Bacon,

d'après la Bible (23) , et dès-lors il va vivre et vivre dignement» doaé qu'il est d'une volonté raisonnable.

Cette science trouvée , où la placerons-nous dans l'ensemble que nous venons de former ? 11 nous faudrait, ce semble , la mettre partout , la répandre dans toutes les parties de ce corps dont elle est la vie ; nos téléologies partielles se prêtent bien à ce vœu de la raison ; rien n'empêche que nous n'attachions à chaque science spéciale la portion d'âme qui lui appartient; mais où placer daas Tuniversel système notre téléologie universelle , et dans chacun des systèmes spéciaux la téléologie spéciale qui lui revient? Ici nous nous trouvons aussi embarrassé que le sont les philosophes pour assigner h l'âme humaine une place particulière dans le corps humain. Cependant, comme on incline généralement à croire que le principal siège de l'âme est la tête et dans la tête cette partie de l'encéphale où viennent se nouer les divers systèmes de nerfs qui s'épanouissent sur tous les points de notre organisation matérielle (26) , ne pourrait-on pas aussi mettre eu tête de toute cette classiflcation et de chacune de ses divisions, d'un côté, notre téléologie universelle ; d'un autre côté, nos téléologies particulières? Elles seraient alors , l'une pour l'ensemble, les autres pour chacune des parties, le phare qui appelle le matelot au port ; uu flambeau toujours allumé éclairant, devant la grande armée scientifique d'abord , et ensuite devant chacune des légions dont elle se compose , la vole que toutes et chacune sont tenues de parcourir. Mais cette science du but suprême de l'univers, et du but subordonné de chacune de ses parties , est elle d'un si facile accès

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qa*il soit raisonnable d'en faire une condition pour toutes les reclierches scientifiques, et de la leur imposer comme un guide qu'à l'avance elles pourraient et devraient reconnaître ? Est-elle donc déjà faite ? Le sera-t-elle dans un avenir plus ou moins prochain ? Nous ne saurions le dire : ce qui est certain , c'est qu'à l'heure qu'il est, nous en sommes tout au plus à la pressentûr^ à la concevoir. Que s'en suit-il? qu'il nous faut aspirer à la faire* à nous la donner. £n attendant, nous n'en commuerons pas moins , jusqu'à ce qu'elle soit venue 9 le sillon laborieusement commencé ; marchant intrépidement et sur la foi de nos instincts scientifiques , comme nous l'avons fait jusqu'ici , dans ces ténèbres qui se dissipent de plus en plus , mais souphrant après cette lumière que jusqu'à ce moment nous n'avions pas soupçonnée 9 et tournant sans cesse les yeux vers le point de l'horizon où l'astre glorieux enfin se lèvera. N'en est-il pas de même en tout^ chose 7 Est-ce que dès l'abord l'enfant sait pourquoi il lui faut développer ses facultés naissantes ? Il ne les développe pas moins ; plus tard , sa raison mûrie comprendra d'une manière telle quelle ce qui jusqu'alors était resté pour lui un profond mystère. Ainsi de la science ; à l'heure qu'il est , elle commence à sentir la nécessité d'une téléologie générale; bientôt peut-être les voiles qui lui cachent encore la vérité tomberont Déjà, sur plus d'un point, la lumière s'est faite ; telle ou telle téléologie spéciale , celle de rhomme , par exemple , n'est-elle pas définitivement établie ? Ne nous est-^il pas démontré que, pour nous, le but de la vie , c'est en tout et partout l'observation

CLASSIFICATION DES SCIEKCES. 23

des lois que la conscience nous révèle » coûte que coûte, advienne que pourra?

Un mot encore sur cette classification que nous livrons à l'appréciation de ceux que ces questions intéressent. Remarquons y certaines garanties de vérité qui manquent à celles qui Font précédée. D'une part , la colonne scientifique repose sur une base unique » Vontobgiei Bacon n'avait fait que soupçonner cette condition nécessaire (25); Ampère n'en a pas même l'idée (26). D'une autre part, l'irrégularité de ses divisions et sousdivisions , opposées à l'invariable et par trop régulière dichotomie d'Ampère (27), prouverait encore pour elle ; il ne faut pas étendre la nature sur le lit de Procuste ; il ne faut pas la contraindre à une marche toujours égale , obstinément uniforme ; il faut, au contraire , lui laisser sa libre allure et c'est ce que nous avons fait Enfin, nous n'avons introduit dans notre terminologie , autant que nous l'avons pu , que les expressions les plus simples et les plus voisines des termes ordinaires : nous avons même eu soin d'unir presque toujours la nomenclature vulgaire à notre nomenclature scientifique , mettant partout , pour ainsi dire , dans nos traductions interlinéaires^ les deux langues en regard (28).

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