SCENE V
et, avant un mois, j'espère bien que le roi Charles, mon fils, me cédera, que nous ferons agir le saint-père, et que le divorce sera prononcé...
l'astrologue, avec un mouvement qxCil réprime aussitôt.
Ah ! vous espérez cela ?
Catherine, changeant de ton et presque gaiement.
Voyons, maître; je ne doute pas de votre science, je sais qu'elle est prodigieuse, surnaturelle... mais je veux sur-le-champ la mettre à l'épreuve... Ne parlons pas de l'avenir ; nous y reviendrons plus tard... parlons seulement du présent... C'est simple curiosité de femme... pardonnez-le moi... Voyons, dites-moi ce que j'ai pensé, ce que j'ai fait aujourd'hui, ce soir, depuis une
demi-heure..*.
l'astrologue, souriant.
Oh ! oh! n'en déplaise à votre gracieuse majesté...
Débrouiller l'écheveau d'un esprit féminin, C'est perdre bien du temps et gâter bien du lin.
Catherine, de même.
Vous voulez me faire prendre le change et éluder la question.
l'astrologue.
Ah ! vous me mettez au défi ! . . . Reine, je ne me nomme pas Michel-Nostre-Dame, si vous ne me demandez tout-à-1'heure grâce et merci... Vousvoulezque je vous dise ce que vous avez fait et même pensé ce soir?... Vous avez pensé à tant de choses, votre imagination est si féconde, que j'y renonce... Quantàce que vous avezfait, écoutez-moi. Bien que ce mariage vous désole au fond de l'âme, vous vous êtes arrangée pour qu'il n'en parût rien sur votre visage ; vous vous êtes montrée radieuse au milieu de la fête, souriant à tout le monde... plus volontiers à ceux que vous aimez le moins...
varre, vous avez embrassé deux fois Mlle Marguerite de
Catherine, souriant.
C'est assez vrai.
l'astrologue.
Vou^ avez donné votre main à baiser au roi de Narre, v Valois.
catiieriise, vivement.
Qui n'est , qui ne sera que M11* de Valois... Bien dit cela !...
l'astrologue.
Puis, après avoir glissé quelques mots à l'oreille de M. deTavannes, vous avez pris à part la jolie Cbarlotte de Samblançay, votre fille d'honneur la plus intime et la plus chérie.
Catherine, vivement.
Et que lui ai-je dit?
Vous lui avez recommandé de ne point quitter le bel Henry deBéarn, de le rendre plus amoureux que jamais, afin que son infidélité soit patente et commence même le soir de ses noces.
CATHERINE, SUVpriSe.
C'est admirable !...
l'astrologue.
Ce n'est pas tout. La belle Charlotte de Samblançay va venir dans ce jardin vous rendre compte de ses séductions... mais pas tout de suite... il fallait le temps à votre majesté de conférere avant avec un expert-assassin nommé Piquctin, qui doit... arrêter au passage...
CATHERINE
Assez, assez, maître... je vois que rien ne vous échappe!... Hélas !... je devrais redouter votre science plutôt