‹ Une nuit au sérailChapitre 2 sur 48 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

LORD MONTAIGU , LADY HIOXTAIGU , ARTHUR, UN SECOND Secrétaire.

( Lord Monlaigu est en robe de chambre , assis , à droite du spectateur, devant une lable chargée de papiers. Arthur et l'autre secrétaire sont prés de lui, une plume à la main, attendant la dictée. Lady Montaigu est assise de l'autre côlé du lliéàtre et travaille à un ouvrage de tapisserie.)

i.ord montaigu.

Y cles-vous, messieurs?

ARTHUR

Oui , mylord.

LORD montaigu.

Vous avez mis le protocole d'usage : Lord Wortley Monlaigu, ambassadeur de Sa Majesté Britannique près la Sublime-Porte, à Sa Seigneurie lord Hamilton, ministre des affaires étrangères...

ARTHUR

C'est écrit...

LORD montaigu.

Eh bien ! continuons : Constanlinople , le 2i

juin 1718. (Il parcourt les dépêches.) Cette ri'ponse au ministre est très importante , et surtout très pressée. Y êtes-vous , messieurs? Bien! Nous avons dit : Constantinople ; maintenant, mêliez la date: le 2ijuin 1718.

ARTHOlt , répélant.

Juin 1718.

LOUD MOMAIGD , se levant , les papiers à la main.

Diable de réponse ! C'est fort épineux, car c'est de l'histoire que nous faisons en ce moment... oui, messieurs, de l'histoire... Constantinople, le 24 juin 1718.

LADY MONTAIGU , à part.

Jusqu'ici , en effet, c'est très historique.

LOUD MONTAIGU

(Il continuée marcher, puis s'arrête près de lady Monlaigu et regarde sa broderie en répétant :) Constantinople, le...

LADY MONTAIGU, à part.

Le pauvre ho mme ! si je ne viens pas à son aide, il ne sortira pas du calendrier. (Ilaut.) En vérité, mylord, vous avez d'étranges distractions. Voici maintenant que vous ne pouvez aller plus loin que la date de votre lettre, tandis que ce matin encore vous m'avez répété tout ce que vous vou- 1 iez répondre au ministre!

LORD MOTAIGD.

Bah! vraiment? je vous ai répété...

LADT MOTAIGU.

Certainement. L'absence du sultan, votre traité de commerce, les projets delà Russie... la gravité des circonstances !

LOlîD MOMAIGD.

En effet ! voilà bien toutes mes idées... Oh ! les idées, ce n'est pas cela qui me manque...

Air : Restez, restez, troupe jolie.

Oui , leur abondance étonnante

Bien souvent causa mon souci,

Et comme une lave brûlante

Je les sens fermenter ici...

Mon esprit en est obscurci...

Plein de maint projet politique.

Mon front bouillonne... il est en feu!...

C'est un volcan !...

LADY MONTAIGD , à part.

Fort paciûque...

L'éruption n'a jamais lieu.

LORD MONTAIGD.

Dieu merci , mon affaire est là. (Il se frappe le front.) Mais le style... c'est fort délicat ! pour tourner cela de façon 1...

LADY MONTAIGD, se levant, à part.

Je ne puis pourtant pas le laisser se compromettre ainsi devant ses secrétaires. (Haut.) Décidément, mon cher lord , vous êtes sous l'empire de je ne sais quelle préoccupation. C'est qu'aussi vous songez à trop de choses à la fois... vous abusez de votre imagination.

LOUD MONTAICr.

C'est vrai.

LADY MONTAIGD.

Heureusement , je me rappelle, mot pour mot, ce que vous m'avez dit ce malin , et je puis être votre interprète. (Passant du côté des secrétaires cl dictant.) « Monseigneur, j'ai rédigé noire traité de » commerce selon les vues que votre seig neurie m'a » communiquées, et je vous en envoie ci-jointe une » copie...» (A Arthur.) Il suffitquemonsieurécrive cette dépêche ; j'ai à vous dicter une autre lettre. (Dictant à Arthur.) « Mon cher Pope... ma police » secrète me rapporte certains pro[ios malins que » vous tenez sur le compte de inonambas.'ade...» (Au deuxième secrétaire. — Ils sont placés aux deux bouts de la table, et elle va alternativement de l'un )) à l'autre.) « Je serais sans doute déjà parvenu à » obtenir du sultan la signature de ce traité ; mais » depuis mon arrivée à Constantinople, Sa Hau- » lesse a quitté sa capitale pour voyager dans ses » provinces. »

LORD MONTAIGD.

C'est parfaitement bien.

LADY MONTAIGD , à Arthur.

« Mais quoi que vous en disiez, mon cher poète, )) je n'orne pas la vérité à l'instar des voyageurs » ordinaires, et tous les détails que je donne dans » mes lettres sont d'une scrupuleuse exacti- » tude... »

LORD .MONTAIGD.

Quelle facilité 1... deux lettres à la fois! César, le célèbre César, n'en dictait qu'une de plus. LADY MONT.AIGD , au deuxième secrétaire.

« Du reste, je m'applaudis de cette absence du » sultan et de ces délais qui me donneront le » temps de découvrir une intrigue de la Russie et » d'en saisir tous les Gis. »

LORD MONTAIGD, prenant l'aiguille et les pelotons de laine qui servent à la broderie.

D'en saisir tous les flis... c'est cela ! (Il s'assied devant le métier à broder et travaille.)

LADY MONTAIGD. à Arthur.

« Et dans peu j'espère donner de[bien plus cu- » rieuses nouvelles à mes amis de Londres; car » malgré votre défi... » ( Au S^'sccréiaire. ) «Mais » enfin Achmet est de retour depuis trois jours, » il ne peut tarder à m'accorder l'audience queje » lui ai demandée , et je ne doute pas que, grâce » à mon adresse , l'Angleterre ne l'emporte sur la » Russie dans cette circonstance imporlanle... »

LORD MONTAIGD, biodanl.

Elle ne doute de rien !

LADY MONTAIGD, à Arlhur.

« Malgré votre défi , je compte pénétrer bien- » tôt dans le sérail et vous en faire une bonne et » fidèle description. »

LORD MONTAIGD , vivement.

Par exemple , pénétrer dans le sérail... je m'y oppose. Diable... et les const'quences ..

ACTK I , SCENr: II.

LADY HOMAIGU, au deu^iiéme seciélaire.

« Votre seigneurie peut donc avoir la pertilude » que d'ici à huit jours le traité de commerce sera » signé. »

LORD MONTAIGl'.

Mais, mylady !

LADY MOMAIGO.

(Elle fait signe à son mari de se taire.) « Je m'y » engage. »

LORD MOMAIGU.

Diable ! mais c'est que c'est fort délicat ! huit jours !

LADY MONTAIGU , à Arthur.

« Adieu , mon cher poète. » (Elle prend la plume et signe la lettre qu'Arthur ferme et cacheté. — Au deuxième secrétaire:) Vous , monsieur, terminez par la formule ordinaiic. Allez recopier celle dépêche et vous l'apporterez à notre signature. (Le secrétaire sort. — A Artliur, en le retenant.) Eh bien! Arthur... toujours celle sombre tristesse!...

ARTUCR.

Mylady en connaît le motif...

LADY MOXTAIGU.

Oui, mon ami , et je vous plains... Mais tout espoir n'est pas perdu... vous pouvez encore retrouver celle que vous aimez... et si je puis vous y aider... comptez sur moi...

LORD MO>'T.\IGC , à part.

Qu'onl-ils donc à se parler ainsi tout bas ?

ARTHUR, lui baisant la main.

Merci, mylady, merci. *

LORD MONTAIGU, i part.

Il lui baise la main !... (Arthur sort.)

ecoooooooooooooooooooooocooooooooooooooooocoooooooû

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