SCÈNE VIL ÉRIC, RODOLPH, BRANDT, Soldats danois
B R A N D T ( s'adressant à Rodolph ).
Que vouliez-vous que je fisse? Je l'ai suivi de près pendant quatre lieues; mais il s'est enfoncé dans les montagnes, et il a disparu.
RODOLPH
Et vous croyez que c'était lui?
BRANDT
C'était lui-même.
i8 UNE NUIT
RODOLPH
11 ne doit pas encore avoir passé cette rivière, et nous ne saunons manquer de retrouver sa trace. Interrogeons cet homme. (// désigne Eric. ) Bonsoir, mon ami.
ÉRIC
Votre serviteur, messieurs.
RODOLPH
N'as -tu pas vu passer par ici un officier de l'armée suédoise, en uniforme bleu?
ÉRIC
Non, il est passé un simple soldat, en uniforme vert, manteau bleu, la bourse vide, mais très riche en compliments.
R R A N D T ( bas à Rodolpli ).
Ce n'est pas notre homme.
RODOLPH
Et y a-t-il long-temps qu'il est passé, ce soldat?
Tout-à-l'heure.
RODOLPH
Sais-tu d'où il vient?
ÉRIC
Non.
RODOLPH
Où il va?
ÉRIC
Pas davantage.
RODOLPH
C'était un soldat de l'armée de Gustave?
ÉRIC
Oui.
RODOLPH
Quel âge?
ÉRIC
Quarante ans à-peu-près.
RODOLPH
La figure ?
ÉRIC
D'un brave.
B R A N D T ( d'un air mécontent ).
Ce n'est pas là ce qu'on te demande.
ÉRIC
Que de questions ! Je ne cherche point à savoir les affaires des voyageurs; je passe quelquefois ceux qui me paient, trop souvent ceux qui ne me paient pas, et voilà tout. — Ce que je sais, par exemple, c'est qu'il n'avait pas unschelliug, et qu'il m'a payé son passage avec ce papier, sur lequel il a écrit je v\e sais quoi.
RODOLPH
Ah ! il sait écrire , ce soldat ! Voyons donc un peu son style? [Il prend le billet, et aperçoit la signature de Gustave. ) Ciel ! Gustave !
TOUS
C'était Gustave !
RODOLPH
Lui-même! Lisons:
« Voulant récompenser les services que le batelier Eric nous a rendus, en passant gratis les soldats de l'armée suédoise, nous lui accordons la somme de cent ducats d'or payables à la caisse de notre quartier-général. »
Gustave Wasa.
ao UNE NUIT