‹ Une nuit de la garde nationale, tableau-vaudeville en un acteChapitre 13 sur 26 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

LES PKÉcÉDENs , ERNEST , passuTiù dans la rue*

LA SENTINELLE

Qui vive?

ERNEST

Bourgeois.

{^Ernest est en costume de bal^ bas de soie blanc ^ etc.^ et la

croix d'honneur, ) ÉRNËST , entrant.

Salut, camarades.... Pourriez-vous avoir la bonté de me dire qu'est-ce qui commande ici?

l'eveillé* C'est le capitaine lui-même.

ERNEST

Me seroit-il permis de lui parler ?

LE capitaine.

C'est moi, Monsieur 5 que puis-je faire pour vous?

ERNEST

Monsieur, je viens vous prier.... de vouloir bien m'arrêter ?

LE capitaine. Comment ! Monsieur !

ERNEST

C'est un service que j'attends de votre obligeance.

LE CAPITAINE

Enchanté de faire quelque chose qui vous soit agréable... mais ne puis-- je savoir?

ERNEST

C'est trop juste... Je vous avouerai donc que quoique je sois militaire, et que j'aie vingt-cinq ans, j'aime prodigieusement à m'amuser.

LE CAPITAINE

"Voilà qui est bien étonnant !

ERNEST

Mais j'ai une femme.

lE CAPITAINE.

Et cela ne vous amuse pas ?

ERNEST

Au contraire. Monsieur, la plus jolie petite femme! gentille, aimable, spirituelle, qui m'aime, qui m'adore; il y a deux mois que je l'ai épousée.

LE CAPITAINE

Tant que cela I

ERNEST

Tout autant. Mais ce qui va bien plus vous surprendre , c'est que moi.... Ab! ça, je vous demande le plus grand secret.... C'est que j'en suis amoureux fou!

LE CAPITAINE

Bah!

ERNEST

Mais qui n'a pas eu de faiblesses ^ Vous-même!... "Les plus grands capitaines?... Et la mienne va au point que j'ai promis à ma femme de rentrer tous les soirs à neuf heures.

Air : Du verre.

Croyez-vous que depuis deux mois , Moi , jadis léger et frivole , C'est ici la première fois Que je lui manque de parole ; Et jugez de son désespoir.

Car, soit amour , soit habitude.

Ma femme. .. a ce que j'ai eru voir, Tient beaucoup a l'exactitude.

^ Elle sera désolée.... mais que voulez-vous? Un dîner charmant, du vin de Champagne, de jolies femmes.... on dîne si tard à présent... et puis, il y a eu un petit bal...

LE CAPITAINE

Oh ! je me mets bien à votre place.

ERNEST

Vous voyez, d'après tout cela, que si je ne suis pas arrêté, je suis un homme perdu!... tandis que si demain matin on me voit arriver au logis , conduit par deux gardes nationaux 1... « Comment! ce pauvre mari!.,, il a passé la y) nuit au corps-de -garde !,., et moi qui osais V accuser, » Elle m'en aimera deux fois mieux.

LE CAPITAINE

C^est même une spéculation... Mais vous allez passer une mauvaise nuit.

ERNEST

Eahl l'autre sera meilleure... d'ailleurs, demain, aprèsdemain, ne puis-je pas être des vôtres?

LE CAPITAINE

Ah ! vous êtes aussi de la garde nationale ?

ERîSEST.

Je m'en fais un devoir.

* AIR : ploulant par ses œuures coiîiplettes,

Croyf z q\^ de votre obligeance ' J'aurai toujours le souvenir;

Ah ! pour combler mon espérance.

Que ne puis-je ainsi vous servir !

Si jamais les destins vous mettent Dans le ciuî où nous nous trouvons | Songez que nous nous fâcherons Si d'autres que moi vous arrêtent.

LE CAPITAINE

Vous êtes trop bon! mais je serais cliarmé de faire plu5 ample connoissance , et de savoir le nom d'un mari aussi fidèle.

ERNEST

Ah! volontiers! je suis.... ( Jl le tire du coté oppose â VEyeillé et à Laquille , et lui parle bas à l'oreille ).

LE CAriTAINE.

Comment! je Tai vue autrefois chez son père,.,. Elle étoit bien jeune alors!.... Mais donnez-vous donc la peina d'entrer dans mon appartement.

AIR : Nous verrons à ce qu^il dit ( de BancelinJ. Acceptez donc sans façons L'asyle que je vous présente; Oui, votre femme est charmante.

De ses attraits nous parlerons.

Ah ! d'ici je vois Son joli minois;

Je vois Sa taille élégante Et son air fripon.

Et son pied mignon.

ERNEST

Eh bien î Vous ne voyez rien.

LE CAPITAINE

Acceptez donc sans façons, etc.

ERNE3T.

Oui , j'accepte sans façons.

Monsieur, un offre qui m'enchanfe, Puisque ma femme est absente, De ses attraits nous parlerons.

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