SCÈNE XIII
COELÏNA, DELPHINE.
COELINA, naïvement.
Oh !.. . vous m'avea fait peur ! . . .
DELPHINE
Peur, à vous!... c'est étrange!.
N'êtes-vous pas une ombre... une sylphide, un ange? En votre qualité de fantôme trompeur, N'ôtes-vous pas, madame, au-dessus de la peur?... C'est à moi de trembler... et de manquer d'haleine En vous parlant, à vous, terrible châtelaine...
CCELINA, à part.
Que répondre?... Ceci n'est pas dans ma leçon.
DELPHINE
Parlez!... De votre voix, je connais bien le son : Je sais qu'elle est naïve, amoureuse et touchante ; Comme une voix de fée, elle enlève, elle enchante ; C'est un doux talisman, une magique voix...
Oui met à vos genoux deux amants à la fois.
(Apr^ une pause.)
Me ferez-vous au moins Thonneur d'une parole?..
COELi!«A^ à part.
Cette scène, je crois, n'était pas dans mon rôle...
(Haut.)
Pour vous répondre ici, je n'ai rien médité... Excusez ma jeunesse et ma timidité.
DELPHINE
Quelle timidité !... C'est ainsi que l'on nomme La vertu qui vous fait causer avec un homme... A minuit : le premier que Ton trouve nous plaîl; On le saisit au vol, qu'il soit maître ou valet... Ce procédé d'amjur me paraît un peu leste.
Pour un ange tombé de Tempire céleste.
Inconnus, hier soir... et demain, mariés...
(Cœlina pousse un long éclat de rire.]
Je ne sais trop pourquoi, madame, vous riez...
COELINA.
Madame, excusez-moi, j'aime à rire...
LE CHATEAU (BASQUE è81
, DELPHINE
La chose N'e4 pâiplaisante^ au moins. .. C'est affreux que l'on ose Insulter une femme, et que Ton rie après...
PouP=«ubir un affront, je suis venue exprès... Ici ; je comprends tout ; j'ai deviné, mon ange : Yqus servez cette nuit un homme qui se venge!... Qui se^enge de moi... Recevez mes adieux...
Vous avez fait, madame, un métier odieux!...
(Cœlina rit aux éclats ; Delphine fait quelques pas et s'arrête.) ,.. r COE^LINA.
Ohl... ne m'accusez pas, madame, je vous prie, Et sachez mieux comprendre une plaisanterie.
Que voulez-vous?... j'ai tort de vous pailer ainsi. Mais pourquoi me laisser seule avec vous ici?... Us me donnent un rôle; et puis notre entrevue. Que je n'attendais point, qu'ils n'avaient pas prévue, A dé tinût notre plan; vo^ez mon embairas:
Je n'ai plus rien à dire, et* je croise mes bras !...
f DELPHINE.
Aiftsi, je suis jouée!*.
COELINA.
Oh! mon Dieu non, madame...
tu LE CHATEAU BASQUE
Mon frère doiuicrait pour vous jusqu'à son âme!...
DELIMIINR.
Votre rrèrr?...
COELIMA.
Ah!. . j'ai dit mon frère!... Ferdinand!...
Eh bien! vous savez tout, madame^ maintenant... Tout ce que vous voyez n'est qu'une com.'die... Qu'un jeu d'amour, qui sort d'une tête étourdie; Ces voleurs, ce château, ce cor, ce revenant. Tout fui irnaginJ, conçu par Ferdinand.
Votre oncle est du complot, oui, votre oncle, à son âge, Votre oncle, si sensë, se plai au badinage :
C'est pour votre bonheur, dit-il... et je le crois... Ainsi, contre une femme ils se sont llguds trois... Ils n'en rougissent pas, ces aimables infâmes... 11 faut nous soutenir, n'est-ce pas?... entre femmes? Aussi, je vous dis tout; je respire à présent: Ahl mon Dieul... qu'un secret est un fardeau pesant!
DELPHINE
A mon tour, maintenant!... Merci, mademoiselle; Vous n'aurez pas regret un jour de votre zjle... Votre frère, je crois, veut vous paiier ici ?...
COËLINA.
Oui...
DELPHINE
Veuillez un instant vous retirer...
(Cœlina sort à droite.)
Merci!...