‹ Une organisation sociale lyonnaise: Le dépistage, la surveillance et le traitement des déviations rachidiennes légères à l'écoleChapitre 61 sur 61 · DER · texte numérisé non relu

DER

faire, de façon imagée el très compréhensible, l’éducation des enfants et des adultes en même temps.

2 Une fois cette éducation faite, et ce n’est qu'un moyen adjuvant, il faut, à notre point de vue, el comme nous le disions plus haut, que l'inspection orthopédique scolaire soit sévère pour être efficace.

À Bordeaux, par exemple, la sévérité du dépistage est obtenue par l'intervention directe du spécialiste dans l'inspection médicale de l’école, Il ne nous semble pas nécessaire d’en arriver là. Le médecin inspecteur scalaire (comme nous l’exposons dans notre 1r° partie) est parfaitement outillé pour examiner tous les enfants qu’il désire, aux consultations hebdomadaires qui ont lieu dans chaque groupe scolaire. Ce serait faire, assurément, un double emploi gênant même pour les classes et les professeurs qui sont continuellement dérangés ; car

pourquoi ne pas admettre également la visite du spécia-

liste en ophtalmologie, en oto-rhino-laryrigologie, ete. L'introduction du médecin spécialiste, contrairement à ce que soutient Gourdon, ne s'impose pas plus aujourd’hui qu’elle ne s’imposait autrefois dans l'inspection des Ecoles. Là où elle doit intervenir, c’est à la consultation orthopédique du Dispensaire.

La sévérité doit surtout porter sur la surveillance du traitement à exécuter. Il serait bon, lorsqu'un enfant n’est pas indigent et que les parents choisissent le médecin familial pour le traiter, que le médecin inspecteur eût justification, au moyen d’un certificat délivré par le médecin de famille, que des soins ont été donnés.

Pour l’écolier indigent, il faut le: guider vers la consultation et l’organisation du Dispensaire, mais en sup-

primant dans la plus large mesure l'intervention familiale, car c'est une intervention paralysante. Il y a quelques années notre maître, le Professeur Nové-Josserand, avait préconisé un procédé inverse de celui employé à Prague et à Milan. /{ suffisait de transporter à l’école les principes du traitement : il s'agissait de grouper tous les enfants scoliotiques de la ville dans une ou deux écoles où, tout en continuant leurs études. les enfants seraient soumis aux règles de conduite orthopédiques, par les soins d'instituteurs préparés à ce rôle et guidés par des médecins (fractionnement du travail, surveillance de l'attitude, gymnastique, etc...). Ce procédé, plus simple que le procédé italien, présente cependant l’inconvénient d'exiger le groupement quotidien d'enfants de quartiers parfois lointains (ce qui n'irait pas sans difficultés pour les familles, et ce qui constitue la plus forte objection des parents abstentionnistes) ou même, pour être véritablement efficace, l’internat, ce qui serait onéreux. Le moyen le plus radical pour lutter contre l'ignorance et l’apathie des parents serait de rendre cette inspection obligatoire. En 1911 déjà, dans son rapport au nom de la Commission d'Hygiène publique, M. Doizy s’exprimait ainsi à la séance de la Chambre du 30 juin : « Nous avons vu démembrer chez nous l’antique droit familial par l'introduction dans notre Code de la responsabilité en matière d'instruction, qu'y aurait-il d’extraordinaire à ce que nous y ajoutions la responsabilité en matière de puériculture ? » Il est en effet logique d'admettre que, puisque l'Etat a imposé l’obligation du développement intellectuel, il puisse imposer aussi l'obligation du développement corporel de l’écolier ; et comme

le dit le règlement scolaire de la ville de Biuxelles, « ils

ne pourraient s’en prendre qu’à eux-mêmes, si une iafir-

mité, par suite du manque de soins, frappe leur enfant d’une tare indélébile ».

En attendant la contrainte officiele, efforçons-nous de répandre la notion de l'obligation morale de la surveillance physique des enfants. Pour cela, après avoir fait appel à la raison et au cœur des parents, on peut faire appel à la raison des enfants. Quand on se trouve en présence d’un malade en âge de comprendre, on lui explique que, pour le moment, son cas est curable et améliorable, mais que si l’on applique pas le traitement conseillé, il peut s'aggraver et conduire à l’infirmité. Ces explications frappent les enfants, et quelques-uns rappellent à leurs parents les conseils du médecin. Il n’y a plus alors qu'à mettre en pratique ces bonnes dispositions. À Lyon, la seule chose actuellement à envisager est, en conservant la consultation et les cours de gymnastique en vigueur, d’intensifier le rendement par la création d’un corps spécial d’infirmières. Ces infirmières recevront une éducation adéquate à leur rôle et quotidiennement, au moment de la sortie des écoles, le soir, à 4 heures, garderont les enfants désignés par le spécialiste, pour leur faire faire, soit dans le préau pendant l'été, soit dans une salle d’étude l'hiver, une séance de gymnastique rationnelle orthopédique. Ces infirmières s’occuperont à leur donner les notions de tenue correcte à avoir en classe. Pour les filles par exemple, les habituer à ne s’asseoir qu'après avoir fait tomber leurs jupons et robes tout autour du bassin, afin d'éviter que

ceux-ci, se mettant en tas sous une fesse, provoquent la station unifessière.

Le dernier point à envisager c'est que, aussi utile et aussi simple que soit l’organisation ainsi présentée, elle’ doit nécessairement entraîner des dépenses, c’est l’objection principale pouvant être faite par la ville pour généraliser les infirmières spécialisées, à chaque école, el pour pouvoir forcer un médecin spécialiste à donner, plusieurs jours par semaine, une heure de son temps à la consultation du Dispensaire. Mais les résultats à espérer ne peuvent être contestables, et la surveillance attentive du physique de l'enfant n'est-elle pas un des meilleurs moyens de pallier les effets de la diminution de la natalité et de remédier à l’affaiblissement de la race, en conservant aux jeunes enfants la force et l'harmonie du corps ? Hâtons-nous de garder intacte et utilisable au maximum cette jeunesse, espoir de notre race, pour que chacun de ses éléments soit utile plus tard au pays dans la vie civile comme dans la vie militaire et serve à propager une nouvelle génération plus vigoureuse encore, Pour cela, protégeons les enfants sains; n’attendons pas qu'ils soient infirmes pour nous occuper d'eux.

Conclusions

I. — LES DÉVIATIONS RACHIDIENNES, maladie de la période scolaire, doivent être traitées à l'Ecole. C'est à l'Ecole qu'on doit les dépister et les envoyer dans des organisations spéciales, où l’on assurera leur surveillance et la direction de leur traitement d’une manière continue, soit sur place, soit dans la famille, soit dans

les services hospitaliers.

IL. — Ce système fonctionne à Lyon depuis novembre 1922 sous forme de la consultation et du service de gymnastique orthopédiques du Dispensdire médico-pédagogique du Bureau Municipal d'Hygiène.

Le recrutement des malades est fait dans les Ecoles par les Médecins Inspecteurs, et également dans les consultations hospitalières chirurgicales infantiles et orthopédiques.

* III. — Ce service s'adresse essentiellement aux formes légères de scolioses, d’étiologies diverses, mais où la déficience musculaire est élément principal. Il permet d'observer des formes de début particuliéres, telle « l’'obliquité simple du rachis », susceptibles de se transformer par la suite en scoliose totale.

VO

IV. — Les résultats de l'Organisation Lyonnaise sont intéressants en principe : car on obtient la guérison d’une grosse majorité de formes légères et l'arrêt d’évolution de formes graves justiciables d’un traitement plus complet.

V. — Le rendement pratique de ces résultats apparaît cependant insuffisant pour la population scolaire lyonnaise.

Il faudrait d'abord rendre le triage plus sévère pour que tous les cas soient dépistés. Il faudrait ensuite que, dans chaque école, une infirmière ayant une éducation spéciale s'occupe de ces enfants pour leur faire faire la gymnastique, et leur faire observer les règles d'hygiène qui leur sont nécessaires.

Vu : LE PRÉSIDENT DE LA THèsE, Le Doyen, NOVÉ-JOSSERAND.

JEAN LEPINE.

Vu et permis d'imprimer Lyon, le 5 Novembre 1930.

Le RecTEerRr, PRÉSIDENT pu ConseiL DE L'Université,

JosepHx GHEUSI.

Bibliographie

ARMAND-DELILLE (P.-F.). — Le rôle et les attributions de l'infirmière visiteuse infantile et de l'infirmière scolaire. (Paris Médical, 1919, XXXIV (annexe),

AZOULAY (L.). — Le règlement scolaire et l’inspection médicale scolaire. (Bull. Ac. de Méd., 1920, 3° série LXXXIII, 262-64).

BACONNET (A.). — Considérations sur l’étiologie de la scoliose dite essentielle des adolescents. (Monde Médical, XXXVI, 1926, 50).

CALDERONI (G.). — Educatione fisica. (Zgiene d. Scuola. Genova, 1919, X, 265-71).

CoLosiNo (V.). — Educatione fisica. (/giene d. Scuola.

Genova, 1919, X. 244-47).

Congrès Allemand de Chirurgie Orthopédique, Berlin,

Congrès de l’Alliance d'Hygiène Sociale, Besançon, 1928.

Congrès d'Hygiène Scolaire, Paris, 1921.

Dazzy. — Sur les déformations du corps pendant la période scolaire. (Congrès International d'Hygiène, 1893).

DENUCÉ. — Traitement de la scoliose des adolescents. (Revue orthop., 1892).

Doizy. — Rapport à la Chambre des Députés, 1911 : Inspection médicale des écoles, obligatoire.

2SDE

DuTHOIT (R.). — Rapport sur l’état sanitaire et le développement physique des enfants pendant la période de 1915 à 1919. (Bull. Ac. Roy. de Méd. de Belgique, Bruxelles 1920, 4 sér., XXX, 141-176).

ERMOLLI (L.). — Il servizio igienico-sanitario scolastico di Milano. 1Boll. d. ord. di med. di Lombard., Milano, 1920, VII, 127-131).

FREYsS (ff.). — Les déviations de la colonne vertébrale dans les écoles primaires entre 3 et 14 ans. (Strasbourg Méd., LXXXIII, 1925, n° 16).

FROCART (Lieut.-Col.). — Aptitude militaire des contingents français. Paris, 1911.

GOURDON (J.). — La prophylaxie des difformités physiques chez les enfants. Rapport à l’Ac. de Méd. (Bulletin de l’Ac. de Médecine, 25 juin 1912).

— La prophylaxie des difformités physiques chez les enfants. Paris, Maloine, 1913.

GuiLLOT. — Le médecin et l’éducation physique à l’école. Bordeaux, 1919, Thèse n° 13.

JOLAND. — Scoliose et gymnastique. (Paris Méd., 18 déc.

KIRMISSON. — Pathogénie de la scoliose (Gazette des Hôpitaux, 1909).

— Scoliose essentielle des adolescents. (Rev. Orthop., 1890).

= Traité des dimormités acquises, Paris, 1909.

LANCE (M.). — De l’emploi du soulier à talon surélevé dans la scoliose. (L'œuvre méd., juillet 1928, 146).

LAWRENCE-ESTES. — Les causes de la scoliose fonctionnelle dans les collèges de garçons. (J. Am. Méd. Ass., 20 nov. 1920).

MoLINÉRY. — Scoliose et volonté. (Méd. Int., nov. 1921).

— Au sujet de la prophylaxie de la scoliose des adolescents. (Concours Méd. n° 51, 1920).

—— Prophylaxie et traitement de la scoliose de l'adolescent. (Méd. Int., janvier 1921).

MarcHOUXx. — L’hygiène de l’enfant à l’école. (Caducée, Paris, 1920, XX, 71).

Monop. — La scoliose. Thèse Lyon, 1909.

NAGEOTTE. — De la gymnastique dans le traitement de la scoliose. (Presse Méd., oct. 1896).

PAGLIGNI. — Educatione fisica. (/giena d. Scuola, Genova, 1919, X, 27-34).

PiNarR». — Cours d’ouverture de la Faculté de Paris.

RAGAZZzI (M.). — Educatione fisica. (Igiena d. Scuola, Genova, 1919, X, 124-129).

R@&ŒDERER. — Comment on deviént scoliotique. (La Clinique, n° 88, juin 1927).

— Les mouvements correcteurs de la scoliose.

(La Clinique, janvier 1926).

—— Les scolioses que la gymnastique aggrave. (Les

Sciences Méd., févr. 23).

Règlements de l’Inspection médicale des écoles de la ville de Bordeaux.

Règlements de l'Inspection médicale des écoles de la ville de Bruxelles.

Règlements de l'Inspection médicale des écoles de la ville de Milan.

Règlements de l’Inspection médicale des écoles de la ville de Lyon.

Règlements de l’Inspection médicale des écoles de la ville de Rome.

Règlements de l'Inspection médicale des écoles de la ville de Strasbourg.

ROTINI. — Educatione fisica. (/giena d. Scuola, Genova, 1919, X, 73-79).

STEINDLER. — Conditions leading to prescoliosis : pro-

blem üin prophylaxis. (Amer. Journ. disease of children, XXXVI, 1928, août, p. 357-366).

TissEL. — Gymnastique médicale suédoise dans le traitement de la scoliose. (Gazette Hebd. sc. méd. Bordeaux, 1895).

TONINA (T.-A.). — Profilaxis de las deviaciones raquideas de los escolares. (Sem. med. 1928, I, 29 mars, p. 792-800).

VIGNE (P.). — Règlement de l’Inspection scolaire des écoles publics et privées. (III Congrès d’Hygiène Scolaire, Paris, 1921). ;

VIGNE et GARDÈRE (Ch.). — L’inspection médicale des écoles de la ville de Lyon. (Congrès de l’Aïliance d'hygiène sociale. Besançon, 1928).

— L’inspection médicale des écoles de la ville de Lyon. (Avenir Méd., sept.-oct. 1929, XXVI, n° 8).

ViGNE et MICHEL (L.). — Les œuvres sociales lyonnaises. La surveillance et le traitement des déviations rachidiennes pendant la vie scolaire. (Avenir Médical, Juin 1924, XXI, n° 6).

— Les œuvres sociales lyonnaises. (La Méd. Sociale, XIII, n° 8, août 1924).

VIOLETTE. — La visiteuse d'hygiène scolaire. 1Rev. d’Hy-

giène, Paris 1919, XLI, 1186-1200).

Page 1