LE VI MAI
48 A LA CHAPELLE DES UUSl'LIXES
Ce ne fat qu'à sept heures du soir que se termina €ette grandiose cérémonie. Elle avait duré près de cinq heures, et toute la ville de Québec, on peut le dire, y avait pris part, montrant par là hautement quel souvenir pieux elle a gardé aux apôtres qui ont conquis cette contrée à la vraie foi, et de quelle estime aftectueu se elle est pénétrée pour la Compagnie de Jésus.
îTous ne saurions mieux terminer le récit de cette grande démonstration qu'en citant ces belles réflexions de l'honorable M. T. Chapais, directeur du Courtier du Canada.
" Quel merveilleux spectacle oftVait hier notre vieux Québec ! "
" Ceux qui ont assisté à cette démonstration ' ' magnifique ne l'oublieront pas de sitôt. Que de " souvenirs évoqués par ces deux cercueils qui " renfermaient les restes de trois humbles mission- " n aires, portés par les descendants des Ilurons et " des Montagnais fidèles, conquis à la foi chrétienne " par les apôtres delà jN'ouvelle-France ! "
" Et ce cortège triomphal, cette pompe religieuse " et nationale, ces fanfares, ces drapeaux, cette foule " immense accourue de tous côtés pour saluer les •" cendres de trois serviteurs de Dieu, oubliés pendant " longtemps, ilhistres aujourd'hui ; comme toute " cette scène était de nature à saisir les imaginations " ot à remuer les cœurs ! ".
LK MOXUMEXT 4Î>
" La tête d'iiier est une des plus belles que nous " ayons eues ù Québec. Elle comptera parmi les " grandes journées d'allégresse publique, auxquelles " notre population se porte avec tant d'enthousiasme. " Elle témoignera aussi que les Canadiens ont la " mémoire du cœur ; car la démonstration d'hier " était une démonstration de reconnaissance. Xotre " peuple manifestait, d'une manière éclatante, sa " gratitude pour les apôtres de la Compagnie de " Jésus, qui ont été sur nos rivages les pionniers de " la civilisation et de TEvanglle. "
" Les organisateurs de cette belle fête voudront " bien accepter nos plus cordiales félicitations. "
Jean I.iégeois, Frère coadjuteur
Kous croyons intéresser nos lecteurs en donnant une courte notice biographique de chacun des trois religieux, qui sont l'objet de cette fête à la fois religieuse et nationale.
Le Frère Jean Liégeois arriva à Québec en compagnie du P. Charles Lallemant, alors supérieur des missions du Canada, et fut envoyé aussitôt à la résidence de Î^.-D. des Anges, à Sillery, pour y remplir les fonctions de procureur. Il se fit remarquer, dès les premiers jours, par une activité, un dévouement et une charité sans bornes. On le vovait tantôt se livrer aux rudes travaux des champs, tantôt diriger la construction des pauvres demeures que les Pères faisaient élever sur différents points de la colonie, soit pour eux-mêmes, soit pour les sauvages. Mais lorsqu'il s'agissait de secourir les malades ou les infirmes, son zèle ne reculait devant aucune
JEAN LIEGOIS
fiitiiTue et aucun dano-cr. C'était un excellent ouvrier maçon et cliarpentier. Aussi les Pères de la mission lui confièrent-ils les diftercnts travaux de construction exécutés en ce temps-là. C'est ainsi qu'un violent incendie ayant détruit, à Québec, la chapelle et la résidence de X.-D. de Recouvrai ce, le F. Liéo-eois les rebâtit. Il se rendit ensuite aux Trois-Rivières, et y construisit une résidence pour les Pères et une cliapelle pour les nouveaux cliré tiens de cette région. A Siilery, le bon Frère dirigea les travaux des sauvages pour la construction d'un fort qui devait les mettre à Tabri des attaques de leurs ennemis. Les supérieurs, pleins de confiance dans sa prudence et son courage, l'envoyèrent deux fois en France pour les affaires de la mission. Il résidait au fort de Siilery, quand il cueillit la précieuse palme du martyre, le 29 mai 1655. Les Iroquois, furieux contre les Algonquins et les Ilurons convertis au christianisme et réfugiés dans le village de Siilery, rodaient autour pour les surprendre et les attaquer. " Le bon frère ", nous dit le P. François Le Mercier, dans une lettre datée de Québec du 13 octobre 1655, " entendant de loin tirer quelques coups d'arquebuse, " et sachant que les sauvages chrétiens étaient dans " leurs champs et qu'ils pouvaient être surpris par " leurs ennemis, entra dans la forêt, pour découvrir si " ceux-ci n'y étaient pas en embuscade. Ils y étaient '' en effet ; et, avant qu'il les eût découverts, ils le " transpercèrent d'un coup d'arquebuse et lui coupé-
Ki;Ki;r-; coadjutei-ii 03
" rent la tôtc, qu'ils laissèrent, après lui avoir enlevé " la chevelure. Ce bon religieux était un homme '' (le cœur, tout plein d'amour pour les pauvres " sauvages. La charité rpi'il leur portait lui a causé " une mort passagère, ponr lui donner une vi^ " éternelle, "
Le fait suivant, rapporté par le Père I*aul Le Jeune, peint admirablement la charité de ce glorieux martyr :
" Le seize de janvier 1640, ayant appris cpi'une pauvre vieille femme étant partie de la résidence de St- Joseph, pour aller aux Trois-Rivières, . était demeurée malade en chemin avec deux enfants incapables de la secourir, nous envoyâmes deux sauvages pour l'amener à l'Hôpital ; comme ils n'avaient pas de traîne, ils amenèrent les deux enfants, et laissèrent la malade toute seule au milieu des bois. !N"ous tançâmes fort ces deux messao:ers, et leur dîmes qu'il fallait retourner quérir cette pauvre créature ; l'un deux, qui n'était pas encore chrétien, entendant parler de retourner, s'esquiva au plus tôt ; celui qui était baptisé rebroussa chemin avec un de nos Pères et notre frère Jean Liégeois. Arrivés où était la malade, ils la trouvèrent en un trou fait dans la neige, couchée sur quelques bran, clies de pin sans autre abri que le ciel ; elle n'avait pas d'écorce pour se défendre de l'injure de l'air. Il fallut coucher en cette même hôtellerie où on ne
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trouve rien à souper que ce qu'on y apporte. Dieu donna un nouvel abri à ces nouveaux hôtes, il neigea tant toute la nuit, qu'ils étaient couverts et ensevelis dans la neige de tous côtés. Ces travaux, qui paraissent grands en France, passent ici pour légers ; en effet on les soufl'rc sans peine. Le jour venu, la malade se confesse, on la lie sur une petite traîne, notre frère Liégeois et ce bon jeune sauvage la tirent et la poussent tant qu'ils peuvent ; mais comme le temps était fâcheux et qu'elle avait beaucoup enduré, elle mourut avant d'arriver à l'hôpital. Si ces actions touchent les sauvages, elles touchent aussi le Ciel, qui dat nivein sicid lanam, qui fait trouver un manteau de neige aussi chaud qu'un manteau de laine."
Yoilà oi^i l'amour de son semblable poussait le Frère Jean Liégeois.
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Le Père François da Peron, apôtre des Hurons
Le Père François du Pcronest considéré, ajuste Rtre, comme l'aputi-e des ITurons ; car c'est surtout au milieu de cette tribu qu'il a exercé son ministère, pendant les vingt-sept années qu'il passa au Canada. Il était né à Lyon, le 26 janvier 1610, et était entré dans la Compagnie de Jésus, à Avignon, le 28 février 1627. Après son noviciat, il fit trois ans do philosophie à Dole et professa ensuite la troisième au collège de cette ville, puis la quatrième et la troisième à Vesoul, et enfin la troisième à Lyon. Sa régence terminée, il étudia la théologie, deux ans, à Lyon, tout en exerçant les fonctions de surveillant au Pensionnat de la Trinité, et, sur sa demande, il partit, le 1er mai 1638, pour la mission du Canada. Peu de temps après son arrivée dans la colonie, il fut envoyé au pays des Hurons, à Ossossané, principale bourgade des Attignawantons, ou nation
ôC, LE rÈRE FRAXÇOIS DU l'ERROX
des Ours, dans la résidence de rimmaculée-Coiiceptioii. Il n'y resta qu'une année, avec les PP. Ragueneau et Cliaumonot, mais son zMe y produisit de grands fruits. Ses supérieurs l'appelèrent à Québec. C'était pour le charger, avec le P. Isaac Jogues, de la nouvelle mission de Sainte-Marie, qui comprenait quatre bourgades, chez les Ataronchronons, tribu baronne établie an centre même du pays. Il y demeura jusqu'en 1644, époque à laquelle il fut transféré à la mission de Saint-Micbcl. En 16ôT. il se trouvait à Onnontagué, principale bourgade de la Montagne. Tune des cinq tribus Iroquoises. Enfin le Père du Peron fut nommé aumônier du fort Saint-Louis, bâti à dix-sept lieues environ de Femboucbure de la rivière Picbelieu, appelée alors la rivière des Iroquois ; et ce fut dans ce poste qu'il mourut, le 10 novembre 1665. Voici ce qu'on lit sur sa mort, dans le Diaire de la résidence des jésuites de Québec : " Le 15 novembre, un bâtiment " arrive de Eichelieu, qui nous apporte le corps du " P. François du Peron. mort le 10, an fort Saint- " Louis, le 13 de sa maladie. M. de Cliambly, " gouverneur de la place, me mande qu'il est mort *' en bon religieux, on la manière qu'il a vécu. " Cinq soldats, dès le soir, ont apporté le corps, " dans un coffre de planches que M. Sorel, gouver- *' neur de Eichelieu, lui a fait faire, après l'avoir " été recevoir, au bord de l'eau, avec tous ses soldats " sous les armes. Xous avons aussi appris qu'il l'a
Al'OTKE DES IHIÎOXt:
" gardé, toute la nuit, avec des cierges allumés. " Kous avons fait mettre le corps dans la Congré- " gation ; et comme il était mort depuis sept jours, " on ne l'a point découvert ".