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embouchure, où il reçoit daus son sciu un autre fleuve plus grand que lui, qui semble venir de l'ouest- ÎTous voffuâmes encore dix lieues au. delà de ce rencontre d'eaux, qui fait comme un beau lac ; les vents qui se promènent sur cette rivière, sont très froids au milieu de V6t6 même, parce qu'elle est bordée de montagnes, et qu'elle est exposée au nordouest et souvent au nord.
" De cette rivière nous passâmes à une autre appelée Kin<Sgani8, laquelle se décharge dans le Saguené par des courants et par des précipices affreux. K'ous fîmes une lieu et demie, traversant une montagne et une vallée pour l'aller trouver en un lieu navigable, elle est bien moins rapide que le Saguené, serpentant à l'ouest, au sud et au nordouest ; elle fait un lac qui a plus de quinze lieues de long et quasi une demi-lieue de large.
" Quittant ce fleuve, nous allâmes chercher au travers des bois la rivière appelée des sauvages KinSo-amichich : elle a son lit dans une terre, ou une vallée toute plate qui regarde le nord ; ses eaux sont profondes, fort larges et toutes calmes ; elles se répandent en quelques endroits par des aulnes et par des broussailles qui nous importunaient au dernier point. JÎS'ous avions navigué contre le courant de l'eau dans les deux pr,écédéntes rivières, nous commençâmes ici à descendre dans le lac riao'ouao-ami sur les rives duquel habite la nation
DECOUVKKUK DU I,AC SAIXT-.IKAX G5
du Porc-Epic, que nous chercliions. Ce lac est si grand qu'à peine eu voit-ou les rives, il semble être d'une figure ronde, il est profond et fort poissonneux ; on y poche des brochets, des perches, des saumons, des truites, des poissons dorés, des poissons blancs, des carpes et quantité d'autres espèces.
" Il est environné d'un pays plat, terminé par de hautes montagnes éloignées de trois ou quatre ou cinq lieues de ses rives ; il se nourrit des eaux d'une quinzaine de rivières ou environ, qui servent de chemin aux petites nations qui sont dans les terres pour venir pécher dans ce lac, et pour entretenir le commerce et l'amitié qu'elles ont par entre elles, ^ous voguâmes quelque temps sur ce lac, et cniin nous arrivâmes au lieu où étaient les sauvages de la nation du T'orc-Epic. Ces bonnes gens nous aj^ant aperçus, sortirent de leurs cabanes pour voir le premier Français qui ait jamais mis le pied dessus leurs terres. Ils s'étonnaient de mon entreprise, ne croyant pas que jamais j'aurais eu le courage de franchir tant de diflicultés pour leur amour. Ils me reçurent dans leurs cabanes comme un homme venu du Ciel : l'un me donna un petit morceau de poisson séché à la fumée, l'autre un peu de chair boucanée ; le capitaine me fit présent d'un castipitagan de Castor, c'est-à-dire d'une peau de cet animal, ouverte seulement par le col, en sorte qu'on dirait que le Castor est tout entier : " A-^oilà me dit-il, mon Père, pour adoucir les fatigues de ton chemin ;
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nous ne to saunons exprimer la joie que nous avons de ta venue ; une chose nous attriste, tu viens en une mauvaise saison, nous n'avons point de rets pour pêcher du poisson, etles eaux sont trop grandes pour prendre le Castor''. 11 ne faut pas parler en ce pays ni de pain, ni de vin, ni de lit, ni de maison.
Le Père de Quen passa trois jours au lac Saint- Jean ; c'est ce lac que l'intrépide missionnaire venait de découvrir. A son arrivée au milieu de la nation du Porc-Epie, il fut vivement surpris de voir une grande croix que les sauvages avaient élevée à l'entrée du lac pour y aller faire leurs dévotions et rappeler à leur mémoire la passion et la mort de !N"otre- Seigneur. Cette vue réjouit beaucoup le cœur de l'apôtre et releva son courage abattu par les fatigues de ce pénible voyage. Il se mit aussitôt à l'œuvre ; il confessa les chrétiens, il consola les malades, il disposa les vieillards au baptême et leur dit de se rendre à Tadousac l'été suivant pour y recevoir le sacrement qui efface la tache originelle. Après avoir procuré toutes les consolations possibles à ces courageux enfants de la forêt, le Père s'embarqua dans sa petite gondole pour descendre à la mission Sainte-Croix, où il arriva après trois jours de navigation.
Au mois de mai 1652, le Père de Quen fit un second vovae-e à la mission du lac Saint-Jean, en
DECOUVREUR DU LAC S AI XT- JEAN"
compagnie de douze canots qui s'en allaient faire la traite des pelleteries avec les penpladea sauvages de cette réo-ion. En montant le Sas^uenav, "nous rencontnlmes souvent, dit le Père, sur les rives du fleuve qui nous portait, des tombeaux de trépassés : ces peuples, étant venus l'année précédente à Tadousac, furent saisis d'une maladie à leur retour qui en égorgea plusieurs. On voyait sur leurs sépulcres les marques de leurs croyances ; ils avaient dressé des croix sur quelques-uns, d'autres avaient planté un bâton sur le tombeau de leur ami, d'où l'on voyait pendre un chapelet ; d'autres avaient rais un aviron marqué de croix sur la fosse de quelque bon navigateur." Le Père passa douze jours à la mission Saint- Jean, où il fut reçu avec les mêmes transports d'allégresse qu'on lui avait manifestée à son premier voyage. Il fit un très grand nombre de chrétiens parmi les sauvages campés sur les bords du lac.
Le Père de Quen. nommé supérieur des missions de la ISTouvelle-France, en 1655, occupa ce poste si important et si difficile, avec un zèle et une sagesse admirables, jusqu'à sa sainte mort, qui arriva à Québec le 8 octobre 1659. Voici ce qu'on lit sur sa mort dans le Polaire que nous avons'déjà cité :
" Le 1er octobre 1659, le P. Jean de Quen s'alita " et, le 8, il mourut de ces fièvres contagieuses " qu'avait apportées le dernier vaisseau dont il est " parlé ci-dessus. "
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" Le 0, fut enterre le P. de Queu au matin, '■'■ iwœsente corpore, dictœ duœ missœ 2>rivatœ, in " siunmo altari, dum diceretur officiam.
Telle fut la fin de cette glorieuse vie : le V. Jean de Quen mourut victime de sa charité et de son dévouement pour ses cliers enfants des bois.