Deuxième Lieutenant-Gouverneur de Manitoba
L’PIonorable Alexander Morris est avantageusement connu dans les Lettres et les Annales parlementaires Canadiennes. Admis au barreau
en 1851, il fît honneur à sa profession tant dans le Haut que dans le Bas-Canada. Dix ans plus tard, il brigua les suffrages des électeurs de
South Lanark qui lui donnèrent, par des élections répétées, la preuve
non-équivoque de leur confiance. Dès son premier discours à l’Assemblée Législative du Canada-Uni, M. Morris se fit remarquer par de vues justes et libérales. Il soutint devant l’Assemblée ce qu’il avait soutenu ailleurs que la fameuse thèse de “ la représentation par la population ” n’était pas le remède véritable aux difficultés politiques qui agitaient alors le pays. Il se montra là, comme toujours, partisan d’une union fédérale des provinces britanniques de l’Amérique du Nord.
Après l’établissement de la Confédération, il continua de représenter son comté aux Communes. En 1869, il devint membre du Cabinet fédéral, il occupa cette position importante jusqu’en 1872. Il était donc membre du Conseil Privé d’Ottawa lorsque les troubles éclatèrent à la Rivière-Rouge. Il y était encore lorsque les négociations avec les Délégués ramenèrent le calme dans le pays ; lorsque l’Acte de Manitoba fut préparé, discuté et passé par les trois branches de la Législature. Il eut sa part d’action en tout cela et fut à même d’en saisir toute la portée et le sens véritable. En 1872 l’Honorable Monsieur Morris fut nommé J uge en Chef de la Cour du Banc de la Reine qui s’établissait à Manitoba et il contribua puissamment à son organisation. Au 2 Décembre de la même année, il fut assermenté comme Lieutenant-Gouverneur de la Province.
On voit que la carrière de l’Honorable Monsieur Morris l’avait préparé d’une manière toute spéciale pour l’accomplissement des devoirs de sa charge comme Lieutenant-Gouverneur. Pendant dix années Monsieur Morris avait occupé une place distinguée au barreau des Deux Canadas. Ses travaux littéraires avaient été appréciés et couronnés. Pendant de nombreuses années il s’était fait remarquer dans les enceintes de nos Parlements. Ministre du Cabinet Fédéral pendant trois ans, il avait été forcé de s’occuper des affaires de la Rivière-Rouge et des conditions véritables de son entrée dans la Confédération. Juge en chef à Manitoba, il dut faire une étude spéciale de la Constitution de la Province et des privilèges garantis à ses habitants afin d’en faire l’application avec discernement et justice. U y a donc toutes les raisons de regarder ce second Lieutenant-Gouverneur comme une autorité sûre dans l’interprétation des différentes clauses de la Charte qui a fait de Manitoba une Province Canadienne. Eh bien, l’Honorable Monsieur Morris devenu Lieutenant- Gouverneur et conscient de sa responsabilité, a dit sur tous les tons et dans toutes les occasions que la vingt-deuxième clause de l’Acte de Manitoba avait été insérée dans cet Acte, comme garantie certaine aux écoles tant Protestantes que Catholiques ; que ni les unes ni les autres ne pouvaient être affectées défavorablement, sans violenter la Constitution et que cette violation, si elle avait lieu, imposerait aux Autorités
Fédérales l’obligation de sauvegarder le pacte conclu et accepté de part et d’autre, lors des négociations d’Ottawa avec les Délégués de la Rivière- Rouge.
Le 30 Décembre 1872, Son Honneur convoqua les Chambres pour la dépêche des affaires et fixa la date de leur réunion au 5 Février suivant. En nommant ses comités spéciaux et permanents, l’Assemblée Législative n’oublia pas celui sur l’Education parce que le Parlement devait de
nouveau s’occuper des écoles. Défait, le 19 Février, l’Honorable Monsieur Royal introduisit à la Chambre un acte intitulé : “ Acte pour
amender l’Acte des Ecoles.” Ce projet de loi fut examiné en comité spécial et en comité général, subit toutes les épreuves de la procédure parlementaire jusqu’à celle d’une conférence des Délégués de l’Assemblée Législative avec les membres du Conseil Législatif et en définitive fut voté à l’unanimité par les deux Chambres ; le 5 Mars suivant, le Bill reçut la sanction du Lieutenant-Gouverneur qui n’avait pas été étranger à sa rédaction.
Cette nouvelle loi beaucoup plus étendue et plus complète que celle qu’elle modifiait, ne changea en rien le principe fondamental sur lequel elle reposait. Ce principe reconnaissait des écoles établies dirigées pour et par les Protestants, ainsi que des écoles établies dirigées pour et par les Catholiques, conservant aux unes et aux autres leurs droits et privilèges respectifs.
Déjà en 1874 l’augmentation de la population avait dérangé l’équilibre qui existait entre ses deux sections, lors de l’admission de la Province dans la Confédération.
Par une loi passée en Juillet 1874, la Législature changea les limites des divisions électorales tout en maintenant le nombre à 24. La seconde élection générale se fit en conformité à cette nouvelle redistribution de sièges ; aussi quand la première session du second Parlement s’ouvrit, le 31 Mars 1875, le personnel de la Chambre était considérable modifié. Environ la moitié des membres était de nouveaux représentants. Plusieurs des nouveaux Députés avaient déjà manifesté leur opposition à la loi des écoles ; aussi se proposaient-ils bien d’apporter des modifications radicales au système en usage. Non-seulement ces Messieurs échouèrent dans leur tentative, mais plusieurs d’entre eux se rallièrent à l’idée qui avait inspiré la législation qu’ils voulaient modifier. L’Honorable M. Morris ne fut pas étranger à ce qui se passa alors, il se fît le champion de nos libertés scolaires et l’interprète de l’Acte de Manitoba. Il réussit à persuader plusieurs adversaires de l’inutilité de leurs efforts, assurant qu’il y aurait là une violation de la Constitution. La loi des écoles pouvait être amendée si la Chambre le trouvait à propos, mais à la con-
dition d’en sauvegarder le principe fondamental. C’est encore l’Honorable M. Royal qui, le 21 Avril 1875, soumit à l’Assemblée Législative ; “Un Acte pour amender de nouveau l’Acte pour établir un système d’éducation dans la Province. ” Ce projet de loi comme ceux qui l’avaient précédé, subit les épreuves parlementaires et il fut voté dans les deux Chambres qui lui conservèrent le caractère distinctif qui le tenait en harmonie avec les anciennes coutumes du pays, pratiques et coutumes garanties par l’Acte de Manitoba tel que compris lors des négociations à Ottawa en 1870.
C’est sous l’administration de l’Honorable M. Morris et en 1876, qu’eut lieu l’abolition du Conseil Législatif. La minorité redoutait les conséquences de cette mesure ; d’un autre côté, le Gouvernement d’Ottawa l’exigeait comme condition sine qua non aux better terms demandés par Manitoba. Les membres anglais de l’Assemblée Législative, voyant l’hésitation de leurs collègues, voulurent les rassurer et s’engagèrent en honneur à ne pas abuser de leur nombre et à respecter à l’avenir, comme par le passé, ce qui était si cher à la minorité, ses écoles et sa langue. Us promettaient tout ce qu’ils pouvaient faire, en affirmant énergiquement que leurs promesses seraient respectées par ceux avec lesquels ils étaient en communauté de langue et d’origine. Parmi ceux qui ont donné ces assurances, il en est un qui a été fidèle jusqu’à l’héroïsme à sa parole d’honneur, et celui-là c’est M. W. F. Luxton, ci-devant du Free Press.
L’Honorable Monsieur Morris avait conservé de ses brillants succès dans les Universités, surtout dans celle de McGill, un souvenir si précieux qu’il se préoccupa vivement de la pensée d’une Université à Manitoba. Il comprit que pour réussir dans ce projet, que plusieurs trouvaient prématuré, il fallait mettre à profit tous les éléments disponibles. De concert avec d’autres amis de l’éducation, il s’arrêta à un plan d’Université, qui serait comme le complément naturel de notre système provincial d’instruction publique, et qui pourrait être acceptable aux différents collèges classiques déjà établis dans la Province.
L’Honorable Monsieur Royal qui avait eu une si large part à la préparation des lois sur l’éducation, fut chargé par le Lieutenant- Gouverneur de rendre le même service à la cause universitaire ; le 1er Février 1877, il livrait à l’étude de l’Assemblée Législative : “ un acte concernant la création d’une Université à Manitoba.” Quelques amendements permirent de réunir tous les suffrages ; la loi fut votée à l’unanimité et sanctionnée par le Lieutenant-Gouverneur qui en avait tant désiré la passation. Manitoba se trouva pourvu d’une Université dont les bases et même l’action ont provoqué les plus grands éloges de la
part des Gouverneurs-Généraux qui ont visité le pays, et de la part de bien d’autres personnes compétentes.
3o. — Troisième Lieutenant-Gouverneur de Manitoba.
L Hon. Joseph Cauchon fut préposé à l’administration de la Province de Manitoba en Décembre 1877. Il avait fourni une carrière politique bien mouvementée et bien particulière. Pendant plus de trente ans, il s était fait remarquer dans les différentes enceintes des Parlements Canadiens ; avait été ministre d’Etat à différentes reprises et sous différents régimes. Agé de plus de 60 ans, et après les luttes si vives qu’il avait soutenues, il était appelé à se reposer dans le calme de l’atmosphère où doit vivre un Lieutenant-Gouverneur constitutionnel. Dans sa nouvelle position, l’Hon. M. Cauchon agit avec tant de modération et d’impartialité qu’il sut se faire estimer de tous, même de ceux qui avaient redouté de lui voir prendre les rênes du Gouvernement. Il portait avec lui l’autorité et le prestige que de fortes études et une longue expérience avaient attachés à sa personne, comme expert en droit constitutionnel. Il utilisa cet avantage en donnant à l’Acte de Manitoba une interprétation conforme à l’idée qui l’avait fait naître.
M. Cauchon était à Ottawa, lors des troubles de la Rivière-Rouge, lors des négociations et de l’admission de la nouvelle Province dans la Confédération. Il suivit toutes ces questions avec une grande attention et un vif intérêt. Il s’était trouvé mêlé dans la solution de l’irritante question des écoles séparées dans Ontario, dans le paisible arrangement de celle de Québec. Il eut sa part dans les débats qui agitèrent le Canada? à l’occasion des écoles du Nouveau -Brunswick. Plusieurs fois, il a parlé devant moi, comme devant d’autres, du service important qu’il se féli citait d’avoir rendu au Gouvernement d« l’Hon. M. McKenzie, par une suggestion qui a préservé ce Gouvernement du vote adverse, dont il était menacé par rapport aux écoles du Nouveau-Brunswick. M. Cauchon réclamait la paternité de la résolution que M. McKenzie proposa aux Communes pour référer cette question au Comité Judiciaire du Conseil Privé d’Angleterre, et par là même, se débarrasser du danger qui menaçait l’existence de son Gouvernement. Plusieurs amis des écoles Catholiques du Nouveau-Brunswick ne virent pas le danger dont la résolution les menaçait, et pour une raison ou pour une autre, la résolution fut votée par la majorité du Parlement Canadien. Le Gouvernement McKenzie était sauvé, mais les écoles était sacrifiées. M. Cauchon, en racontant ce qu’il regardait comme un tour de force politique, dont le mérite est douteux, ajoutait:
“ Cela a été possible au Nouveau-Brunswick, parce que là, il n’y avait rien dans la loi qui protégeât les écoles Catholiques, mais la chose est bien différente ici, puisque
“ la loi de Manitoba et les conditions de l’entrée de la Province dans la Confédération “ défendent nos écoles contre toute tentative hostile.”
Les opinions de M. Cauchon sur l’interprétation à donner à l’Acte de Manitoba eurent une application pratique et officielle au cours de son administration. En Décembre 1878, il y eut des élections générales; pendant la campagne électorale, on voulut battre en brèche le Gouvernement, au sujet des imprimés en langue française. Le Premier Ministre n’oublia ni ses promesses, ni les prescriptions de la constitution ; il fit face à l’orage, et malgré elle, fut réélu et maintenu au pouvoir. D’un autre côté l’opposition se fortifia d’hommes nouveaux et qui n’étaient certes pas sans ambition.
Le 1er Février, 1879, le troisième Parlement ouvrit sa première session. Le 7, l’Assemblée Législative s’ajourna jusqu’au 8 Avril, et le 8 Avril elle prolongea cet ajournement jusqu’au 27 Mai. Pendant cette suspension des débats, le Gouverneur s’absenta de la Province. Le Premier Ministre et son collègue l’Honorable M. Royal, allèrent en mission à Ottawa, où il obtinrent des avantages importants pour la Province. Le Lieutenant-Gouverneur, à son arrivée, apprit la commotion qui venait d’agiter son Gouvernement, pendant les derniers jours de son absence. En effet, les Chambres s’étaient réunies de nouveau le 27 de Mai, et dès le 29, les Honorables Royal et Delorme avaient laissé l’administration ; le Premier Ministre, ainsi que ses partisans d’origine anglaise, étaient passés armes et bagage à l’opposition et tous ensemble convinrent qu’on ne tiendrait plus compte de l’élément français.
Je ne fais allusion à ces incidents parlementaires que pour démontrer plus clairement la véritable interprétation qu’il faut donner aux Clauses 22 et 23 de l’Acte de Manitoba. Le 11 Juin, le Gouvernement livra à l’étude de la Chambre un bill intitulé : “ Acte concernant l’impression de documents publics. ” Sous ce titre assez anodin ce projet de loi renfermait des dipositions contraires à la Constitution. Le 17 Juin, deux membres du Gouvernement en demandèrent la seconde lecture, c’est alors que l’Honorable Royal appuyé par l PIonorable Delorme, proposa l’amendement suivant :
“ Attendu que la tenue des Archives Publiques de la Province de Manitoba, dans les “ langues Française et Anglaise, fait partie de la Constitution écrite de Manitoba qui a “ été obtenue par la population de ce pays, et accordée par la Puissance du Canada, sous “ la sanction d'un acte impérial;
“ Et attendu que tous les membres représentant les divisions électorales parlant “ anglais, ont récemment formé une ligue dans le but principal de faire disparaître la “légitime influence du plus ancien et aujourd’hui un des principaux éléments de la popu- ‘‘ lation de la Province :
“ Attendu que, sous le faux prétexte d’économie, le soi-disant parti anglais, a déter- “ miné, par la même ligue, d’abolir l’impression en langue française de tous les docu- “ ments publics, excepté les Statuts de la Province ; et
“ Attendu qu’une telle mesure aura pour effet de priver une classe importante des “ loyaux sujets de Sa Majesté des droits et privilèges garantis par l’Acte de Manitoba et “ qui leur sont les plus chers ; et
“ Attendu que la majorité des membres du Conseil Exécutif, avec le Premier Ministre et leurs partisans, aux dernières élections générales ont représenté l’injustice de l’a. bolition proposée, et que le dit Premier Ministre et ses collègues ont été élus en dépit de l’opposition de ceux qui réclamaient l’abolition des impressions en langue française
“ Qu’il soit résolu que le Bill, pour les raisons ci-dessus, ne soit pas maintenant lu “ pour la seconde fois, mais aujourd’hui en six mois. ”
Le débat sur cet amendement se termina par un vote adverse, de 12 contre 6 : la motion princ:pale fut votée sur division, puis le Bill fut lu pour la deuxième fois, référé au Comité Général, et le 20 Juin il subit sa troisième lecture. Ce succès ne fut pas de longue durée. Le 25 Juin, son Honneur le Lieutenant-Gouverneur s’étant rendu à la Chambre de l’Assemblée Législative, prit place sur le trône. Le Greffier lut le titre des Bills, auxquels le Lieutenant-Gouverneur donna la sanction au nom de sa Majesté ; mais quand on en vint à “ l’Acte concernant l’impression de documents publics, ” le Greffier de la Chambre, par ordre du Gouverneur, dit :
“ Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur réserve ce Bill pour la signification du “ bon plaisir de Son Excellence le Gouverneur-Général.
La raison de ce procédé du Lieutenant-Gouverneur c’est que la loi projetée était une violation flagrante de la 23e clause de l’Acte de Manb toba qui dit, en parlant de l’usage des langues française et anglaise :
“ Dans la rédaction des archives, procès-verbaux et journaux respectifs des chambres, l’usage de ces deux langues sera obligatoire. ”
Le Gouverneur-Général ne sanctionna jamais l’Acte réservé à son bon plaisir ; on jugea à Ottawa comme M. Cauchon avait jugé à Winnipeg, c’est-à-dire qu’il ne fallait pas permettre une législation contraire à l’Acte de Manitoba. Dans le Capitale Fédérale, on se souvenait de 1870 et on voulut respecter la parole donnée et les assurances si formellement exprimées. Ce n’est pas le Lieutenant-Gouverneur qui fut blâmé, mais ce furent ses aviseurs légaux qui demandaient une illégalité. Les auteurs de la loi projetée eurent la confusion de lui voir refuser l’admission aux livres des Statuts. La leçon qu’ils reçurent à cette occasion fut telle qu’ils furent bientôt dans la nécessité d’abandonner la tactique hostile à laquelle ils avaient eu recours. Le Premier Ministre redemanda le concours de l’élément français, appela un d’entre eux à s’asseoir sur les banquettes ministérielles et ce petit orage se dissipa, emporté par le souffle de la vraie interprétation de l’Acte de Manitoba, et le calme se fit de nouveau pour 10 ans.
Quelques-uns de ceux qui s’attaquèrent à l’usage des imprimés en langue française se seraient encore plus volontiers attaqués à nos écoles, s’ils avaient eu le moindre espoir que cette autre violation de l’Acte de Manitoba pût avoir le moindre succès. Aucune tentative ne fut faite dans
ce sens.
Immédiatement après avoir refusé sa sanction au projet de loi précité, le Gouverneur disait, dans son discours de clôture :
“ L’appropriation pour les fins d’éducation a mon assentiment et devra aider à maintenir avec plus d’efficacité les écoles publiques dans les établissements de cette “ Province.”
Il est bien connu que les écoles publiques dont il est ici question étaient les unes des écoles Catholiques, les autres des écoles Protestantes, tout aussi publiques les unes que les autres.
L'Hon. M. Cauchon ne dissimula pas ses opinions. Il affirmait bien positivement que ce qu’il avait fait pour l’usage des impressions, il le ferait pour les écoles, soit Catholiques, soit Protestantes, parce que, pour lui, la loi était aussi claire dans un cas que dans l’autre, et la Constitution sauvegardait les écoles séparées comme elle protégeait l’usage des deux langues officielles. Il ne faut donc pas s’étonner que, sous l’administration de M. Cauchon, la Province ait passé “ l’Acte des Ecoles de Manitoba. 1881.” Cette loi est une refonte de toutes celles qui avaient été promulguées jusqu’à ce jour au sujet de l’éducation, en tenant compte de l’expérience de dix années et des modifications que les changements accomplis dans le pays imposaient nécessairement. Il faut bien le remarquer, cette expérience de dix années, ces changements, au lieu de modifier le caraptère principal de notre système d’éducation, ne firent que le confirmer et l’appuyer davantage.
Le système fut après 1881, ce qu’il avait été avant : un dans son ensemble et sa source, mais fournissant deux courants parfaitement distincts qui tendaient vers un but unique : la meilleure instruction possible des enfants, en conformité avec les vues de leurs parents et sans faire violence en aucune manière à leurs convictions religieuses.
Au mois de Mai 1882, le Lieutenant-Gouverneur donna sa sanction à une nouvelle loi qui était comme le complément de notre système d’éducation élémentaire. Ce nouveau statut avait pour titre : “ Acte pour établir des Ecoles Normales en union avec les Ecoles Publiques.”
Cette loi autorisait les sections Protestantes et Catholiques du Bureau d’Education :
“ A établir en union avec les Ecoles Publiques Protestantes et avec les Ecoles “ Publiques Catholiques des Départements dits des Ecoles Normales.”
Là encore, le principe fondamental était sauvegardé, et après l'union , de nouveaux droits et privilèges étaient octroyés dix minorité des sujets de Sa Majesté relativement à l'éducation.
4o. — Quatrième Lieutenant-Gouverneur de Manitoba
C’est en Décembre 1882, que l’Honorable James Cox Aikins fut préposé à l’administration de Manitoba. Plus heureux que ses prédécesseurs, il trouva l’organisation des pouvoirs et des intérêts publics assez avancée pour qu il pût exercer ses fonctions en se reposant sur la respon sabilité de ses ministres.
L Acte de Manitoba était compris ; les tentatives faites pour en éluder la signification véritable avaient échoué aux pieds du trône ; ceux qui avaient cru pouvoir tenter cette voie avaient eu à se repentir et à l’abandonner. L’usage des deux langues officielles, le fonctionnement d’écoles on harmonie avec les vues des deux sections de la population, tout cela avait contribué à rendre aux fertiles plaines de la vallée de la Rivière-Rouge la quiétude et le contentement dont ses habitants jouissaient autrefois. Les projets administratifs de Lord Selkirk, maintenus par la Compagnie de la Baie d’Hudson, garantis par l’Angleterre et le Canada, et soutenus par les lois de Manitoba, avaient réussi à établir l’ordre et l’harmonie. A l’appui de cette assertion, je puis invoquer le témoignage d’un des hommes les plus ardents à poursuivre un ordre d’idées dont le seul résultat ne peut être que la perte de ces incomparables bienfaits de la paix, de l’harmonie, de la bonne entente et de la confiance mutuelle Le Rév. Dr G. Bryce écrivit en 1882, un livre intitulé : “ Manitoba, its infancy, growth and présent condition.”
Celui qui se montre aujourd’hui le partisan si actif et si impétueux de l’asservissement des Catholiques en matière d’éducation, contrairement aux vues bien clairement manifestées par Lord Selkirk, celui-là même n’a pas toujours pensé ou écrit comme il agit aujourd’hui. A la page 351 de son livre, on lit le passage suivant :