PHASE QUATRIEME
MANITOBA VOIT INAUGURER UN SYSTÈME SCOLAIRE QUI PEUT SOURIRE AU PLUS GRAND NOMBRE MAIS QUI FAIT VIOLENCE AUX CONVICTIONS RELIGIEUSES DE LA MINORITÉ.
Le titre qui précède indique assez la nature de l’évolution nouvelle dans laquelle vont entrer les écoles de Manitoba. Je n’ai pas besoin de dire au lecteur que c’est avec un serrement pénible de cœur que je vais écrire ce qui suit.
Depuis 70 ans, le pays possédait des écoles confessionnelles ; ces écoles avaient coûté bien du travail, des préoccupations et des sacrifices, mais aucune volonté humaine adverse ne les avait entravées ; au contraire tous les Pouvoirs Publics avaient été unanimes à en reconnaître l’utilité et à les aider plus ou moins. Le fondateur de la colonie d’Assiniboia, l’Honorable Compagnie de la Baie d’Hdson, les Gouverneurs nommés par elle, le Conseil Colonial, les Gouverneurs nommés par la Couronne, les Autorités impériales et Fédérales, six Parlements de Manitoba sous quatre Gouverneurs préposés à la direction de la Province ; tous sans exception, pendant près de trois-quarts de siècle avaient encouragé des écoles où la foi des enfants n’était point exposée aux dangers de l’indifférence et de la séduction.
Et pourquoi ne le dirais-je pas ? la cause de l’enseignement chrétien, dans le Manitoba et le Nord-Ouest, était l’objet de mes aspirations et de ma vie depuis quarante-cinq ans. C’est à cette cause sacrée que j’avais voué toutes les énergies et les ressources dont je pouvais disposer. Mon unique ambition était d’aider à éclairer, à rendre meilleur, et pour cela donner à l’enfance et à l’adolescence une éducation qui, en lui assurant les avantages qui découlent des connaissances humaines, lui garantissait aussi autant que possible la formation du cœur et de la volonté, l’aspiration vers les choses d’en haut, la dépendance de Dieu, la soumission à sa loi sainte, tout ce code sacré sans lequel le reste est vain, futile et même dangereux. Je n’ai donc pas besoin de répéter que j’éprouve un
douloureux serrement de cœur en écrivant l’histoire de la quatrième phase de nos écoles ; période pendant laquelle des difficultés jusqu’alors inconnues ont été jetées sur la voie suivie ; des obstacles difficiles à vaincre ont été multipliés pour que la population qui est confiée à ma sollicitude pastorale, n’ait point d’écoles ; que du moins elle n’en puisse avoir qu’avec beaucoup de difficultés, et ce, pour arriver à forcer cette population à accepter un système qu’elle ne doit pas admettre et qui est un danger réel pour un très grand nombre de ses enfants.
J’hésite d’autant plus à écrire cette phase de l’histoire de nos écoles qu’elle est mêlée à des procédés et des actes qui ont ma réprobation, quoiqu’ils viennent d’hommes que je voudrais respecter, à cause de leur position éminente. Eux mêmes pourtant ne pourront pas s’étonner que je parle de ce qu’ils ont fait et de la manière dont ils l’ont fait. La gravité du sujet dit assez que la douleur éprouvée ne me fera pas abandonner la gravité du langage, avec laquelle il doit être traité.
J’aurais pu assigner une date un peu plus reculée aux changements que l’on va faire subir à la loi des écoles, néanmoins je place l’origine de cette phase au commencement de 1888, parce que les évènements qui se sont produits alors doivent être connus, pour aider à l’intelligence de ce qui a suivi ; non pas comme conséquence naturelle, mais enfin parce que l’on a voulu qu’il en fût ainsi. En écrivant cette quatrième phase j’indiquerai :
Les promesses qui devaient l’empêcher de se produire ;
Les incidents qui ont suivi ces promesses ;
La manière dont on se prépare à les violer ;
Les lois de 1890, qui en sont la violation formelle.
lo. — Promesses de Maintenir les Écoles telles Qu’Existantes.
En 1887 la Législature de Manitoba passa des statuts relatifs à la -construction de différents chemins de fer, entre autres celui dit chemin de fer de la vallée de la Rivière-Rouge, qui devait relier Winnipeg à une ligne des Etats-Unis, à un point de la frontière, entre Pembina et West Lynne. Dans la pensée de la Législature et du peuple, cette nouvelle voie ferrée, offrant une facilité de plus à l’écoulement des produits de la Province, ne pouvait être qu’avantageuse, et cet avantage ne pouvait pas être entravé par le monopole garanti par la Charte du chemin de fer Pacifique Canadien.
Le Gouvernement Fédéral crut devoir désavouer ce Statut Provincial ; le désaveu provoqua un vif mécontentement dans tout le pays. La Législature fut unanime à exprimer ce mécontentement dans une
pétition adressée à la Reine en conseil. L’Hon. M. Norquay, qui était le promoteur de la mesure désavouée ; M. Norquay, Premier Ministre» fut la première victime du mécontentement excité par le désaveu.
Ayant échoué dans ses tentatives de gagner Ottawa, il donna sa résignation comme chef du Cabinet ; son collègue, l’Hon. M. La Rivière, en fit autant, et tous deux se rallièrent au support du Dr. Harrison, qui avait entrepris la tâche ingrate de maintenir l’administration, au milieu des difficultés dont le désaveu l’environnait. On ne voulait pas croire que les démarches faites par M. Norquay et ses collègues, tant en Angleterre qu’à Ottawa, amèneraient une solution favorable.
L’opposition fit en sorte que le coup qui avait frappé l’Hon. M. Norquay pût aussi atteindre son ancien collègue et successeur le Docteur Harrison. Un obstacle seul se dressait devant les espérances du parti de l’opposition qui se disait le parti libéral. Les chefs étaient accusés d’être hostiles aux écoles catholiques et à l’usage officiel de la langue française ; ils étaient intéressés à dissiper ces préventions et à donner des assurances positives de leur bon vouloir sur ces deux points, si chers à la population d’origine française. Pour écarter tout doute au sujet des faits que je vais rapporter je ferai une longue citation qui les décrira sous leur jour véritable; le récit est d’un homme qui a pris une part active aux faits qu’il raconte. Cette citation est empruntée à un discours prononcé dans l’Assemblée Législative à Winnipeg, le 2 Mars 1893, par Monsieur James Fisher, Membre du Parlement Provincial. La lecture de cette belle pièce d’éloquence dit assez la franchise et les connaissances légales et politiques de celui qui a prononcé cette harangue à laquelle personne n’a répondu. Monsieur Fisher tint le langage suivant au sujet des promesses faites par le parti libéral et ses chefs, au moment où le pouvoir leur souriait :