COMMENT LA MINORITÉ A ÉTÉ TRAITÉE
Je ne voudrais pas fatiguer le lecteur par un long récit de toutes les injustices qu’on nous a faites, ni dire les calomnies dont on nous a accablés, non plus que le mépris avec lequel nous avons été traités ; néanmoins comme il me semble important que le lecteur puisse se faire une idée de notre position, je citerai quelques faits :
Pour soulever contre les écoles Catholiques la cupidité des ignorants, un Ministre d’Etat imagina de dire que les
f‘ Ecoles Catholiques recevaient des fonds publics, deux et même trois fois plus “ que les écoles Protestantes. ”
Pourtant d’après la loi, l’octroi législatif était divisé entre les sections Protestante et Catholique du Bureau d’Education, au pro rata de la population scolaire, Pour arriver à établir cette proportion, des recensements étaient faits chaque année par les Commissaires des différents arrondissements ; ces recensements assermentés étaient remis au Gouvernement. C’est le Gouvernement lui-même qui faisait la répartition des fonds. Comment après cela un membre de l’administration peut-il dire en public que “ les écoles Catholiques recevaient deux et trois fois plus
que les écoles Protestantes ? ”
Nous l’avons dit plus haut, la section Catholique, à force d’économie et en conformité aux dispositions de la loi, avait réussi à se faire un Fonds de Réserve de $14,879.47. Sur demande du Gouvernement, cette somme lui fut remise pour être plus tard confisquée par lui, afin de grossir ce qu’il appelait “ ses économies.” Point satisfait de cette spoliation, un organe salarié se prit à insulter la section du Bureau en disant que ses membres “ avaient été obligés de dégorger (disgorge) cette somme à laquelle ils voulaient donner une fausse destination (misappropriation).”
A tout cela il fallait ajouter le mépris du plus bas étage. C’est un Révérend Docteur qui se chargea de cette triste besogne. Les Catholiques en parlant de leurs obligations au sujet de l’instruction de leurs enfants avaient mentionné leurs scrupules de conscience. Ces scrupules ont leur racine dans les sentiments les plus élevés et les plus délicats de l’âme chrétienne : ils sont partagés par tous les Catholiques sincères et éclairés ; ils se fortifient de l’enseignement des Évêques qui, par tout l’univers, n’ont qu’une voix, celle du bon pasteur qui veut protéger les tendres agneaux de son troupeau ; ces accents du reste ne sont que l’écho de la grande voix du Pontife Suprême, qui met et les pasteurs et les ouailles en garde contre tout enseignement qui ignore Dieu ou la doctrine de son Christ. Ces vues de la grande famille Catholique ne sont sans doute pas partagées par tous ceux qui sont en dehors de son sein, mais elles commandent le respect de tous ceux qui se tiennent dans des sphères assez élevées, pour planer au dessus des préjugés vulgaires. Il paraît que tous les Révérends Docteurs n’habitent pas ces sphères. Voici du moins que l’un deux l’a prouvé dans la manière dont il traite et apprécie la conscience Catholique : “ Ces prétendus scrupules de conscience, dit-il, ne sont que
“ LE REGRET QU’ÉPROUVE UN CULTIVATEUR QUAND IL LUI FAUT TUER UN “ DE SES CHEVAUX ATTEINT DE LA MORVE (GLANDERS). ” C’est avec pareille distinction de langage et élévation de sentiments que cet homme se pose comme réformateur des écoles Catholiques ! dont il appelle les promoteurs et les défenseurs “ des Philistins incirconcis. ” Les païens couvraient de fleurs et d’ornements les victimes du sacrifice ; ici on couvre de boue tous ceux qui aiment la victime qu’on veut immoler. A côté de ces indignités on a formulé d’autres accusations qui, pour être moins grossières, n’en étaient pas moins dangereuses ni moins propres à soulever les préjugés populaires. Voici quelques-uns des points sur lesquels on a opéré.