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MANIÈRE DONT ON PRÉPARE LA VIOLATION DES PROMESSES

Tout le monde avait pu constater qu'une voionté de fer était l'âme dirigeante de l'administration provinciale, qe cette volonté ne tenait aucun compte des obstacles ni des résistances. Je pourrais ajouter que la

be | délicatesse dans l'emploi des formes et des moyens ne paraissait pas être

À Vobjectif poursuivi. Tout était absolu. Quoi qu'il en soit de ces dispositions, personne ne s'attendait que des promesses explicites, faites dans des circonstances solennelles, en présence de nombreux témoins, seraient violées ; vu surtout que ces promesses avaient assuré le pouvoir à la nou. velle administration et que rien, absolument rien, ne s'était manifesté dans l'opinion publique, je ne dis pas pour justifier, mais même pour pallier, en quoi que ce soit, la violation d'assurances données, au nom du parti, et } données par les chefs mêmes de ce parti. Cette incroyable inconséquez.ce, A ce criminel abandon de la bonne foi la plus élémentaire, tout cela s'est fait sans cause, sans provocation comme sans hésitation et sans ménagement. C’est au commencement du mois d’Août 1889 que les Ministres » Provinciaux débutèrent dans ce genre nouveau d’infidélité à la foi jurée. M. Dalton McCarthy arrivait dans le pays; il fit un discours qui devrait surprendre ceux qui prétendent que personne dans la Province de Québec n'a le droit de parler en faveur des écoles catholiques du Manitoba. Il paraît que quand il s’agit de porter la guerre et la haine contre ce qui est catholique et ce qui tient à la langue française, il paraît, dis-je, tqu'alors tout le monde a des droits absolus et partout. M. McCarthy connaissait son monde, il usa de ce privilège pour s'adresser à un audivire qu’il savait devoir l’applaudir quand il dirait :

‘“ Nous avons besoin de torte notre énergie et il faut qu'il soit bien compris dans

“ toutes les divisions électorales, qu'un candidat, qu'il soit Grit ou Tory, Conservateur

0 ou Libéral, devra avoir fait une profession de foi sans équivoque ; que ses princir”s

#f devront être solides et qu'aucune influence à Ottawa ne pourra lui faire manquer ce mandat.”

Cette coalition demandée par M. McCarthy devait avoir pour récultat abolition des écoles catholiques, la suppression de l'usage officiel de la Bngue française. L'Orateur ajouta :

‘“ De plus grandes difficultés surgiront à mesure que des droits acquis se fortifie ront.”

L'adversaire des catholiques reconnaît donc qu'ils ont des droits cquis.

L'Honorable Joseph Martin prit la perole à son tour et naturellement il aurait dû dire :

‘* Mais ces droits acquis j'ai promis de les respecter, de les défendre; ce n'est qu'en

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“ vertu de ces promesses que je suis Ministre Provincial, que je suis Procureur-Général. ‘ En honneur, en justice, par position. je suis tenu au respect de ces droits acquis.”

Il n’en fut pas ainsi. L’'Honorable Joseph Martin proposa :

‘“ Que les remerciements les plus cordiaux de l'assemblée soient offerts à M. * McCarthy pour le discours: qu'il venait de faire.

“ M. McCarthy avait frappé la note juste lorsqu'il avait dit que les questions aux. ‘“ quelles il avait fait allusion devaient être considérées sérieusement et traitées avec soin ‘“ dans cette province, la partie la nlus nouvelle du Canada.

‘ Nous devons nous souvenir qu'au cours des années, les droits acquis s'accumu- ‘““leront ici, et si nous devons nous occuper de ce sujet, le temps présent est le plus ‘ favorable.

“Il n'est pas à propos d'avoir deux sortes d'écoles...... le grand argument, en faveur + des écoles séparées, c'est la persistance avec laquelle l'élément protestant insiste pour ‘“ l'enseignement de la religion dans les écoles; les catholiques romains peuvent leur ‘“ dire avec raison: si une religion doit être enseignée, ce doit être la nôtre et non pas la ‘“vôtre...... le Carholique Romain a parfaitement droit de dire: je n'en\errai pas mes ‘ enfants à une école, où la religion est enseignée par un protestant et suivant les idées ‘“ protestantes. Si nou: abolissons cette iniquité, nous devrons dire, l'éducation sera ‘“ simplement l'éducation, et la religion devra être pour la famille et l'église.

“Il se propose de prendre cette attitude dans la Chambre, de la maintenir ou de [e ‘tomber avec elle. Il demande la sympathie des auditeurs et leur appui pour régler “d ‘ cette question dans les premiers jours de la Province et avant que des droits acquis ne Æ ‘“ puissent se soulever. “1

‘“ Le parlement de la Puissance peut être contre nous; la Constitution peut être ‘ contre nous, mais nous nous proposons d'en appeler au Parlement Fédéral ; si nous ne ‘‘ réussissons pas, nous en appellerons au Parlement d'au-delà des mers. Quant aux de ‘ écoles, si la Constitution est contre nous, nous avons le droit et il n’est pas impossible

‘“ d'obtenir du Parlement Impérial un acte qui mettra la constitution en harmonie avec ‘“ nos vues et la justice. ”

Cette citation suggère plusieurs réflexions.

Le Procureur-Général recounaît, lui aussi, que les Catholiques ont des droits acquis ; qu'ils ont raison de demander des écoles séparées puisque l'élément protestant insiste pour un enseignement religieux dans les écoles et que tant que cette iniquité n'est pas abolie, le catholique a parfaitement droit de ne pas soumettre ses enfants à un enseignement conforme aux idées protestantes : par conséquent il demander a la sécularisation des écoles pure et simple. Il reconnaît de plus qu'il va pent-être agir en opposit'on au Parlement de la Puissance et à la Constitution, mais qu'il se propose d'en appeler d'abord au Parlement Fédéral puis au Parlement Impérial pour que la Constitution puisse s’harmoniser avec ses vues.

Le Portage de la Prairie, où M. Martin faisait ces réflexions est à une quarantaine de milles de l'endroit de Saint-François-Xavier, où il avait promis d’une manière si énergique de respecter et de faire respecter, de maintenir et de faire maintenir les écoles catholiques et l'usage de la langue française. Personne peut-être n'aurait soupçonné, qu'à quarante «

Procureur-Général.

, droits acquis.”

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: milles de distance et à dix-neuf mois d'intervalle le même homme pût

exprimer des vues si diamétralement opposées. C'est aussi au commencement d’Août, que l’Hon. M. Smart, Ministre

des Travaux Publics, avait dit que le Gouvernement était décidé à «mener ‘Tout d'abord

des changements radicaux dans l'administration des écoles. * le Preinier Ministre nia que le Gouvernement eût l'intention d’abolir les } écoles catholiques.

Après ce qui venait d'être dit par deux de ses collègues, il garda le silence sur cette question brûlante, dans un long discours qu'il à * pronon(: a à Wawanessa.

: , l'Hon. M. Smart :

Ce silence fut compensé par les paroles de

‘Je ne veux pas dire de mal des Catholiques Romains. Ils méritent de conserver > * leurs droits tout autant que toute autre classe de la population et je les défendrai aussi ‘“ énergiquement que ceux des protestants. Quant à la question des écoles,je ne veux pas ‘ me poser en réformateur de l'Education, mais puisque la question est venue devant la ‘Gouvernement j'en parle au point de vue pratique. Je trouve beaucoup d'anomalie 0‘ dans les lois scolaires......

‘‘ Je ne veux pas que mes remarques sur cctte question soient interprétées comme ‘étant favorables à l'abolition des écoles séparées. Je ne suis pas prêt à exprimer une ‘““ opinion ‘ns le moment et je ne veux pas discuter la question de savoir si le principe ‘* d'accorder l'aide de l'Etat à une école séparée est bon ou mauvais...... Tout le système L sera mis directement sous le contrôle d'un Ministre responsable de la Couronne et les ‘ mêmes règles seront appliquées aux écoles séparées et aux écoles protestantes.”

Le gant était jeté au milieu des hésitations du chef et des réticences de son Collègue. Le Procureur-Général, lui, a donné son programme, il tombera ou il obtiendra la laicisation complète. Il veut abolir à la fois Let les écoles catholiques qui sont aussi publiques que les antres et les écoles protestantes qui sont aussi séparées que celles de l’autre section: Nous allons voir que le Procureur-Général ne réussira que dans une partie de son projet. Il abolira les écoles Catholiques qu'il a promis de maintenir ef il maintiendra les écoles Protestantes qu'il a promis de séculariser, mais qui, en dépit de son énergie, continueront d’être ce qu’il appelle lui-même une iniquité.

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