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[arouarp] L'EXPÉDITION DU MARQUIS DE DENONVILLE 99
Français lui avaient fait, entre autres Berthé de Chailly. (Rochemonteix, III, 615; Cor. gén., VIII, 18.)
Le 16 juillet 1687, M. de Champigny écrit au ministre que l'armée partit de Montréal le 11 juin sous M. de Denonwville et qu'il l’accompagna pendant trois jours; puis il prit les devants soutenu d’une escorte de trente hommes et se rendit droit au fort Frontenac, où il y avait une forte garnison sous le commandement de d'Orvilliers.! ‘“ Pendant quo j'y estois,” dit-il, “on y areta un bon nombre de Sauvages iroquois qui étoient aux environs, crainte qu’ils donnassent avis de la marche et pour affoiblir d'autant nos ennemis.” (Cor. gén., IX, 53.)
M. de Champigny ne resta au fort que deux jours, puis il repaitit, pour Québec où il voulait arriver avant le départ des vaisseaux du roi, qui avaicnt transporté les troupes.
En descendant, il rencontra M. de Denonville à la Galette, à 25 licues au-dessous de Cataracouy ; mais il ne raconte pas ce qu’il lui rapporta. ({bid., 54.)
Puis il continue: ‘‘ Je receus hier une lettre de M. de Denonville de Cataracouy du 3 de ce mois qui me donne avis qu'il m'envoie cinquante Iroquois pris proche ce lieu-là, pour les faire passer en France dans les navires du Roy conformément à vos ordres......(Zbid., 56.)
‘ Nous avons d'autant plus de sujet d'espérer un heureux succès de cette entreprise que jusqu’à présent les Iroquois ne nous ont pas paru en être avertis, la demeure du P. Lamberville avec eux leur ayant osté tout soupçon.” (Zbid., 58.)
Le 25 août 1687, M. de Denonville écrit au ministre : “ Vous m'avez ordonné de vous envoyer les prisonniers que nous ferions.” Il ajoute qu'il n’a pu envoyer que ceux pris à Cataracouy. (Cor. gén., IX, 99.)
En examinant cette page d'histoire, je passe sous silence les exploits de M. de Denonville et de son armée aux villages des Iroquois situés au sud du lac Ontario, après le départ de Cataracouy, comme étant peut-être permis par le droit de la guerre tel qu’il était compris à cette époque en Amérique.
I] est impossible de lire ces pages de la correspondance officielle, sans arriver à la triste conclusion que le coup de Cataracouy, conçu par le marquis de Denonville et exécuté par lui-même, ou d’après ses ordres, a reçu une sorte de sanction préalable de la part de la cour de France, non pas dans tous ses détails, mais dans ses principaux traits et ses résultats, M. de Denonville, dans ses lettres et ses mémoires, ne parle pas de festin, il est vrai; cette idée, probablement, ne lui est venue que plus tard, lorsque
. M. de Champigny partit pour Cataracouy avec ses soldats, comme étant
le plus sûr moyen d'attirer les Sauvages au rendez-vous donné par le P. Lamberville ; il craint même qu'ils ne s'y rendront qu’en petit nombre.
! M. de Denonville écrit au ministre le 6 novembre 1687 qu'il “a fait faire des murailles à Cataracouy ”. (Cor. gén., IX, 8.)
Il représente au ministre qu'il a convoqué, par l'entremise de ce missionnaire en qui elles avaient une confiance illimitée, ‘toutes les nations iroquoises- pour parler de nos affaires au printemps prochain à Cataracouy ” ; que son but principal “est de les attirer”. Etait-ce pour ‘conclure une paix générale”. ainsi qu'il le dit au P. Lamberville et le répète dans son journal! du moi d'octobre 1687 et d’autres documents ? Non, c'était pour les anéantir. Il ne cesse de dire au ministre qu'il faut faire la guerre l’an prochain ; mais c'était son secret et celui de ses supérieurs et de ses intendants ei commandants, Le pauvre P. Lamberville lui-même ne connaît rien ‘de nos desseins ” ; il refuserait en effet d’être l'instrument coupable du gouverneur. Il a fait renvoyer son plus jeune frère afin de ménager son salut, Cependant, les événements subséquents ont démontré qu'il ne s'enfuit pas et qu’il faillit être rôti tout vif. Ce ne fut qu'à la grande estime dont il jouissait auprès de ces sauvages qu'il dût la vie, Bien plus humains que les Européens civilisés, ils se contentèrent de le chasser de leurs villages, sans lui faire de mal.
Et puis la cour de France, qui, sans être généreuse à l'égard des perfides Iroquois, pouvait au moins être juste, approuve le mémoire du gouverneur à temps pour qu’il sache à quoi s’en tenir sur ses intentions, avant de s'aventurer dans cette expédition, aussi gauchement exécutée que mal conçue, Elle lui en laisse les détails, mais il devra ‘“ prendre une conjoncture favourable pour les attaquer au dépourveu”. Sa Majesté, au lieu de lui défendre de tourner une réunion de paix en un acte de guerre, au mépris non seulement du droit des gens mais aussi des coutumes de ces barbares, déclare qu’elle “se remet à luy de faire sur ce sujet ce qu'il estimera de plus convenable”. Puis elle conclut qu'il “est nécessaire de prendre de bonnes mesures pour exterminer promptement cette nation ”.!
Ce fut probablement en recevant ces instructions, que M. de Denonville et M. de Champigny eurent l’idée d’un festin, ne doutant pas que ce plan, réussirait mieux, Le sort des prisonniers n'était pas laissé à son choix; ses instructions, souvent répétées, étaient de les envoyer aux galères de France ; et il nous dit qu'il les a exactement suivies. Ce ne fut que lorsqu'ils pourraient lui être utiles, qu'il garda quelques prisonnicrs au pays. (Cor, gén., IX, 100.)
Ces propusitions de paix, cette “ assemblée générale ”, pour me servir de l'expression de M. de Denonville, n'avaient rien que de naturel, car la guerre entre les Iroquois et les Français, sauf quelques attaques contre les Illinois et les Miamis, leurs alliés, sur quelques points éloignés des
1 Sir James Le Moine est d'avis que parmi les plus tristes tragédies de l’histoire sont : la dispersion projetée des habitants de la Nouvelle-York, 1689, le massacre de Glencoe, 1692, et la dispersion des Acadiens, 1755. (Mém. Soc. roy., IV, 71) Deux de ces exemples ont quelque ressemblance avec le coup de Cataracouy, 1687, savoir : le massacre de Glencoe et la dispersion des Acadiens, parce qu’ils furent aussi le résultat du dol et de la fraude. La trahison de Cataracouy est encore plus odieuse puisqu'elle fut commise en pleine paix.
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Pays d'en haut, n'était Pas Commencée, Aucun acte d'hostilité ne fut Commis dans les limites du Souvernement du Canada proprement dit, avant la fin de l'été de 1687, après le fameux Coup de Cataracouy. M. de Denonville ne cesse de répéter qu’il ne commencera la guerre contre les Iroquois qu'en 168%. Il la commença par un crime. Le résultat fut une guerre atroce de dix ans, le massacre de centaines de soldats et
de l'Angleterre par le prince Guillaume d'Orange. Dès le 14 juillet 1689, la nouvelle en était répandue dans toute l'Amérique. Les Iroquois, alliés des Anglais, munis d'armes et de munitions, devinrent plus audacieux, Bref, à l'automne de 1689, tout, sans xcepter l'honneur, paraissait perdu dans la colonie de la Nouvelle-France, qui, était devenue l'objet du mépris même des Sauvages, ses alliés, Son sauvour fut le comte de Frontenac, En 1693, il était proclamé “père du peuple, Conscrvatour de la patrie ”, (Cor. Gén., XII, 411.)