‹ Une paroisse de langue française aux États-Unis [microforme]Chapitre 13 sur 29 · SOUVENIRS D’UN VICAIRE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS D’UN VICAIRE

quelques souvenirs que je vais résumer n'ont d’ailleurs rien de Persannel, rien même de subjectif ; je

eu le bonheur de vivre à Saint-Mathieu.

J'ai déjà dit quelques mots, bien courts, du fondateur et de l'organisateur de la jeune paroisse, dont la Monographie me paraît Pouvoir intéresser quelques lecteurs. Je puis bien ajouter qu’à son premier vicaire, qui ne connut Pas, comme vicaire, d’autre curé, M. le curé Laliberté apparaît toujours, non seulement comme l’homme distingué

Courtois et loyal, mais aussi et surtout comme le

servé et peu expansif de sa nature, le curé de Saint-

jeu est pourtant une âme généreuse autant que délicate, charitable et compatissante pour

toutes les douleurs et les épreuves, qu’elle sait consoler discrètement. Les paroissiens de Saint-Mathieu éprouvent justement pour leur curé une grande confiance, une sincère affection, et un grand respect. Ils savent qu’ils peuvent en tout se fier à lui ; cet homme de devoir ne leur fera jamais défaut. Comme le disait l’un d’eux, le curé sait parler et il sait aussi se taire, il sait agir et il sait attendre, il sait entreprendre hardiment et achever patiemment, il sait se faire aimer et respecter, il sait souffrir, et il sait aussi soulager et soutenir ceux qui souffrent.

Par sa parole publique mesurée et circonspecte, qui ne dépasse jamais sa pensée, même lorsqu'elle devient plus pressante et chaleureuse, M. le curé Laliberté ne montre pas seulement qu’il est un esprit cultivé et studieux, il fait aussi voir le fond de son caractère, fait de mesure, de réserve, de discrétion, tout autant que d’ardeur et d'énergie. Nous avons vu M. le curé de Saint-Mathieu à l’œuvre, aux jours où le fardeau devait lui paraître le plus dur et le plus lourd, alors que l’enthousiasme des premiers mois tombant peu à peu, la grandeur de la tâche et des difficultés apparaissait de plus en

les paiements à faire, les décisions à prendre s’ajoutaient au ministère et aux multiples organisations spirituelles et temporelles. Jamais, même alors, M. le curé ne parut impatienté, brusque, ni, encore moins, découragé, et nous nous sommes plus d’une fois demandé comment il paraissait si calme, quand il avait tant de raisons, sinon d’être inquiet,

C'est peut-être simplement qu’il fallait être calme et qu’il eût été imprudent de s’impatienter ; c'est aussi qu’il fallait que le chef donnât à ses

troupes l’exemple du Courage et de la discipline.

Et disons sans tarder, à leur louange, que les paroissiens furent dignes de leur chef et surent marcher avec lui. :

En rappelant et résumant l'impression que je garde, après dix ans, des Paroissiens de Saint- Mathieu de Central Falls, que j'ai :ssez bien connus pour les avoir visités tous plusieurs fois à domicile et pour les avoir vus régulièrement aux offices et aux réunions ordinaires de la paroisse, pour avoir fait, pendant plusieurs mois consécutifs, parmi eux, toites les fonctions du saint ministère paroissial, je ne crois pas qu’il soit facile de trouver une population plus dévouée et plus généreuse, dans son ensemble, animée d’un meilleur esprit pour seconder le zèle et soutenir l'effort de son curé.

En toutes circonstances, ordinaires ou extraordinaires, aux offices du dimanche comme aux fêtes organisées pour la paroisse, les paroissiens de Saint- Mathieu se montraient et se montrent encore, je le sais, joyeux, empressés, pleins de cordialité et de

e humeur.

C'était toujours un plaisir de les rencontrer et d’avoir à travailler avec eux, pour eux.

Il est vrai que ce bon esprit paroissial, si avantageux pour les fidèles comme pour le curé, est un peu la caractéristique de nos paroisses “ canadiennes ” de la Nouvelle-Angleterre et des États- Unis. Pour ceux qui sont venus eux-mêmes du Canada et même Pour ceux qui sont venus par leurs ancêtres, la paroisse avec son église, ses offi-

ces, ses chants, ses exercices de piété, sa prédication en langue française, c’est le souvenir de la petite patrie terrestre que l’on a quittée sans cesser

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de l’aimer, la source d’espérances qui ouvre l’horizon sur la grande patrie céleste. Pour ces Canadiens un peu dépaysés dans la vie américaine plus affairée et aussi, leur semble-t-il, plus dûre, la paroisse, où l’on se rencontre, où l’on se connaît, où l'on parle lé douce langue du pays abandonné, est comme un oasis et le curé devient à un titre nouveau, le père; l’ami, le guide, le conseiller, le défenseur, en qui l’on a toute confiance, que l’on aime, dont on est fier. Je ne crains pas de le dire, la vie paroissiale canadienne aux États-Unis est plus intime encore qu’au Canada, et le prêtre y jouit d’une considération et d’une affection encore plus confiantes.

Il est vrai aussi que la nécessité de grouper et de maintenir uni un troupeau dispersé au milieu de compatriotes de croyances et de langues différentes, un troupeau souvent entouré de tentations et de sollicitations variées, oblige le prêtre et les fidèles à rester en contact plus constant, à se mieux connaître, à ne pas se perdre de vue. Si, à cette considération on ajoute celle, qui n’est pas non plus à dédaigner, de trouver les ressources nécessaires à l’entretien et au développement des œuvres paroissiales, on comprend que dans une paroisse en formation, le curé et son vicaire, quand il en a un, fassent tous les mois ou tous les deux mois la visite à domicile de chaque famille de la paroisse. Certains paroissiens, qui ne soupçonnent pas tous également à quel point leurs prêtres les aiment et s’intéressent à eux, appellent quelquefois cette visite mensuelle la quête, mais c’est une expression mal choisie. La visite mensuelle n'est pas une quête. Les prêtres de la paroisse y reçoivent bien les offrandes qu’on leur donne et dont ils prennent soi-

&neusement note, pour la paroisse et non pour eux ; mais le but premier et principal de la visite est de connaître les paroissiens, de les maintenir groupés, de leur témoigner l'intérêt que leur portent leurs , prêtres, de connaître leurs besoins spirituels et temporels. Dans ces visites les prêtres donnent toujours autant qu'ils reçoivent, et parfois ce sont eux seuls qui donnent, sans rien recevoir. que la consolation de faire le bien.

visite du mois n’est pas toujours un

pour la tête ; elle ne l’est jamais pour les jambes, qui ont à monter nombre d’'escaliers ; mais elle est toujours un repos et une joie pour le cœur. Lors-

caires qui s'entendent bien, — avec les petites nouvelles de circonstances, qui ont bien parfois leur intérêt, — que l’on a une bonne paroisse, de braves gens bien di ane ux et généreux, et que,

ment, on compte le produit de la collecte pour l’église, en la comparant avec celle du mois précédent. Que ceux-là s’en étonnent où même s’en scandalisent qui croient qu'on peut entretenir avec rien, sans se donner des fatigues et de la peine, les œuvres multiples d’une paroisse américaine, Aux États-Unis comme en tout pays, et comme dans toute la création d’ailleurs, il est impossible de séparer le temporel du spirituel, de bâtir une église, une école, un presbytère, de un vicaire, des religieuses

arts haha 47 De

Les trois vicaires de Saint-Mathieu :

M. L'ABBÉ J.-A. D'Avours,

M. L'aBBé J.-M.-H. PHaxe

UF M. L'ABBé J. GEOFFROY

de la Providence, ainsi le veut aussi l’Église qui n’a pas imposé le vœu de Pauvreté aux prêtres séculiers ni même aux évêques. Dans une Paroisse, comme dans l’Église, les biens temporels sont secondaires, bien secondaires, comparés aux spirituels, mais

Cette digression ne NOUS a pas éloigné des souvenirs d’un vicaire : elle en fait partie.

Un autre souvenir reste bien vivant dans la mémoire du premier vicaire de Saint-Mathieu, souvenir agréable et qui dit bien lui aussi le bon esprit et la bonne humeur des paroissiens, c’est celui

que l’on pourrait appeler “ le déménagement du culte”.

gner ici et qui leur rappellera une heureuse journée. Nous avons déjà vu que les offices du dimanche de la nouvelle paroisse Saint-Mathieu avaient lieu

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64 S3AINT-MATHIEU

La bonne nouvelle, déjà pas mal connue, fut annoncée à toute la paroisse au prône des deux messes, et les hommes de bonne volonté furent invités à prêter leur concours pour transporter, après la dernière messe, les objets du culte, du gymnase à la nouvelle école.

Il en vint plus qu'il n’était nécessaire, et en moins d’un quart d’heure, tous les ornements et objets du culte, linges d’autel, éhandeliers, cierges, burettes, missel et porte-missel, pierre d’autel et vases sacrés étaient en.route, chacun portant son morceau avec joie et marchant avec allégresse, par les rues Garfield et Dexter, vers la nouvelle école. A voir partir cette singulière procession,

va donc être chez nous ”, disaient tous les paroissiens, jeunes et vieux. “ Le chez-nous sera Pauvre pour commencer, mais ce sera chez nous.” On dit que les déménagements sont en général pénibles et tristes : celui-ci fut facile et joyeux.

D'ailleurs, le nouveau chez-nous n’était pas si pauvre. Dans la salle des mansardes de l’école, sous le toit, on put installer à l'extrémité ouest un autel convenable, une table de communion, des confessionnaux, des chaises en nombre suffisant pour que tous les paroissiens eussent place aux quatre messes célébrées dès lors, chaque dimanche, pour les paroissiens bien desservis de Saint-Mathieu.

Tous ceux qui ont assisté aux offices dans cette

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première chapelle doivent en garder un doux et cher souvenir, et la douceur de ce souvenir n'est pas dû uniquement à ceci que c'était comme la première dégustation du fruit des sacrifices que l’on avait faits pour avoir une belle installation paroissiale, mais aussi à l'intimité des premières assemblées religieuses qui eurent lieu dans cette modeste chapelle.

On dit à Rome que l’on prie mieux dans les petites chapelles que dans les grandes basiliques, et il est sûr que Dieu semble se communiquer avec une

même pauvres, qui fait que les pauvres âmes y sont plus à l'aise, mieux chez elles, et comme plus près de Dieu. C'est Pour se mettre plus à notre portée, se conformer à notre nature, en même temps que Pour nous donner une lecon, que le Fils de Dieu ait homnie a voulu naître et mourir dans la sim-

près de l’autel, plus près de la sainte communion, plus près du célébrant et du prédicateur, plus près Dieu.

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Pour mieux empoigner tous ses paroissiens et pour les sanctifier en les unissant tous plus efficace-

chapelle, tout ce que son savoir et son zèle lui inspirérent pour cette bienveillante et généreuse population. Bon nombre de conversions et de retour à Dieu oublié marquèrent cette première mission, qui fut depuis lors suivie de plusieurs autres.

Ces missions ou, retraites fréquemment renou . velées contribuèrent, pour leur part, à entretenir chez les paroissiens de Saint-Mathieu l'esprit chrétien, la fréquentation régulière des sacrements, l’union et la charité entre les familles, le véritable esprit paroissial, que l’on y retrouve toujours si soigneusement conservé.

C'est pourquoi les souvenirs d'un vicaire de Saint-Mathieu sont des souvenirs de tout point agréables, auxquels ne se mêle de pénible que le regret d’avoir vécu trop peu de temps dans un milieu si bon et si symphatique.

Aussi lorsque, l’an dernier, aux fêtes du dixième anniversaire de la paroisse, les deux anciens vicaires se retrouvèrent au paisible et sympathique foyer de M. le curé Laliberté, avec leur aimable confrère M. Geoffroy, le vicaire actuel, une même douce impression se traduisait souvent dans leurs entretiens : il faisait et il fait encore bon de vivre au

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presbytère de Saint-Mathieu avec un curé si brave homme et si bon confrère, entouré d’une population de braves gens, dévoués, pleins de foi, actifs, attachés à leurs prêtres, Qui leur sont bien aisément attachés et dévoués.

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