SCÈNE I
FLORE rr EUGÉNIE.
FLORE
Tu as tort de te chagriner ainsi, ma chère Eugénie.
EUGÉNIE
Que ne puis-je l'oublier !.... l’effacer de ma mémoire pour toujours ! Oh!.... (se plaçant la main sur le cœur) je sens là que j'en mourrai, Flore.
Où l'as-tu rencontré ? EUGÉNIE, Dans le sentier qui conduit au boeage ci-près. FLORE.
Etait-il seu} ?
‘ EUGÉNIE
Non, Flore ; une jeune et jolie personne lui donnait le . bras.... sa francée, à ce que je viens d’apprendre. (à part) Oh ! Guillaume, toi à qui je pensais nuit et jour !.... Toi que j'aimais autant que ma vie !...,
FLORE
Que t’a-t-il dit, lorsqu’il L’a vue ?
EUGÉNIE
Rien du tout, ma chère ; au contraire, comme je m’avançais vers lui,” pour le saluer et lui souhaiter la bienvenue, il s’est détourné la tête. Cependant la jeune demoiselle,
s’apercevant que je m'étais arrêtée, comme pour lui parler, le lui a fait remarquer ; mais, après lui avoir soufflé quelque chose que je n’ai pu comprendre, il: a continué son chemin. Ne suis-je pas trop malheureuse, ma chère Flore ?
FLORE
Pas tant que tu serais portée à le cruire, Eugénie. Mon cousin n’est plus le même.... Ce n’est plus le Guillot d'autrefois.... Il ne reconnaît plus personne au village ; ses parents même, il les a oubliés ; et mon oncle me dit que, même en ville, il ne s’arrêterait pas un instant à causer avec un ouvrier dans la rue ; ce serait se compromettre, se dégrader. Ainsi, tu vois que tu n’es pas la seule pour qui sa vanité lui inspire du mépris.
EUGÉNIE
Serait-il si changé ?....
FLORE
Changé, ma chère ? Imagine-toi qu’il ne reconnaît plus Baptiste.
EUGÉNIE
Serait-ce possible ?
FLORE
Très-possible, ma chère ; si bien que Baptiste m’a querellée à ce sujet, et qu’il m’a laissée en boudeur.
EUGÉNIE
Tu es bien heureuse, toi ; Baptiste t’aime. Dis-moi, Flore, dis-moi ce que je dois faire.... Avise-moi, je t’en conjure. FLORE.
Oublie-le.
EUGÉNIE
C’est bientôt dit; mais comment oublier?.... Je sens
que je ne le pourrai jamais.
FLORE
Jamais !.... Oh! Eugénie, un amour tel que le tien ne se rencontre plus que dans les romans, il n’est plus de mode aujourd’hui. Jamais !.... dis-tu?.... C’est trop long... D'autant plus que je connais quelqu’un qui pourrait bien te faire oublier bientôt mon sot de cousin.
EUGÉNIE
Qui cela ?
Un beau monsieur de la ville encore...
| EUGÉNIE
| Oh! Flore, n’ajoute pas à mon chagrin par ton badinage. FLORE.
| Mais si ce n’était pas du badinage, EUGÉNIE.
Alors... je ne te comprends pas.
FLORE
| Tu re comprendras bientôt, je l'espère. M. Brown t’a-t-il No: vue ?
| | EUGÉNIE
Oui ; ilm’a parlé. Ce paraît être un excellent homme. j Mais à quoi veux-tu en venir, Flore ?.... Oh! si je pouvais seulement voir Guillaume !.... l’entretenir un instant !.... FLORE. / à Rien de plus facile ; attends-le ici.
EUGÉNIE
Je vole chez moi, et je reviens. (Elle sort.)
| oo — | SCÈNE IL.
FLORE (seule).
Pauvre Eugénie ! Elle me fait de la peine.... Oh! les Y » hommes ! les hommes !