L'évolution créatrice, p
d'une abstraction, ou comme d'une simple rubrique sous laquelle on inscrit tous les êtres vivants1 ». A elle au contraire appartient la fonction réalisante primordiale. C'est un courant bien réel qui passe de génération en génération, organise et traverse des corps, et ne s'arrête ou ne s'épuise dans aucun.
Déjà, donc, une conclusion se laisse deviner : en son fond, la réalité serait devenir. Mais une semblable thèse heurte de front toutes nos idées familières. D'où une impérieuse nécessité de la soumettre à l'épreuve d'un examen critique et d'une vérification positive.
Une métaphysique, disais-je naguère, est sousjacente au sens commun, qu'elle anime et qu'elle informe. Selon cette métaphysique, à l'inverse de ce que nous venons de pressentir, le réel en son dernier fond serait immobilité, permanence. Conception toute statique, qui voit dans Y être justement le contraire du devenir : on ne devient, semble-t-elle dire, que dans la mesure où on n'est pas. Ce n'est point, d'ailleurs, qu'elle entende nier le mouvement. Mais elle se le représente sous l'aspect d'une oscillation autour de types invariables, d'un tourbillonnement sur place. Chaque phénomène lui apparaît comme une transformation avec équivalence du point de départ et du point d'arrivée, si bien que le monde prend la figure