‹ Une philosophie nouvelle, Henri BergsonChapitre 37 sur 121 · L'OEUVRE M. BERGSON · texte numérisé non relu

L'OEUVRE M. BERGSON

tudes les principes recteurs, les formes d'intelligibilité, les critères de vérification. Et là encore c'est en empruntant à M. Bergson ses propres formules qu'on décrit avec le plus de justesse l'esprit nouveau.

Que d'ailleurs l'attitude et la démarche fondamentales de cet esprit nouveau ne soient en aucune façon retour vers le scepticisme ou réaction contre la pensée, rien ne le montre mieux que cette résurrection de la métaphysique,|cette renaissance de l'idéalisme, qui est certes un des traits les plus marquants de notre époque. Jamais sans doute la philosophie n'a connu en France un moment si prospère et si fécond. Ce n'est pas, toutefois, qu'on revienne aux vieux rêves de construction dialectique. Mais on envisage toute chose du point de vue de la vie et de mieux en mieux on tend à reconnaître le primat de l'activité spirituelle. Seulement cette activité, cette vie, on veut la comprendre et la pratiquer dans toute sa richesse, à tous ses degrés, par toutes ses fonctions; on veut penser avec toute la pensée, aller au vrai avec toute l'âme ; et la raison dont on reconnaît le poids souverain, c'est la raison chargée de toute son histoire.

Qu'est-ce là, en définitive, sinon réalisme ? Réalisme : je veux dire don de soi au réel, travail de réalisation concrète, effort pour convertir toute idée en action, pour régler l'idée sur l'action autant que l'action sur l'idée, pour vivre ce que

Le Roy. y

Ton pense et penser ce que Ton vit. Positivisme, dira-t-on : et je n'y contredirai pas. Mais positivisme combien transformé ! Bien loin de tenir pour positif cela seulement qui peut être objet de sensation ou de calcul, on salue d'abord de ce titre les grandes réalités spirituelles. En toute chose, chercher Famé, l'âme spécifiante et vivifiante, et la chercher par un effort vers cette sympathie révélatrice qui est la véritable intelligence, et la chercher dans le concret, sans dissoudre la pensée en rêves ou en discours, sans perdre le contact du corps ni le contrôle de la critique, et la chercher enfin comme le plus réel et le plus vrai de l'être : voilà, partout, la vive et profonde aspiration de notre temps. De là son retour vers les questions que jadis on déclarait périmées et closes; de là son goût pour les problèmes d'esthétique et de morale, son obsession des problèmes sociaux et des problèmes religieux ; de là sa nostalgie d'une foi où s'harmonisent les puissances d'action et les puissances de pensée; de là son inquiet désir de retrouver le sens de la tradition et de la discipline.

A ce nouvel état des esprits, devait répondre une philosophie nouvelle. Déjà Ravaisson, en 1867, dans son célèbre Rapport, écrivait ces lignes prophétiques : « A bien des signes il est donc permis de prévoir comme peu éloignée une époque philosophique dont le caractère général serait la prédominance de ce qu'on pourrait appeler un réalisme

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