‹ Une philosophie nouvelle, Henri BergsonChapitre 6 sur 121 · Préface de L'Évolution créatrice · texte numérisé non relu

Préface de L'Évolution créatrice

à la vue directe des choses par delà tous les symboles figuratifs; descente aux profondeurs intimes de l'être, pour en saisir dans leur qualité pure les pulsations de vie, dans son rythme le plus secret la respiration intérieure ; mesure, au moins, du degré où cela est possible : telle a toujours été l'ambition du philosophe; et la nouvelle philosophie demeure attachée au même idéal. Mais comment comprend-elle sa tâche ? Voilà ce qu'il importe premièrement d'éclaircir. Car le problème est complexe et le but lointain.

« Nous sommes faits pour agir autant et plus que pour penser, dit M. Bergson ; ou plutôt, quand nous suivons le mouvement de notre nature, c'est pour agir que nous pensons1. » Aussi « ce qu'on appelle ordinairement un fait, ce n'est pas la réalité telle qu'elle apparaîtrait à une intuition immédiate, mais une adaptation du réel aux intérêts de la pratique et aux exigences de la vie sociale 2 ». De là une question préliminaire à toute autre : dégager, dans notre représentation commune du monde, le donné proprement dit, des arrangements que nous y avons introduits en vue de l'action et du langage. Or, pour retrouver la nature dans sa fraîcheur de réalité jaillissante, il ne suffit pas de laisser tomber les images et concepts fabriqués par l'initiative humaine, il suffit moins encore

Page 1