‹ Une Poignée de documents inédits concernant Mme de WarensChapitre 5 sur 29 · MOREL · texte numérisé non relu

MOREL

témoin

A Bonne

témoin J Groz

ANTOINE BOUUARD PIERRE CATAGNOLE

pierre GEORGE

Et moi Notaire CoUegie dece recevoir requis ai Lu et prononcé Le présent Contenant quatre pages et une Ligne sur La cinquième outre La signature et mon verbal sur trois feuillets Led Rousseau nasigné pour les Causes cydevant, Led.

Antoine forray illiteré dece enquis

Rivoire no^

44 DOCUMENTS INEDITS

Ins. fol" 662, du 2<i livre de 1737 payé une livre dix sols à chambéry ce 22 juillet

J Chauvet.

Pour copie conforme :

BoucHET, biblioth""^.

Telle est, dit François Descostes, certifiée par l'honorable bibliothécaire de Chambéry, la copie exacte du testament de Jean-Jacques. Il est, comme on le voit, écrit iino contextu, sans alinéas ; il renferme cinq mots et une lettre rayés sans être approuvés, et deux renvois : l'un, à la première ligne, pour la date ; l'autre, à la fin du premier tiers, pour la stipulation d'acceptation de l'hoirie de François Rousseau, frère du testateur. »

En résumé, Victor de Saint-Genis a publié le texte inédit du Tabellion, tandis que la minute originale fut publiée, dès 1820, par Antoine-Marie-Thérèse Métrai, un enfant de Chambéry, qui mourut à Paris en 1839.

Les numéros du Courrier des cAlpes des 6, 8, 13, 15, 17 septembre 1876, con-

SUR M™^ DE ^YARE.\S 45

tenant le rapport de François Descostes, sont introuvables. Je crois parfaitement faire en reproduisant ses passages essentiels pour la critique historique.

Et d'abord, concernant la date du testament, voici une remarque absolument judicieuse que je renvoie aux détracteurs de Rousseau, toujours empressés de prendre l'illustre écrivain en défaut de mémoire :

(( Le livre 5^ des Co;z/êssîo;z5 comprend la période qui s'étend de 1732 à 1736. Or, le testament est du 27 juin 1737...

« Cette difficulté n'en est pas une, quand on sait que Rousseau ne conçut que longtemps après l'idée d'écrire ses Confessions. Cette idée lui fut même suggérée par Rey, ce libraire hollandais, dont il avait fait la connaissance à Genève en 1754 et qui imprima son 'Discours sur l'inégalité. Ce ne fut qu'en 1759 ^^'^^ commença à rassembler les premiers matériaux :

« Je ne sais par quelle fantaisie Rey me (( pressoit depuis longtemps d'écrire les (( mémoires de ma vie, dit-il au livre X

40 DOCUMENTS INEDITS

(( (1759-1760) Je résolus donc de

« consacrer mes loisirs à bien exécuter (( cette entreprise ; et je me mis à recueil- « lir les lettres et papiers qui pouvoient (( guider ou réveiller ma mémoire, regret- « tant fort tout ce que j'avois déchiré, (( brûlé, perdu jusqu'alors. »

(( Est-il étonnant qu'au bout de plus de vingt années, Rousseau ait pu faire une erreur de quelques mois sur la date d'un accident, qui n'avait pas eu pour lui de suites sérieuses?. . . Il suffit de voir avec quelle hésitation il parle, au commencement même du livre cinquième, de la date de son arrivée à Chambéry, — « (Ce fut, ce me semble, en 1732, que j'arrivai à Chambéry...) » — pour se convaincre qu'il a très bien pu placer dans la période de 1732 a 1736 la rude expérience de physique faite par lui, à ses dépens, en 1737.»

D'autre part, le rapport de François Descostes donne de précieuses indications sur la découverte de la minute originale du notaire Rivoire, conservée à la Bibliothèque municipale de Chambéry :

SUR :i'"^ DE WAREXS 47

(( La maison du marquis d'Allinges, qui était habitée par dame Françoise- Louise de La Tour de Wuarens, est située au faubourg Reclus de notre ville, sous le numéro 13 des inscriptions apparentes ; elle est actuellement — 1876 — possédée en indivision par M. le président Dullin et par Madame veuve Viviand, petitefille de ^L Marin, de son vivant avocat au Sénat de Savoie.

(( Celui-ci, en 1820, découvrit, par reiTct du hasard, dans le galetas de sa maison, le fascicule de la minute du notaire Rivoire, où se trouvaient le testament et la procuration de Rousseau. Ce fut par ses soins que ces documents furent remis à ^L Jean Bise, alors bibliothécaire de la ville : celui-ci les déposa à la bibliothèque, dont ils ne sont jamais sortis et où ils se trouvent encore. Le Journal de Savoie mentionna cette découverte dans son numéro du vendredi 17 avril 1820 (14 de la v^ année). M. Antoine Métrai publia, quelques mois après, à la librairie Baudoin frères, rue de Vaugirard, n^ 36, à Paris, une brochure à cette

DOCU.MENTS INEDITS

occasion, sous le titre de : Testame^it de Jean- Jacques Rousseau, trouvé à Chambéry en 1820, publié avec sa justification envers Madame de Warens. ))

Un autre document navrant de cette année 1737 est le [Mémoire au Gouverneur de Savoie, que Jean -Jacques écrivit sans doute, dit Eugène Ritter, quelques jours après avoir fait rédiger son testament. Il semble, par intuition, que ce document lamentable ait été inspiré, sinon dicté, par Madame de Warens ; je l'ai publié, à nouveau, dans mon ouvrage: La Conversion de M"^^ de Warens. Eugène Ritter ajoute : « La quittance notariée de J.-J. Rousseau pour sa part dans l'héritage de sa mère (Genève, 31 juillet 1737) et la lettre qu'il avait écrite de Genève à M™^ de Warens quelques jours auparavant; les cinq lettres dans lesquelles il raconte son voyage et son séjour à Montpellier à la fin de l'année 1737 : toutes ces pièces jettent à ce moment beaucoup de lumière sur le récit des Confessions. »

SUR M"^" de VvAREXS

En lisant, pour conclure, dans laCorrespondance de l'illustre genevois, la lettre qu'il écrivit à Lyon, en 1736, à M^'^ Serre, alors qu'il était logé chez la veuve Petit, en rue Gentil, à FEpée royale, la critique aura la preuve psychologique que, dès cette année, Rousseau n'était plus entièrement à M""de Warens. A moins que son cœur ne fût encore celui d'un enfant, Jean-Jacques devait avoir ses raisons pour chercher à s'orienter ailleurs.

Madame de Warens avait aussi fait son testament, mais dès 1734. Le i" volume de cette année, des registres du Tabellion de Chambéry, contient, au folio 734. la curieuse déclaration d'un notaire, qui certifie que M™* de Warens lui a présenté, devant six témoins, un papier cacheté, qu'elle a affirmé contenir son testament.

DECLARATION du testament solemnel de Madame de Voiran.

L'an mil sept cent trente quatre et le vingt-huit m.ars, à Chambéry, apprèsmi-

dy, dans la maison d'habitation de Madame de Vuarens, par devant moy notaire soubsigné, et présents les témoins bas nommés, s'est personnellement établie etoonstituée demoiselle Louise Françoise, fille de feu noble Jean Baptiste de La Tour, natifve de Vevay, au pays de Veaux, habitant en cette ville, laquelle a exibé à moy dit notaire et aux témoins cy après nommés, le présent papier, cousu de fil blanc, cachettés en dehors en douze endroits de son sceau en cire rouge, dans lequel elle a déclaré à moy dit notaire et susdit témoins, estre contenu son testament et disposition de dernière volonté, écrit en trois pages par elle signé au bas de chaque pages, et lequel elle veut valoir par testament, codicile, donation à cause de mort ou autrement, comme il pourrat mieux valoir droit, et l'ayant interrogé si elle vouloit donner quelque chose aux hôpitaux de cette ville ou à celluy des saints Maurice et Lazare, m'at répondu ne vouloir rien leur léguer, laquelle déclaration a este faitte à moy notaire et aux témoins nom-

SUR m"^ de WARENS 5 I

mes cy après, sçavoir M. Claude Morel, procureur au sénat, spectable Jean Claude Dubois, avocat au sénat, sieur Alexis Bouvard, de S* Nicolas de Vérosse, sieur Esprit Jourdain, de Saint André en Maurienne, sieur Antoine Brois, de la ville de Montmelliant, sieur Joseph-Marie Poncet, de S* Martin en Faucigny, sieur Etienne Definod, de S* Jean, au pays de Gex, tous habitants en la présente ville, témoins cognus et requis par ladite d^^'^ de la tour, laquelle m'at requis acte de la présente déclaration, en présence de M. François Gay, de la ville de La Roche, et d'honorable Jean FoUiet, de Bassin, près cette ville, témoins requis, touts lesquels, avec lad*''^ testatrisse,ont signés sur l'original qui est au dehors du testament resté entre les mains de la testatrisse, sauf le dit FoUiet qui est illitéré, enquis par moy notaire recevant, qui ai expédié le présent, pour l'office du tabellion, quoyque d'autre main soit écrit.

Signé Genin, notaire

DOCUMENTS INEDITS

Malheureusement, le notaire transcrivit son procès-verbal sur l'enveloppe du testament et le rendit à la baronne, de sorte que ce document précieux ne nous est pas parvenu.

La suscription de cet acte nous donne la véritable prononciation du nom de la célèbre amie de Rousseau. A ce sujet, mon spirituel et savant ami, Antony Dessaix, a dit avec raison : (( Pourquoi donc les français, qui prononcent le nom de Shakespeare comme le font les anglais, s'entêtent-ils à refuser le même honneur à la prononciation vaudoise du nom de M""^ de Warens? Ils persistent à l'appeler M"^ de Warins, et c'est de Warans qu'il faut dire. Tous les noms vaudois terminés en ens, se prononcent comme s'ils étaient écrits par ans. En attendant que je réclame à mon tour la réforme de l'orthographe française, je demande, incidemment, la rectification de cette prononciation défectueuse. »

La baronne, de son côté, veillait à ce

SUR m"^^ de warexs 53

que le gouvernement, qui la protégeait, ne l'oubliât point. Théophile Dufour, dans sa remarquable étude, Jean- Jacques Rousseau et Madame de Warens ; ?iotes sur leur séjour à Annecy d'après des pièces inédites, a publié une curieuse lettre de la baronne (( A la Reine », seconde femme de Charles-Emmanuel III. et reçue par Elle le 23 décembre 1730. Je dois à l'obligeance de ^V A.- W. Thibaudeau, 18, Green street, S'Martin's Place, à Londres, la communication d'un curieux document acheté par Alfred Morrison de Londres, lors d'une vente dirigée à Paris, le 3 décembre 1 887 , par Eugène Charavay.Cet expert, dans son Catalogue, indiquait cet autographe comme ayant été adressé par M""'^ de \A^arens à Louis XV ; en réalité, d'après le texte même, la missive fut envoyée à Charles-Emmanuel III, peu après son entrée à Milan, à la veille de ses victoires de Parme et de Guastalla. L'absence de suscription a pu induire Eugène Charavay en erreur. Voici le texte de l'épître ;

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Sire,

Je suplie votre majesté d'agréer en ces S*' fêtes, et ce renouvellement d'année les assurances respectueuse de ma profonde soumition et de mon humble reconnoissance ; je fais les vœux les plus ardents, Sire, pour que le ciel continue à répandre ses prétieuses Bénédictions sur votre majesté, et sur ses armes victorieuses, il me semble, Sire, qu'il réjaillit sur moy quelque chose de vôtre gloire quand je songe qu'au millieu des triomphes de votre majesté, et parmi le tumulte des armes, elle daigne encore se souvenir que je ne subsiste que par ses bienfaits, et ne sen souvient que pour men continuer les généreuses marques, quel cœur. Sire, pouroit être a lépreuve de tant de grâces ; pour moy jens suis si pénétrée quà peine tout mon respect peut menpecher de détailler ici à votre majesté tous les transports de mon humble reconnoissance ou du moins ceux qui se peuvent le mieux décrire ;

SUR .m'^^ de warens 55

je suis avec un très profond respect Sire de votre majesté la très humble et très obaj sente servante

EFLDe Warexs De La Tour.

Chambéry, ce 18'^ X^^e i;^^

Nous savions que Victor- Amédée II avait pensionné sa protégée, après l'abjuration. Les registres de comptabilité de l'Intendance générale de Savoie mentionnent, pendant plus de vingt-cinq ans, sans indiquer le motif de cette libéralité, le paiement des quartiers de la pension que le roi avait accordée à la baronne, par un billet royal du 18 septembre 1^26. L'original de ce billet existe encore à Turin, aux Archives d'Etat ; voici sa teneur :

sovrixtexdexza degli archivi pie.montesi

Archivio di Stato — Sez^ III — A'' ij6^-i

Estratto dal registre 5 . Patenti e Biglietti 1725 in 27, fol. 159.

(in margine) 27 novembre 1726. Francesca Ludovica De Loys di Warens.

DOCUMENTS INEDITS

— Il Re di Sardegna, ecc. —

— Alagnifico, Fidèle, ed Amato Nostro.

Ci siamo compiaciuti per degui motivi a Noi riservati di accordare un annuo trattenimento di Lire mille cinquecento d'ar-

gento da soldi venti caduno alla Dama

di Warens ;

V Ordiamo di descriverla sul Bilancio Nostro Générale per l'annuo trattenimento suddetto, e di farla gloire del medesimo ripartitamente a quartieri maturati, cominciando dalla data di questo, e continuando in avuenire fino a nuovo ordine nostro.

Tanto eseguite, e Dio vi guardi.

Alla Venaria li i8 seltembre 1726.

ViTTORio Amedeo Lanfranchi.

(Sigillate col piccolo sigillo di S. M.) Al Magnifico, Fidèle ed Amato Nostro il Marchese Ferrero d'Ormea, Consigliere e Générale délie nostre Finanze.

Ce document peut être traduit de la manière suivante :

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