‹ Une prière judéo-persaneChapitre 7 sur 7 · barliômand — faroghmand {lexique Sachau · texte numérisé non relu

barliômand — faroghmand {lexique Sachau

8. arishnômand i dans les trois textes ; arishn semble une corruption de arôdîshn [hu-rôdishn) qui traduit huruthma (Y, x, 10) et raodha [Hàdh. N. ir, 2 3).

g* vdstar-j : ici S. seul a la bonne lecture; TA, a vâsnar-j qui n'en diffère d'ailleurs que par un point diacritique (traduit giydh y herbe ; le zend vdstrem) ; B* a oçtarj,

10, tarsakdh; c'est-à-dire farnian faurdân, « obéissant » (TA,),

UME PRIBRE JUDEO-PERSANE

rieuse ; le fils populaire 1 , haut de taille, à la langue asile \ aimable, et qui fait ses prières 3 ; les amis, les voisins, les frères, les parents \ qui réjouissent le cœur; et le plaisir des saveurs h ; et une pensée qui ne désire que le bien; et tous ces biens dont tu disposes, Futilité, la gloire, le bien-être, au sein desquels tu me fais vivre, en ce monde du bien, par ton secours r \

12. Que le Paradis soit leur part! Que l'Immortalité vienne à leur âme ! Qu'ils se reposent dans le brillant Paradis! mes père et mère, mes frères, sœurs, parents, amis, coreligionnaires, qui ont été et qui sont passés. Qu'à eux tous le Paradis soït leur part !

i3. Que ce monde terrestre 7 soit leur part!

Que les bonnes œuvres de ce monde soient leur part !

i. anjamanî, qui a du succès dans l'assemblée {2. Vydkhnam, anjnmanîkY. Lxr, i3), 2, shiv hûfvdn; z&nd Khshviwrem hi^vâm, (Y. lxt, n). ?. nydyîshnômand (= farz adâ kunanda; TA.].

4. dâstdn Iiamsdyagdn [brddardn; manque dans S,] khvêslidn : répond à la série des Gâthas : Airyamart,

verej(êna % hvaetush.

5. S. et TA, lisent rdmishn khdram manishn khvêsh avdyast jrârîn ; B. supprime khdram et manishn et la rdmishn khvêsh dvdiast frdrûn « le plaisir [qui jouit] de ses

désirs honnêtes ». Ramïshn Khûram (Khàrôm) est le génie qui donne Jeur saveur aux aliments.

6. andar in gêhdn ashdya ômand (S, uashâyaomand] avîsh hddra (B. ô ash hâdare). Le dernier tenue est énigmatique : avîsh transcrit en pehlvi donne khvêsh ; hddra, comme l'observe ingénieusement M. ïachau, peut être

ir, d'autant plus que dans le Ciihrem buydt % il semble traduit par madad (Sachau, p. 8^3],

7. Qu'ils retrouvent lu haut le secours des bonnes œuvres qu'ils ont faites sur la terre !

fcM

14. Que toute chose, — de pensée, de parole et d'action, — soit sur la bonne route, sur la voie de Dieu !

1 5. Ainsi plaise à Ormazd et aux Amshâspands : ainsi et plus encore 1 Ainsi soit le désir de Dieu et des Amshâspands!

Pour peu que Ton soit familier avec le rituel juif, les lignes que nous avons soulignées dans le Namd^i Ormazd rappellent immédiatement à l'esprit les litanies de la prière du matin :

Béni soit l'Eternel, notre Dieu, maître du monde, qui ne ni a pas fait naître idolâtre.

Béni soit l'Éternel, notre Dieu , maître du monde, qui ne m'a pas fait naître esclave.

Béni soit l'Éternel 9 notre Dieu, maître du monde, qui ne m'a pas fait naître femme \

Le rapport est si frappant, non seulement dans ridée, mais dans l'expression même, qu'il est clair que nous avons affaire ici, non pas à une rencontre de deux esprits religieux agissant indépendamment chacun de son côté, mais à un emprunt historique. Nous avons ici un exemple de cet intercourse littéraire et religieux, qui s'est produit durant un millier d'années entre les Juifs et

1. Les femmes disent humblement : « Béni soit l'Eternel, notre Dieu, maître du monde, qui m'a faite selon sa volonté, n

les Perses, entre les compatriotes du second Isole et le peuple de Cyrus, et dont Thistoire, quand il se trouvera un savant capable de la faire, c'est-àdire connaissant à la fois et de première main le monde juif et le monde zoroastrien, formera un des chapitres décisifs de l'histoire des religions modernes.

Quand et de quel côté s'est fait l'emprunt ? Il faut voir tout d'abord ce que nous pouvons savoir de la date de l'une et de l'autre prière.

Le Namâ^i Orma^d ne nous est pas arrivé dans sa forme primitive: il était d'abord écrit en pefalvi, comme le sont d'ailleurs tous les textes parsis et comme le prouvent directement plusieurs des erreurs de lecture du texte (voir p. 7, n. 1 ; p. 9, n, 5 ; p. 10, n. 6), Il a été écrit sous la dynastie nationale, sous les Sassanides (226-652) ; car depuis la chute de Yezdegerd, il n'y a plus eu un seul jour où un Parsi ait pu remercier Ormazd de voir le Khôrahi Pddishâh, la Gloire de la royauté nationale, le Kavaëm hvarcno. Je ne sais si même à cette heure, la plus heureuse de l'histoire parsie depuis douze siècles, le Parsi le plus loyal. oserait appliquer cette expression à la Majesté de la reine Victoria.

Pour la date de la prière juive, je me suis adressé à l'érudition et l'amitié de M. le grand

rabbin de France, M* Zadoc Kahn, et je n'ai qu^à résumer les notes qu'il a bien voulu me fournir.

Les trois bénédictions citées forment un ensemble insère dans une série de bénédictions du même type, maïs d'un autre sentiment et d'une autre origine et qui repondent aux divers actes du réveil et du lever. Ainsi en entendant le chant du coq, le fidèle bénit Dieu d'avoir donné au coq l'intelligence de distinguer le jour de la nuit ' ; en ouvrant les yeux, il bénît Dieu qui rend la vue aux aveugles; en se menant sur son séant, Dieu qui délivre les prisonniers (au figuré) ; en s'habillant, Dieu qui revêt ceux qui sont nus, etc. Nos trois eulogiesj qui n'ont aucun rapport avec ces actes spéciaux, sont insérées après celle du coq et interrompent assez maladroitement la série ; le rituel portugais, plus conséquent, les rejette tout à la fin.

La série que nous appelons ce la Série du lever » est sortie des écoles de Babylonie : le Talmud de Babylone {Berakhot, 60 h) les attribue à des rabbins des troisième et quatrième siècles, Rab ? Samuel et Abaï : ce dernier né vers 280, mort en 338, fut placé en 33o à la tête de l'Académie rabblniquc de Pumbaditha,

Les trois eulogies qui nous intéressent sont plus anciennes et viennent de Palestine. Elles paraissent pour la première fois dans le traité Menahotj 43 bj qui les attribue à Rabbi Méir, le Tanna Pa-

î é De la le nom du coq, Sekhvi « l'intelligent »; en zend parôdarsh % « celui^qui voit d'avance », Voir Vendidad, xvin f l5 (?4), a3 (5î),

UNE PRIERE JUDKO-PERS.A.NK

lestinïen, disciple de Rabbi Àkiba, qui fleurissait dans la première partie du 11 e siècle de notre ère, « L'homme, dit R, Méir, est tenu de faire trois bénédictions par jour. Béni soit Dieu de in avoir fait Israélite 1 ; de ne nïavoir pas fait femme ; de ne m" avoir pas fait ignorant! *> Le Tosifta de Berakhoth, ch. vi, les met dans la bouche du disciple de R. Méir, R, Jehouda, le rédacteur de la Michna : « Béni soit Dieu de ne nïavoir pas fait idolâtre (gôi), de ne m'avoir pas fait femme, de ne mVvoir pas fait ignorant ! n

Au iv e siècle, un Rabbi babylonien, R. Achn, fils de Jacob, entendant son fils remercier Dieu de ne Tavoir pas fait ignorant, loi reproche d'employer une formule trop prétentieuse et la lui fait remplacer par les mots : « De ne m'avoir pas fait esclave »; c'est la forme qui a prévalu, c'est aussi la forme de la prière persane. L'origine palestinienne de cette série et sa date ancienne, qui remonte à une époque où les rapports entre Juifs et Mages étaient peu étroits, même en Perse, et où le magisnie d'ailleurs notait point encore sorti de sa longue éclipse, en rend certaine l'origine purement juive. D'ailleurs le sentiment qui l'inspire, le sentiment de fierté reconnaissante pour le don d'élection, sentiment qui inspire toute la Bible et qui ne paraît point dans rAvesta, suffirait à la marquer du sceau d'Israël. Elle a donc été empruntée

i. Israël} répond exactement à VEi\ « Irancien » de la prière parsie (voir plus haut, note 6) : ct% de Zeud airya y a passé sous la période sassanide, du sens d'Iranien, à celui du Chazdéen, le chazdéisme étant devenu la religion d'État.

ID

par les Mages, lorsque les écoles juives retirent portée de Judée en Babylonic, et si c'est vraiment Rab Acha qui lui a donné la forme moderne, qui est aussi celle qu'elle revêt dans la prière parsie, nous arriverons à la conclusion que l'emprunt a été fait entre le iv e siècle et le vn c .

Le quatrième siècle et le commencement du cinquième conviennent d'ailleurs admirablement : car c'est une époque ou les docteurs juifs ont été tout puissants à la cour sassanidc : c'est l'époque de Sapor II (^09-379), dont la mère Ifrâ Hormuzd est la protectrice attitrée de Raba et des Juifs, et dont la femme est assez judaïsante pour que les Actes des martyrs de Perse en profitent pour rejeter sur les Juifs la responsabilité des persécutions de Sapor contre les chrétiens; c'est l'époque de Yazdegerd (399-420), qui épouse la fille du prince des Juifs, le Resh-galûtâ, converse des choses de religion avec les docteurs et assimile le judaïsme à la religion de Mazda r ,

Nous avions déjà des exemples certains d'emprunts faits par les Juifs de l'époque rabbinique au mazdéisme % Nous avons ici un emprunt non moins certain des Mages au judaïsme et ainsi se trouve confirmée la vérité historique de ces lignes de l'apocryphe judéo-persan de Daniel : « Les sages d'Israël feront amitié avec eux, et apprendront beaucoup d'eux ; et eux s'informeront du Seigneur auprès des Israélites ! . » v

1, Voir nos Textes pehlvis relatifs au Judaïsme, série II.

2, Les six feux dans le Talmtid et danjF le Bundehesh,

3, L'Apocalypse persane de Daniel,

VERSAILLES, LMP,

CERF ET FfLSj 5Q, RUE DUPLESSIS,

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