Voir le Roman du Grand Roi
à son couvent elle avait signé un papier par lequel elle s'engageait de n'en plus sortir sans la permission de son mari, promettant que si elle en sortait on pourrait la renvoyer à Saragosse, ou à tel autre lieu. Mais ayant parlé avec le connétable de l'entrée de la reine, et exprimé son désir daller la voir depuis le palais de sa bellesœur, il n'avait pas fait la moindre objection.
En avait-il prévenu les Balbasès? il est probable que non, mais Marie le croyait et le bon accueil qu'elle en reçut confirma son opinion. Se voyant si bien traitée, elle résolut d'attendre là le retour de son mari de Saragosse, quand au bout de quelques jours un de ses amis vint la prévenir que Los Balbasès allait la faire enlever pour l'envoyer à Saragosse. « Sur cela, elle demanda un carrosse pour aller prendre l'air, écrit madame deVillars;on lui en donna un. Elle fait quelques tours par la ville et se fait descendre à notre porte. La voilà donc chez nous, disant qu'elle n'en voulait plus sortir et que l'on ne voudrait pas la mettre dans la rue. 11 parut qu'elle serait bien aise de voir le nonce. Nous la fîmes dîner, je lui fis de mon mieux parce que, en effet, elle fait très grande pitié d'être de l'humeur qu'elle est.
» Le marquis de Los Balbasès envoya un de ses parents pour essayer de la résoudre à retourner et à ne pas donner une nouvelle scène au public. Elle dit qu'elle n'en fera rien. Le nonce
414 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
arrive, elle le prie qu'il la fasse rentrer dans son couvent. Il répond qu'il n'en a pas le pouvoir. Une dame de qualité de nos amies, qui est la comtesse de Villombrosa dont le fils a épousé la fille de Los Balbasès, vint ici. M. de Villars et le nonce firent plusieurs allées et venues chez Los Balbasès qui promit plusieurs fois, foi de cavalier, qu'il ne serait fait aucune violence à madame Colonna pour retourner avec son mari, qu'il la priait de revenir chez lui et que l'on tâcherait de faire en sorte que le roi, qui avait récrit de madame Colonna, ne saurait rien de sa sortie ; et que si elle s'opiniâtrait à ne pas vouloir revenir, elle allait mettre contre elle le roi, son mari et toute sa famille. Enfin, Madame, il était près de minuit que nous ne savions tous que faire par les conséquences que cette pauvre créature attirait contre elle en demeurant chez nous. Mais enfin elle se résolut à s'en aller. La comtesse de Vallombrosa, M. de Villars et moi la ramenâmes chez le marquis de Los Balbasès. Sa femme et lui la reçurent très bien, mille embrassades1! »
Le marquis de Villars après cette scène jugea nécessaire d'en écrire au roi ; mais il tourna sa lettre de façon à donner tous les torts à la connétable, sans dire que les craintes qu'elle