D XX & © D
toutefois, soit que le procurateur juge l’aveu de l’inculpé comme inopérant, soit qu'il considère ce monarque, don le royaume n’est pas de ce monde, bien plutôt comme un doux rêveur que commé un rival de l'empereur, il demande aux Juifs s'ils n’ont pas à exposer un grief plus pertinent.
« Et étant accusé par les prêtres et par les anciens, ül ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : « N’entends-tu pas de combien de choses ils témoignent contre toi» ? — Mais Jésus ne répondit rien à tout ce qu'il put dire; en sorte que le gouverneur en était fort étonné !. » Luc est plus explicite: «Il l’accusèrent, disant: il pervertit notre nation etempêche de payer le tribut à César ?. » Ce dernier fait devait particulièrement toucher Pilate qui, en dehors de ses attributions de gouverneur, était administrateur financier. Quoique Luc ne nous le dise pas, il est probable qu’il fit porter ses investigations de ce côté ; la preuve en est, que, si nous ne possédons pas le récit de l'enquête elle-même, nous en avons le résultat, qui fut nul, au témoignage du procurateur lui-même. « Alors Pilate dit aux prêtres et à la foule : Je ne trouve rien de criminel en cet homme ? ». Il ne pouvait du reste pas en être autrement : quelqués jours seulement avant son procès, sur une interrogation captieuse des Pharisiens, Jésus, au milieu du temple, avait prononcé la phrase devenue fameuse : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu #. » Par conséquent les témoins qui pouvaient déposer utilement sur ce point étaient encore à Jérusalem et nombreux : l’accusation portée était trop évidemment contraire à la vérité pour qu'elle pût résister à un examen même peu approfondi.
Matthieu, xxvur, 12 à 15 ; Marc, xv, 3 à 6.
Puce 2:
Id., xxrrt, 4.
Matthieu, xxu, 15 à 22; Mare, x1x, 13 à 17; Luc, xx, 20 à 26.
sw
Les Juifs ne se tinrent pas pour battus ; ils insistèrent: « Jésus soulève le peuple, enseignant dans toute la Judée, depuis la Galilée où il a commencé jusqu'ici. » En fait, si l’on veut bien y réfléchir, cette nouvelle accusation n'était pas sensiblement différente de celle relative au non paiement du tribut. Jésus est représenté comme un nouveau Judas le Gaulonite qui, au moment de l’annexion, incitait le peuple à la révolte, lui représentant que le tribut apportait avec lui une servitude évidente et qui invitait toute la nation à reconquérir sa liberté ?. Les deux griefs sont intimement liés l’un à l'autre et repoussant l’un, le procurateur pouvait a priori ne pas tenir compte de l’autre. Il est vrai que le crime de sédition était particulièrement grave ; il tombait, au témoignage d’Ulpien, sous le coup de la. lex Julia de majestate* et pour le pérégrin qu'était Jésus, la peine, si nous en croyons le juriconsulte Paul, était la mort sur la croix : Actores seditionis et tumultus, populo concitato (c'est bien l'hypothèse prévue par Luc), pro qualitate dignitatis aut in furcam tolluntur aut bestus objiciuntur aut in insulam deportantur #.
Il est probable que Pilate, pendant la comparution de Jésus devant Hérode auquel 1il avait été renvoyé , procéda à une enquête sur le crime de sédition. Et ses recherches durent être assez importantes, prirent un temps relativement long, puisque, quand le procurateur voulut en communiquer le résultat aux accusateurs, il dut les faire quérir, ceux-ci de guerre lasse ayant quittéla place 6.
UCI
. Jos., Ant., XVIII, 1,81.
+ Ulpien, lib.7, De offic. procons. ; XLVIII, 4, Dig., fr. 1, $ 1. - Paul, lib. 5, Sent. ; XLVIII, 19 ; Dig. fr. 38, S 2.
. Luc, xxx, 7.
. Id., xx, 43,
A Or & © NO
« Vous m'avez présenté cet homme comme portant le peuple à la révolte, proclame Pilate, et néanmoins je ne l’ai trouvé coupable d'aucun des crimes dont vous l’accusez !. » C'était l'effondrement de tout le système d’inculpation des Juifs et de ce fait, Pilate tire aussitôt la conclusion logique « : Je vais le relâcher : radeuouc o5v abrèv &rokow ?. » Ce que, selon nous, il ne faut pas traduire : l'ayant fait châtier, je le relâcherai donc; mais bien plutôt, je le remettrai en liberté après l'avoir admonesté. En effet un châtiment, si minime soit-il, ne peut trouver place dans cette affaire, après la déclaration de pleine innocence que vient de faire le procurateur ; même reconnu étranger aux crimes qu'on lui reproche, Jésus peut très bien être invité à ne plus enseigner, à ne plus agir de façon à donner prise sur lui, au moins en apparence.
A l’acharnement qu'ont mis les Juifs à accuser, on conçoit que cette sentence d’absolution ne peut les satisfaire. Comme l’a dit le plus important d’entre eux, il est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple 5, et puisque Jésus a été choisi comme victime expiatoire, à toute force il faut qu’il disparaisse : les arguments n’ont pas convaincu le procurateur de cette nécessité, la violence y parviendra.
Et de fait, à peine Pilate a--t-il manifesté son intention de relâcher Jésus, qu'un cri s'élève : « Fais-le mourir # » ; et, comme pour ne laisser aucun doute sur leur intention d’aller jusqu’au bout, les Juifs, à une nouvelle proclamation d’innocence, découvrent le fond de leur pensée et
Luc, xxrrr, 15.
Te cr 10 Jean, xt, 50.
Luc xxrrr 18.
Re
déclarent : « Nous avons une loi, et il doit mourir parce qu'il s’est fait fils de Dieu !. » L’évangéliste ajoute : « Pilate, ayant entendu ces paroles, craignit encore davantage ?. » D'un mot, nous sommes mis au courant des sentiments qui se déroulent dans l'âme du procurateur : arrogant au début, il prend peur quand il a la certitude que ce procès intenté devant lui n’est qu'un trompe-l’œil, qu'il y a derrière toute une haine religieuse qui s’agite, que son rôle nest pas de défendre l'intérêt politique de Rome, mais bien, sous ce couvert, de servir des rancunes de parti. Par expérience Pilate sait jusqu'où va l’intransigeance juive en matière religieuse ; il les a déjà entendus, ces Juifs, la tête sous le glaive, crier qu'ils préféreraient mourir plutôt que de laisser violer leur loi. Et au même instant, c’est cette loi qu'on évoque devant lui; la révolution menace, il prend peur.
Dès ce moment la condamnation de Jésus ne peut plus faire aucun doute : la résistance de Pilate est vaincue. Non pas que son orgueil de Romain lui permette d’accéder instantanément aux désirs des Juifs, mais, de concession en concession, il va se laisser glisser jusqu’à la décision suprême. Tout d’abord il propose aux Juifs de faire grâce à Jésus ; ceux-ci répondent par le cri : « Crucifie-le, crucifie-le 3. » Qu'on y prenne garde : grâcier un individu, c'est le supposer coupable, digne d’un châtiment qu'on lui remet ; l’inculpé, qui a été reconnu innocent, doit être renvoyé absous, on ne lui fait pas grâce. Donc Pilate, quand il propose au peuple de délivrer Jésus, encore que par la
Eee, 7e
M dl eee
3. Matthieu, xxvir, 20 à 23; Mare, xv, 7 à 14; Luc, xx, 13 à 27; Jean, xvurr, 40.
suite il demande quel mal il a fait !, ne proclame plus l’innocence de l’inculpé, mais bien au contraire considère qu'il est digne d’une punition que, par une faveur spéciale, il consent à ne pas appliquer.
Les Juifs insistent et Pilate ne se contente plus de supposer qu'il a prononcé une condamnation ; il fait fouetter Jésus par ses soldats : « Alors Pilate prit Jésus et le fit fouetter. Et les soldats, ayant fait une couronne d’épines entrelacées, la lui mirent sur la tête et ils le revêtirent d’un manteau écarlate ?. » Et pour bien montrer que s’il agit ainsi, c’est par condescendance pour les Juifs, Pilate leur exhibe Jésus, en étendant la main vers lui et en disant : « Voilà l’homme ? », sans cesser cependant d’affirmer l’innocence de celui que, par une contradiction trop facilement explicable, il vient de faire châtier #.
Les souffrances de Jésus ne satisfont point ses accusateurs, ils recommencent à réclamer sa crucifixion ? et, comme Pilate cherche un moyen d’épargner la mort à l’inculpé 6, les Juifs mettent la dernière main à leur œuvre, en accusant le procurateur lui-même : « Situ délivres cet homme, tu n’es point ami de César, car quiconque se fait roi s’oppose à César. ‘Eùvy toïroy émoAüons, obx et pikos toù Kaioapos, ras à Baoihéa abrdy mouüiv, dvrihéyer 7 Kaloapr 7. Cette fois c'est la fin ; il ne s’agit plus pour Pilate de sauver Jésus, mais bien d'éviter une dénonciation, un blâme, une déposition même. L’égoïsme reparaît ; puisque maintenant la