MÉMOIRE SUR UNE OFFRE POUR ÉCHANGE DE DÉBENTURES
J'ai à deux reprises tenté de faire acheter les débentures de M L. A. Senécal par la Compagnie du Pacifique. Voici ma raison. Le Grand Tronc et le Pacifique étaient en conlit ; je savais que la transaction faite par M. Senécal avec le Grand Tronc faisait de lui l’allié de la compagnie, tandis que le gouvernement dont M. Chapleau faisait partie devait inévitablement soutenir le Pacifique. Il surgirait de cette opposition de sentiments, ou des désagréments entre deux amis communs, où des insinuations perfides contre l'un ou l’autre de la part des adversaires politiques ou personels. Ce sont les craintes que j’exprimai exactement en ces termes à Sir Charles
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Tupper à Londres le 2 ou le 3 de novembre 1883. Ce qui est arrivé depuis, prouve qu'il y avait bien lieu de prévoir de telles attaques. J'us.i de toute mon influence auprès de M. Senécal pour obtenir son consentement. La conclusion de ces pourparlers fut l’adoption d’un moyen terme par lequel il serait essayé un rapprochement entre le Grand Tronc et le Pacifique, car M. Senécal tout en consentant à vendre ses débentures au Pacifique même à des conditions défavorables, ne croyait pas pouvoir tout simplement abandonner un ami comme Je Grand Tronc. Il partit pour le Canada vers la fin de novembre dans l'intention d'accomplir ce programme, qui, pour une raison ou pour une autre, ne fut pas accepté de ce côté-ci de l'Atlantique. M. Senécal retourn2 en Europe et tomba sérieusement malade à Londres en arrivant, au point que, coupant court à toutes ses affaires en France, il ne put même aller à Paris et revint en Amérique avec moi à la fin de janvier. Cinq ou six jours après notre arrivée, il eut une rechute plus alarmante et ses amis crurent nécessaire de le soustraire tout à fait aux affaires pour un temps. C’est dans ces circonstances que j'allai à Ottawa, dans l'espoir de faire prendre ses débeutures par le Pacifique et de le décider à partir de nouveau pour l'Europe ou les Etats du Sud. Je soumis un mémoire à Sir Charles Tupper le 26 ou le 27 janvier. Sir Charles Tupper voulut bien se charger de le transmettre à la Compagnie du Pacifique, et me promit une réponse pour le lundi, 4 février. Seulement les résolutions accordant une avance de $30,000,000 furent connues dans l’intervalle, le 30 jadvier, je crois, et je ne retournai jamais chez Sir Charles Tupper demander de réponse pour un arrangement que M. Senécal ne pouvait plus accepter : nous étions tous contre le projet. Tout ce que je regrettre c’est que, dans l'ignorance de la mesure en perspective, j'aie inutilement troublé le ministre des chemins de fer et lui ait fait une proposition qui s’est trouvé quelques jours après tout à fait inaceptable par celui au nom de qui je la faisais.
Montréal, 20 Mars, 1884.