CONCLUSION
Mme Ellison connaissait toute l’histoire de Kitty, et le lecteur la connait aussi, moins un petit incident qui arriva le lendemain, et qui nous semble digne d’être rapporté.
La malle d’Arbuton fut transportée à l’hôtel Saint-Louis pendant la nuit, et nos amis ne revirent plus le jeune voyageur.
Quand Kitty s'éveilla le lendemain, une pluie fine et froide tombait sur les passe-roses languissantes du jardin des Ursulines, que l'automne semblait avoir frappé dans chaque feuille et dans chaque fleur.
Toute la matinée, les allées du jardin furent désertes ; mais sous le porche, près des peupliers, assises la main dans la main, se tenaient la petite religieuse grassouillette avec sa pâle et fluette compagne.
Elles étaient immobiles et paraissaient silencieuses.
La pluie froide et fine tombait encore au moment où Kitty et Fanny descendaient en voiture la côte de la Montagne, se dirigeant vers l’embarcadère, où le colonel les avaient précédées avec les malles, car ils quittaient Québec,
A mi-côte leur véhicule se trouva engagé dans un encombrement d’autres voitures qui montaient ; et le cocher arrêta son cheval pour les laisser passer.
Au même instant, Kitty vit s’avancer sur le trottoir un individu qui avait une ressemblance grotesque avec Arbuton.
C'était lui, mais plus petit, plus malingre et plus chétif.
Ou plutôt, ce n’était pas lui, mais seulement un paletot comme le sierr enveloppant un petit être autour duquel il pendait en plis flasques — une: caricature du précieux pardessus @Arbuton, ou plutôt l’article lui-même: présentanteun misérable et comique rapprochement.
— Pourquoi ce petit vaurien se permet-il de vous fixer ainsi, Kitty ? demanda Fanny.
— Je ne sais pas, répondit Kitty, d’un ton distrait,
Liindividu s'était mis à sourire et à gesticuler avec véhémence. Kitty’ se rappela l'avoir déjà vu ; puis elle reconnut le tonnelier qui avait délivré: Arbuton du chien furieux, sur la rue Saut-au-Matelot, et auquel il avait abandonné son paietot endommagé. é
Le petit étre déboutonna gauchement le pardessus, et tira d’une poche: intérieure quelques lettres qu'il présenta à Kitty, en parlant francais avee volubilité,
— Que fait il, Kitty ?
— Qu'est-ce qu'il dit, Fanny ?
— Quelque chose au sujet d’un chien féroce se ruant sur vous, et un jeune homme, brave comme un lion, se précipitant au-devant de l’animal, et vous sauvant la vie.
Mme Ellison n'était pas femme à laisser sa traduction manquer de de couleur, bien, gue.le.textene.fût pas fort remarquable sous ce rapport.
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Et lorsque l’homme eut fini :
| — Oui, dit la jeune fille en soupirant, c'était le jour de notre expédition
au lieu où tomba Montgomery ; mais je n’ai jamais su, avant aujourd’hui, ce qu'il avait fait pour moi. Fanny, s’écria-t-elle avec un sanglot, c’est peut-être moi qui ai été cruelle ! Et pourtant ce qui est arrivé hier me fait considérer comme si peu de chose le fait de m'avoir sauvé la. vie !
— Ce n’est rien du tout, répondit Fanny, moins que rien.
Mais le cœur lui manqua.
Le petit tonnelier s'était éloigné en saluant, et montait la côte, le bas du paletot d’Arbuton lui battant à chaque pas sur les talons.
— Quelles sont ces lettres? demanda Fanny.
— Oh ! de vieilles lettres appartenant à M. Arbuton, et qui étaient restées dans les poches de l’habit. Le tonnelier s’est imaginé probablement
que je les remettrais à leur propriétaire.
— Qu’entendez-vous en faire ?
— Je devrais les lui envoyer, répondit Kitty. . Puis, après une pause
qui dura jusqu’à leur arrivée au bateau, elle remit les lettres à Fanny. — Dick pourra les envoyer lui-même, dit-elle.