Une rue de tombeaux à Saqqarah
ENDANT son passage à la direction du Service des Antiquités de l'Egypte, M. Victor Loret, professeur à l'Université de Lyon, fit exécuter à Saqqarah, de 1897 à 1899, des fouilles, dont les intéressants résultats n'ont malheureusement pas été publiés. Absorbé par de multiples travaux, M. Loret n'a pas eu le temps nécessaire pour entreprendre une étude détaillée des monuments qu'il avait découverts. Nous n'en connaissons que ce qu'il a pu nous en dire dans une petite notice préliminaire, publiée dans le "Bulletin de l'Institut égyptien. Et cependant, écrivait-il, avec quelque exagération peut-être, « tout un quartier de nécropole est sorti de terre, avec ses rues, ses carrefours, ses places publiques. 11 y aura là, quand tout sera réparé, nettoyé et rendu accessible, comme un coin de Pompéi à visiter. Et ce ne sera pas, pour les touristes, le moindre attrait d'une visite à Saqqarah ».
Dix ans ont passé depuis et ce quartier de nécropole est toujours aussi inconnu. Cependant, nombreux sont les touristes qui viennent à quelques pas de là, au cours de leur visite à Saqqarah ; mais tous, parfois même des savants spécialistes, faute d'indications précises, retournent au Caire sans en avoir rien vu (i).
Pendant l'hiver 1900-1901, faisant un premier séjour en Egypte, je pus consacrer quelques heures à une visite rapide des monuments découverts par M. Loret. Celui-ci venait de quitter la direction du Service des Antiquités, sans avoir pu terminer le travail de mise en état des lieux pour assurer la conservation des ruines exhumées. M. Maspero, revenu en Egypte, ne put, devant l'amas énorme des déblais et pour d'autres raisons techniques, songer à présenter aux visiteurs tout ce quartier de nécropole. Il dut se borner à prendre les mesures nécessaires pour rendre accessibles trois monuments importants, s'ouvrant tous dans une même rue.
(1) Pendant les dix jours que nous y avons passés, à la fin de mars 1907, aucun visiteur n'a pénétré dans les tombeaux.
Mon attention avait été attirée la première fois sur ces tombeaux par M. Philippe Berger, qui, au Congrès d'histoire des religions, à Paris, en 1900, m'avait signalé l'existence, dans l'un d'eux, d'une représentation de la circoncision. Comme je supposais que la publication de cette scène et de plusieurs autres très importantes ne pouvait tarder, je n'avais pas jugé nécessaire d'en prendre des reproductions photographiques.
Revenu en Egypte pendant l'hiver 1905-1906, accompagné cette fois par mon élève et ami, le docteur Charles Mathien, de Liège, j'eus l'occasion de faire de nombreuses visites à Saqqarah et aux tombeaux Loret. Les 3 et 5 janvier 1906, nous y avons pris dix-huit grandes plaques photographiques (18 x 24), consacrées à quelques-unes des scènes les plus curieuses et les mieux éclairées. Rentré en Belgique, j'écrivis à M. Loret, qui, avec une libéralité dont je le remercie cordialement, m'autorisa à publier mes photographies, me disant que ses travaux actuels ne lui laissaient pas l'espoir de publier les tombeaux de Saqqarah comme il eût désiré le faire. Je comptais donc introduire, dans un prochain volume de mon T{ecueil des Monuments égyptiens, une série de planches consacrées aux tombeaux Loret.
Sur ces entrefaites, me trouvant de nouveau en Egypte au printemps de 1907, pour entreprendre des recherches dans la région d'Héliopolis — recherches qui n'ont d'ailleurs donné aucun résultat — j'ai pu faire un nouveau séjour à Saqqarah et compléter le travail commencé antérieurement. M. Maspero voulut bien nous autoriser, le docteur Mathien et moi, à nous installer, du 26 mars au 3 avril, dans la maison de Mariette, que M. Quibell venait d'abandonner. Je suis heureux d'exprimer ici tous mes sentiments de reconnaissance à M. Maspero pour cette autorisation et à M. et Mrae Quibell pour leur accueil obligeant à Saqqarah. Grâce à eux, j'ai pu, avec l'aide précieuse du docteur Mathien, ne pas me contenter de glaner parmi les scènes sculptées les détails les plus importants, mais bien tenter une édition complète, en photographie, de trois tombeaux de la rue découverte en 1897-1899.
Nous osons espérer qu'on ne se montrera pas trop sévère pour l'exécution des photographies. Ceux qui connaissent les lieux, et qui sont photographes, comprendront les difficultés qui se sont présentées au cours du travail ; ils nous excuseront si quelques planches leur semblent peu satisfaisantes. Tous les clichés ont été développés sur place, et quelques-
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uns recommencés lorsqu'ils nous paraissaient insuffisants. Peut-être aurionsnous dû en refaire davantage (i). Ils suffisent cependant, je crois, pour donner une idée assez bonne de l'ensemble. D'autres pourront y revenir un jour et combler les lacunes de la présente publication.
Quant au texte qui accompagne les planches, je tiens à bien préciser ce que j'ai voulu faire. Au milieu de mes travaux ordinaires à l'Université de Liège et au Musée de Bruxelles, j'aurais hésité à commencer une étude complète de trois tombeaux de l'Ancien Empire. A chaque instant se posent des questions difficiles, dont la solution demanderait de longues recherches. Fallait-il remettre aux « calendes grecques » l'édition des photographies? Je ne l'ai pas cru, d'autant que les scènes les plus curieuses des tombeaux allaient fatalement être utilisées dans les publications où elles seraient séparées de leur ensemble. Les scènes de circoncision et de massage ont d'ailleurs été reproduites, d'une manière peu précise, dans un livre du professeur Max Millier. Mon texte se bornera donc à une rapide description générale, telle que je crois pouvoir la faire, après avoir passé dix jours dans les monuments et après avoir examiné et compulsé à loisir les photographies pendant quelques semaines.
J'essayerai de présenter au public les tombeaux Loret, comme je serais tenté de le faire si j'accompagnais sur place le lecteur. Mon but sera de lui donner de ce groupe de monuments une idée un peu moins confuse que celle qu'emportent les touristes ordinaires de leurs rapides et distraites visites aux merveilles de Saqqarah.
Je ne pourrai m'occuper, comme il l'aurait fallu, des questions d'architecture, qui nécessitent une compétence spéciale. Pour éviter des complications et des retards dans cette publication, je n'ai pas jugé nécessaire de donner, en hiéroglyphes, les textes qui ne sont pas sur les planches ou qui y sont peu lisibles, me réservant de publier, le plus prochainement possible, tous les textes des trois tombeaux, avec renvois aux planches et index. Pour cela, il me faudra revoir sur place quelques passages douteux.
(i) M. Vcrstraeten, chef du service photographique du Musée du Cinquantenaire, a réalisé des prodiges en améliorant plusieurs clichés, qui auraient été insuffisants pour obtenir de bonnes planches phototypiques.