DÉDICACE
sous Duvivier, Marin et Ramezay; mais vous savez très bien que chacun de ces événements se rattache intimement À l’histoire de cette île, puisque ses principaux habitants y ont joué un rôle important, parfois décisif,
Le titre d'Une Seconde Acadie que j'ai donné à ce complément d'Un Pèlerinage s'imposait par le sujet lui-même. La colonie de l'ile Saint-Jean a disparu dans le même abtme qui avait englonti celle de la Nouvelle- Ecosse. Issues l'une de l’autre, la mère et la fille ont eu le même sort. Le même épitaphe devait marquer leurs tombes.
Le peuple acadien, dont je m'honore d’être l'ami sincère et dévoué, saisira le motif qui m’a engagé à dédier ces pages au premier sénateur choisi dans ses rangs, à un Acadien qui lui fait honneur par son mérite encore
plus que par sa position.
Québec, ce 15 août, 1893,
En la fête de l’Assomption de la Très Sainte Vierge,
Patronne des Acadiens.
De toutes les Îles du golfe Saint-Laurent. il n'en est aucune qui, sous le rapport de la fertilité du soi, de la douceur et de la salubrité du climat, soit aussi bien partagée que l'île Saint-Jean (Prince-Edouard). Cependant, malgré ces avantages, la France ne songea à la coloniser qu'après l'année 1715: c’est qu'à cette date, elle était sous le coup du désastreux traité d'Utrecht, qui lui avait fait perdre l'île de Terreneuve et sa belle colonie de l’Acadie, cédées toutes deux à l'Angleterre. Ce fut pour réparer autant que possible cette perte que la France commença à se fortifier dans l'île du Cap-Breton, et à coloniser celle de Saint-Jean. De 1720 à 1758, c'est-à-dire dans l’espace de
trente-huit ans, ils y établit un courant d’immi-
gration, composé presqu'entièrement d’Acadiens de la Nouvelle-Ecosse, qui atteignit le chiffre d'environ six mille âmes, ce qui formait une population double de celle de PAcadie, lorsqu'elle passa sous le joug de la Grande- Bretagne. Les nouveaux établissements de l’île Saint-Jean étaient en voie de prospérer et de s’agrandir, lorsqu'ils furent soudainement anéantis à la suite de la conquête du Cap- Breton par l'Angleterre. Les conquérants de Louisbourg, conduits par lord Rolle, s'abattirent sur l'ile Saint-Jean, la ravagèrent dans toute son étendue, détruisirent les moissons, brülèrent ies habitations, tuèrent ou enlevèrent les bestiaux, et jetèrent la population en masse dans des vaisseaux, dont quelques-uns étaient si mauvais qu'ils périrent en mer. Les autres furent conduits dans les ports d: France.
La fin tragique de cette colonie française, qu'on peut appeler Une Seconde Acadie, donne à son histoire un intérêt qui fait souhaiter de
la connaître dans tous ses détails. Malheureu-
sement ces détails sont rares et incomplets ; de sorte qu’il est assez difficile de reconstituer la physionomie de ce petit peuple. Ce qui en
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