‹ Une soirée à la Bastille, comédie en 1 acte et en versChapitre 5 sur 19 · I.ui-même, assurément · texte numérisé non relu

I.ui-même, assurément

Qui vous présente ici son humble compliment.

En croirai-je mes yeux, notre belle complice?

La Bastille, d'honneur! est un lieu de délice;

* El tout Paris voudra se faire ici cloîtrer.

Puisque ce n'est qu’ici qu'on vous peut admirer.

LA COMTESSE

Toujours galant, cher dne, et toujours d’humeur RICHELIEU. [folle !

Est-ce uia faute, a moi, si ma raison s'envole Quand je vous vois?

LA COMTESSE

Allons, il est toujours menteur.

boisdavy, goguenard.

Mais on ne vous croit pas, monsieur le séducteur. hicullieu, goguenard.

fin hanté de vous voir! malgré votre présence. Madame Delaunay brille par son absence.

Serait-elle malade? et gardons-nous l’espoir D’avoir aiosi que vous le plaisir de la voir?

boisdavy, brusquement.

Je n’en sais rien, monsieur.

MAGASIN T1IÉATRAL.’

MALÉZIEUX

Ce n’est pas ordinaire; On la voit rarement, mais elle a tant à faire.

Tant de lettres à lire... Et ta brièveté Du poète Chaulieu n’est pas la qualité.

LA COMTESSE

Ensuite il faut répondre, cl quelquefois la rime Du seigneur Apollon fait languir la victime;

Et surtout maintenant, depuis que MaléAeux ,

• Ne peut plus soutenir son clan vers les cieux. UALÉZIEUX.

Vous me flattez, madame; et vous faites injure...

LA COMTESSE

J'avais rru cependant trouver votre facture... Mais si l'on vous a dit de garder le secret.

Rien de mieux ; avant tout Ton doit être discret... Et l'on n’a pas souvent ce reproche à vous faire. Cher duc.

richelieu, rtunt.

Moi?... Revenons à notre grande affaire ; Elle est en bon chemin, puisque de la prison Nous voyons aujourd’hui s'élargir l’horizon;

, Nous voilà : nous causons, c'est, je crois, la préface De notre liberté; dans quelques jours, la grâce! Le chasseur va rouvrir ses perfides réseaux;

Il va rendre à leur nid tous les pctiis oiseaux... Oh! rien que d'y pcn*er, j’ouvre déjà mes ailes!

la comtesse. {belles;

Vous en avez, monsieur, pour le tourment des Oui, car vous les traitez .comme le papillon Qui confond dans son vol chaque fleur du vallon.

BOISOAV Y.

' Moi, je suis en tout point de l’avis de madame. RICHELIEU, le fixant.

C'est qu’on ne trouve pas tous les jours une femme Qu'un verrou garantit de notre trahison.'

On ne peut voltiger quand on est en prison.

BOISDAVY.

Moniteur 1...

A part.

Je voudrais bien qu'on parlât d’autre chose.

richelieu.

Je ne dis rien de mal, monsieur, mais je suppose; Car, dans une prison, en dépit du désir,

Il faut sc contenter souvent d'un seul plaisir;

Et c’est pourquoi je dis que certaine constance Ne dépend bien souvent que de la circonstance.

• 4 BOISOAV v .

C’est trop fort à la fin !

RICHELIEU

Je n’ai rien précisé, Vous vous fichez à tort, je n’ai que supposé;

En insistant ainsi, vraiment vous feriez croire...

* LA COMTESSE

Il est temps de parler de chose plus notoire, Avec méchanceté.

C’est assez supposer... Eh bien, que pensovous Qu’aprcs notre escapade il arrive de nous?

RICHELIEU

Le filet du régent a fait si bonne chasse.

Qu’il doit craindre â la lin que le filet ne casse; Voyant que le pardon vaut mieux que la rigueur,

Il sc contentera de nous avoir fait peur.

Plus Je coupable est grand, plus grande est l’indulgence ;

Le complot est signé des plus grands noms de

[France;

Ils seront épargnés, le fait est bien certain.

Alors le gros poisson sauvera le fretin.

LA COMTESSE

La duchesse, cher duc. la duchesse du Maine?

RICHELIEU

Aux jours de sa grandeur elle était trop humaine, Pour que dans la détresse elle n’éprouve pas Que les hommes parfois ne sont pas des ingrats... On a toujours pitié d’une femme jolie ;

Et douter du pardon pour vous serait folie.

Madame. •

LA COMTESSE

Ce chet duc, on le voit si galant Qu’on oublie à la fin qu'il est fort insolent! richelieu, légèrement ,

Plus d’ennui désormais! le plaisir nous appelle; Pour moi, c’est le seul dieu dont j’aime la cha-

[ pelle !

Les nuits blanches de Sceaux vont reprend re*leur Et vous redeviendrez la reine des amours, [cours, Malézieux nous fera des rondeaux, des ballades, De joyeuses chansons, de folles mascarades ;

La Moitié, Saint-Aulaire, et tant d’autres encor, A leur muse bientôt vont rendre son essor.

La belle Moniauban pourra sous le feuillage Au- vainqueur de Denairtfaire oublier son Âge... LA COMTESSE, Vite.

Pendant qu’avec sa femme, aux pied} fies oliviers. Vous irez plus gaiement cueillir d’autres lauriers.

MALEZIEUX, tira.

Pourvu que cette fois la marquise de Nesle A la pauvre Villars ne cherche point querelle,

Ei n'aille point aussi lui donner un soufflet.

Puis réparer l'offense à coups de pistolet.

LA COMTESSE

A chaque trahison s’il faut qu’elle dégaine.

Elle aura trente duels en Vnoins d'une semaine,

RICHELIEU

Vous parlez comme un ange. .. et je sais désormais pourquoi voire mari ne se battit jamais. *

MALÉZIEUX

Attrape!

LA COMTESSE

Ah ! duc, c'est mal ! •

RICHELIEU, Câlin.

Je dis cela pour rire.

Pour vous fâcher un peu, je suis dans le délire! Revoir ce gai Paris... moins gai que son régent, Qui dépense, je crois, plus d’esprit que d'argent. Et ce n'est pas peu dire! El puis toutes ces fêles Qui font battre lescœurs et qui troublent les têtes; C’est charmant, c'est divin! j’en perds, en vérité. L’esprit.

LA COMTESSE

Ah! mon beau duc, c'est de la vanité!

MALÉZIEUX

Mais noire grand projet, notre belle chimère?*

• RICHELIEU

Ainsi qu’une beauté la fortune est légèrj»!

MALéziBliX.

* .De tant débours donnés à sa combinaison.

Qu’avons-nous retiré... l'exil et la prison. . Adieu, rêve menteur; adieu, folle espérance.

Qui déjà dans nos mains faisait passer la France!

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