‹ Une soirée a la Bastille, comédie en un acte et en versChapitre 2 sur 38 · L'NE SOIUËE A LA BASTILLE · texte numérisé non relu

L'NE SOIUËE A LA BASTILLE

Le tbéâlre représente la plate- forme de la Bastille; à droite, le balcon de Richelieu. Au premier plan à gauche, celui de M^'e Delaunay; au deuxième plan à gauche, celui de Boisdavy. Table en pierre à gauche. Banc idem adroite. Pans dans le lointain.

SGEr^E I.

M''' DELàUNAY, le marquis de BOISDAVY.

m"® DELAUNAY.

Ah ! c'est vous, cher marquis ! à votre air radieux, Ai-je tort de penser que tout va pour le mieux?

BOISDAVY.

Vous n'avez jamais tort. Et je venais, madame» Pour ramener un peu la galié dans voire âme : Les nouvelles du jour m'ont permis d'entrevoir Le pardon du régent comme un prochain espoir.

Al"® DELAUNAY.

Et qu'a-t-on décidé de ma bonne maîtresse, La duchesse du Maine ?

Ah ! la pauvre duchesse, On la tient prisonnière au château de Dijon.

m"® delaunay, étonnée.

Et quel est son gardien ?

BOISDAVY.

C'est monsieur de Bourbon.

m'^"^ delaunay.

Le neveu qui se fait le geôlier de sa lanle, Ah!

4 UNESOIRÉB A LA BASTILLE.

BOISDAVY.

Je n'y pensais pas; l'aventure est piquante. m"*^ delaunay.

Vous trouvez ?

BOISDAVY.

Mais je tiens de notre gouverneur Que chaque jour pour elle on a moins de rigueur , Et que, si ce n'était l'amour des représailles, On l'eût déjà rendue aux fêtes de Versailles.

m"® delaunay.

Ah ! je respire, enfin. Et nos conspirateurs Qui sont cloîtrés ici ?

BOISDAVY.

Nos collaborateurs?

Je viens de les quitter ; Laval a Tair moins sombre, Pompadour, de flacons vide un assez grand nombre ; L'avocat Davizard fait des péroraisons , Et l'abbé Lecamus nous fait des oraisons; Barjelon des discours.

m"'' delaunay.

Malézieux?

Des charades...

m"® DELAUNAY.

Mesdames Chavigny, Montauban?

BOISDAVY.

Des roulades !

Il faut savoir enfin que l'on est en prison, Car vraiment la Bastille a l'air de ïrianon. Jusques au gouverneur qui s'est mis dans la tête De joindre à ses lauriers les palmes du poète ;

SCKNE 11. 5

Et depuis quatre jours il vous fait un quatrain Qu'il n'a pas encor pu mener jusqu'à la fin. Vous seule parmi nous vous paraissez rêveuse... Auriez- vous des chagrins?

W}^^- DELAUNAY

Oui, je suis soucieuse...

Je suis triste...

BOISDAVY.

Ah ! madame, il me semble pourtant...

M^^^ DELAUNAY

Que vous êtes pour moi l'on ne peut plus charmant,

Je le sais ; cependant, ma gaîlé s'est enfuie,

Et, malgré tous vos soins, je sens que... je m'ennuie ;

Mais le joyeux rayon de notre liberté

Va bientôt réchautfer mon ancienne gaîté.

BOISDAVY.

Ah ! cette liberté, c'est ce que je redoute; Car, alors il faudra nous séparer.

m"® DELAUiNAY, VÎtC,

Sans doute !

BOISDAVY, blessé»

Ah!

M^^ DELAUNAY

Nous nous reverrons encore, assurément, Et je serai toujours pour vous comme à présent. Mais je rentre ; à tantôt.

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