LEBRUN, MADAME LEBRUN, ANGÉLIQUE
LEBRUN, à la cantonnade.
Je vous remercie.... nous n'avons pas besoin d'être annoncés.... nous ne voulons déranger personne... Ouf! nous voici arrivés sans accident...
ANGELIQUE , à 6YT l))cre.
Je crois (fue ma robe est un peu froissée...
LEBRUN
Vous avez voulu venir eu fiacre. .l'ai bien man<iué de déchirer mon babil neuf.... un drap «superbe . (pie j'ai achelé, il y a quatre ans, à l'exposition de M. Toruaux.
MADAME LEBRUN , à AnCJtUqUt.
Cette mousseliiîe est charmante...
LEBRUN
Mais ça ne vaut rien; et quand je pense que j'ai mis là dedans un mois d'appointemens, je vois tout de suite ce que me coûterait un acroc...
MADAME LEBRUN
Soyez tranquille... on y fera attention.
LEBRUN, à madame Lebrun, montrant Angélique.
Veillez bien sur elle...; c'est sur la robe que je veux dire, {à Angélique) Prends bien garde aux militaires; ils sont très dangereux... avec leurs éperons!
ANGELIQUE
Quel plaisir je me promets !... Il y a si long-temps que je désire venir au bal...
MADAME LEBRUN , à Angélique.
C'est à moi que tu dois cela.
LEBRUN
Certainement ; car, pour mon goût particulier, j'aurais mieux aimé me coucher. On a ses habitudes... Je sais bien qu'il y a beaucoup de gens qui vont en soirée pour dormir; mais moi, je ne suis pas assez familier dans la maison.
MADAME LEBRUN
Oh! vous, vous ne vous amusez nulle part.... surtout quand je suis là. Aussi vous refusez toujours de nous mener en visite; de nous conduire dans le monde...
LEBRUN
C'est qu'il en coûte pour briller; et la première condition pour dépenser de l'argent, c'est d'en avoir.
MADAME LEBRUN
Nous n'en demandons à personne...
Non, sans doute, grâce à notre économie... Où en serions-nous sans elle.^ aujourd'hui que les denrées, les loyers sont hors de prix! Tout augmente, excepté les appointemens, qui n'ont pas fait un pas depuis 8g... et même plus loin.. .
AIR de la Chaumière.
Toujours les mêmes 1 Depuis Golbert on a vingt fois Changé les homine.s les systèmes :
Les appointemens seuls, je crois,
Restent les mêmes !
lO
Ils sont diablement slalionnaires les appoiuteiucns ! li faut donc s'imposer des privations, se vêtir modestement , se nourrir à peu près, et se loger au cinquième pour se maintenir a la hauteur du siècle!
MADAME LEBRIN.
Au contraire, il faut suivre le mouvement j;énéral. il nous portera peut-être vers (juelque chose de mieux. D'ailleurs vous avez une fille à établir; il s'agit de trouver un mari —
LEBRIN.
Mais il me semble que cala regarde plus que moi... La voilà grande et bien élevée; elle n des talens ; elle danse
comme un anp;e louche du piano comme M. Tulou...;
de plus, je lui ai fait apprendre le français comme un professeur, et l'anglais par-dessus le marché... \ous me direz ([u'une femme n'a pas besoin de posséder deux langues.... c'est vrai.... mais enfin, je lui ai fait donner une brillante éducation... Quand je dis moi.... c'est son parrain qui a payé...
MADAME LEBRCN.
Ah! oui, M. Richemont, qui après lui avoir fait de belles promesses, est retourné en Angleterre, où nous l'avons perdu.
LEBRiJN , tristement.
£t sa fortune aussi !
MADAME LEBRUN
Heureusement ma fille a des talens, et avec cela elle peut paraître dans le monde, y briller et peut être...
LEBRIN.
Il ne vous manque, pour avoir raison, que vingt mille livres de rente. Je vous les soidiaiteet à moi aussi — mais en atteiulant voilà le \^os'ïiU' {montrant iionarge)it.);iH\i\ranle francs... pour finir le mois !
MADAME LEBRIN.
Taisez-vous donc, M. Lebrun; vos discours sont d'une inconvenance !
ANGELIQUE, accourcint.
Maman!... il est ici... je viens de l'apercevoir...
LEBRUN
Qui donc?
M. llypolitc..
M. Hypoliteî
ANGELIQUE
LFBRrK. étonne.
MADAIBE LEBRUN.
Ah! tant mieux... Il nous servira de cavalier,
LEBRUN , à fart.
Je ne le connais pas, 31. Hypolite...