SCENE VIII
Rs MÊMES, MADAME VERMONT.
MADAME VERMONT
Eh ! M. Duhamel, on vous clierchu de tous cotés pour chanter le duo à'Oteiio...
DUHAMEL
Pardon, Madame; vous voyez, je m'occupe d'une petite opération financiéie avec M. Lebrun... LEBRUN , vivement.
Il me redoit dix francs...
MADAME VEi.MONT.
M. Lebrun !... Ah ! Monsieur, vous avez une fdle charmante !...
LIBRUN.
Madame certainement vous me faites beaucoup
d'honneur... {</ part.) Je ne sais pas faire les compli-
MADAME VERMONT, à Dufiamet.
Savez -vous (|ue la souscription de mon poète va bien... mais très bien... Comment donc ! tout le monde a voulu en être : il ne reste que quatre exemplaires 1
DUHAMEL
Nous les placerons, belle dame... Eh tenez! voilà un souscripteur de plus. ... M. Lebrun prendra un exemplaire !
Un exemplaire!
MADAME VERMONT
Monsieur aurait la bonté?
DUHAMEL
Pour vous plaire, RLidame, il souscrit de confiance.
LEBRUN
Permellez, je ne comprends pas...
DUHAMEL
Rien de plus simple; un enfant de la Garonne fait des vers charmans, vaporeux, romanticjues ! 11 a cinij ou six chefs-d'œuvre vu |)orlefcuille , rimmortalité dans sa poche! malheureusement elle n'en peut sortir... Pour séduire nos libraires il faut un nom ou de l'argent, et
notre grand honime en herbe n'a encore ni l'un ni l'autre.
LEBRUN
Eh bien, qu'est-ce que ça me fait?
DUHAMEL
Madame Yermont , qui s'intéresse à lui , a ouvert une souscription pour assurer l'impression du recueil... 11 reste quatre exemplaires... vous en prenez un, comme pour ma lithographie... Dix francs... pas davantage... Vous m'avez donné vingt francs: dix et dix font vingt : vingt de vingt reste zéro... c'est-à-dire que vous avez fait deux bonnes actions, que je garde la pièce d'or, et que nous sommes quittes... C'est clair!
LEBRUN
C'est très clair! mais...
DUHAMEL, vivement.
Vous voyez, Madame, que M. Lebrun est sensible.
LEBRUN
Je vous assure...
MADAME VERMONT
C'est une attention que je n'oublierai pas; je vous en sais gré.
LEBRUN , à part.
Il n'y a pas de quoi ! Adieu, ma petite pièce.
DUHAMEL, 1?as à Lehrufi.
C'est de l'argent bien placé.
LEBRUN
Oui, à fonds perdus.
MADAME VERMONT
air: Comment loge-t-on ta sagesse ?
Ah 1 vous devez être enchanté Vous avez fait une bonne œuvre, Et pour prix de votre bonté Vous aurez un petit chef-d'œuvrel
LEBRUN, d'un air embarrassé.
Madame protège l'auteur, Et l'on est forcé de souscrire A ses vers...
DUHAMEL, à part.
Oui, mais par bonheur On n'est pas forcé de les lire 1 {Haut) Mais pardon, on nous attend pour le duo... ^ladame. voulez-vous permetire. (// offre sa main à
madame Vermont.) Venez-vous m'cnlcndre cliaiilct Oteilo, mon cher camarade?
LEBRUN
Je vous remercie, mon camarade... très cher!
SCErvE IX.
LEBRUN, seul,- tn domestique.
LEBRUN
Il emporte mon argent, Otctio f et il se mofjuc de moi. C'est tout bénéfice, (avec colère.) Je vous demande un peu ! m'obliger à faire le iMécène avec deux mille francs de traitement! Aussi c'est ce Duhamel!... il m'a joué un tour, mais je veux ..
LE DOMESTIQUE, présentant un plateau.
Voulez-vous un gâteau?
LEBRUN
Certainement! [à part.) Autant de pris sur l'ennemi ! (haut.) Qu'est-ce que c'est que ça?