‹ Une soirée du Théâtre-Français, 24 avril 1841Chapitre 47 sur 125 · ACTE in, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE in, SCENE VI

Oui, nous buvons ce sang à sa source éternelle!

Mystère d'un amour que tu ne comprends pas ,

Ce sang déifié fermente sous nos pas !

11 réchauffe nos cœurs , il crie à tous : Espère !

Il ne fait point deux parts au fils du même père ,

Et vient, trésor de tous, d'un sceau d'égalité.

Sur son front rajeuni marquer l'humanité;

La sainte humanité, qui, plus forte que Rome,

Vers son but infini marche comme un seul homme;

Et qui doit désormais, l'œil fixé sur la croix,

Monter, de siècle en siècle, au niveau de ses droits.

Nous pleurons, me dis-tu, le deuil voile nos têtes.

Oui , nous versons des pleurs pour expier vos fêtes !

Nous recueillons tous ceux que ta Rome proscrit.

Pour ouvrir au malheur les bras de Jésus-Christ.

Mais toi, tes dieux sont morts, du jour où la prière

Près de vos Jupiter adora vos Tibère.

Cette fraternité de dieux si différens

Est venue encombrer vos temples de tyrans;

Et profané partout d'encens illégitimes ,

Votre Olympe a croulé sous le fardeau des crimes !

LE PRÊTRE DE JUNON

S'il pouvait s'écrouler, ce serait sur le front De ton Dieu , que du pied les miens écraseront ! De tous tes vils chrétiens le supplice s'apprête.

NÉODÉMIE.

Ciel!

FLAVIEN

Silence !

38 LK r.LADIATEUR.

ORIGÈNE

La mort , c'est là notre conquête !

Venez brûler nos chairs, venez briser nos os; Venez par vos lions relayer vos bourreaux ; Dans uu jour de repos, si son âme sommeille , Alors qu'il faut mourir, tout chrétien se réveille! En Asie, au Désert, à Thébe, en ces remparts, La palme de la mort fleurit de toutes parts : Les martyrs font germer sa semence féconde ; La mort, en nous frappant, ressuscite le monde! Tout chrétien est jaloux d'en couronner son sort : Il marche à la victoire appuyé sur la mort !

LE PRÊTRE, aui licteurs.

Qu'on l'entraîne.

NÉODÉMIE,

Arrêtez... Les palmes funéraires Qu'on prépare pour lui sont aussi pour ses frères , D'un bonheur sans péril las de subir l'affront. Pour ceindre la couronne ils relèvent le front!

FLAYIEN.

Dieux !

ORIGÈNE

Que dis-tu ?

LE TRIBUN

Sa cause est-elle donc la tienne ?

LE PRÊTRE DE JUNON

Pourquoi le défends-tu?

NÉODÉMIE,

Pouroiloi I... Je suis chrétienne !

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