ACTE V, SCÈNE IV
Mais quel serait ton Dieu , si telle était sa loi.
S'il fallait abjurer tout bonheur pour ta foi ,
S'il fallait violer les vœux sacrés de l'âme?
Ah ! je le maudirais, ce Dieu qui te réclame ,
Qui deux fois de mes bras t'arrache en un seul jour.
Qui te jette aux bourreaux palpitante d'amour !
Oui, je le maudirais!!!
NÉODÉMIE.
Ah! ce Dieu qu'on blasphème Nous protège tous deux , et s'il me frappe, il m'aime î J'ai juré de mourir , et de ce faible cœur Je sens qu'un mot de plus pourrait être vainqueur; Ne le prononce pas, ami, je t'en conjure; Car à force d'amour je deviendrais parjure. Sacrilège, peut-être... oh! non... Voyez mes pleurs. Vous, vous dont une esclave a causé les douleurs. Madame, à votre tour, montrez-vous généreuse; Avec mon Flavien soyez longtemps heureuse ; De gloire, de grandeurs environnez ses pas, Faites-lui tous ces dons que je ne connais pas; Et votre noble époux à mon humble mémoire... Ne donnera...
FAUSTINE, à part.
Tais-toi... car je pourrais te croire.
FI,AVIEN
Ne résiste plus, viens.
NÉODÉMIE.
Tous deux , que voulez-vous ?
Me perdre ?
98 LE GLADIATEUR
FLAVIEN
Te sauver.
FAUSTINE
Mais il est ton époux ; Comprends-tu, ton époux?... ce nom , je le lui donne Tous mes droits à son cœur, je te les abandonne; Faustine , si longtemps placée entre vous deux , De sa puissante main resserre tous vos nœuds : Faustine vous unit!!! Tout l'air que je respire, Mes trésors, mes autels, mes aïeux, mon empire, Le titre plus aimé de mère de César, Moi , je donnerais tout pour n'avoir que ta part , Pour être à ses genoux son amante adorée ! Que dis-je , comme toi l'esclave préférée ! Pour tenir tout mon sort de lui, de son regard... Pardonne-moi, mon fds, cet instant de retard... Sauve-le... prévenons le funeste miracle; Je ne crois pas aux dieux et crois à leur oracle.
NÉODÉMIE.
Mon père est dans les fers.
FLAVIEN
Ton père nous suivra...
NÉODÉMIE.
Ah ! c'est trop de bonheur, Dieu me pardonnera.