‹ Une troupe de comédiensChapitre 27 sur 54 · Et parmi cette petite troupe il y avait plusieurs · texte numérisé non relu

Et parmi cette petite troupe il y avait plusieurs

personnages importants de Cesarée : le marquis de P'iasquesac, le baron de Saint-Cucufa et le chevalier de la Hure-sur-Pistache, tous à cheval comme Paul, et portant sous le bras des affiches blanches.

6. Et comme on approchait de la ville, il arriva tout à coup qu'une colonne de lumière venant du ciel barra le passage à la petite troupe.

7. a Qu'est-ce que c'est que cela? s'écria Paul; cela sent horriblement le barége ! »

8» Et son cheval se mit à trembler sur ses quatre jambes; et le marquis de Flasquesac, chancelant sur ses etriers^ murmura : « Je la trouve mauvaise ! »

9. Alors une voix sortit de la colonne de lumière et prononça ces paroles: « Paul, Paul, pourquoi me persécutes-tu?»

10. La petite troupe, épouvantée, manqua de se flanquer par terre, et Paul se dit : « Cette voix m'appelle Paul; est-ce à moi qu^elle s'adresse ?» Et il répondit: a Qui es-tu, toi que j'entends et que je ne vois pas ? »

1 1. a Je suis la République, » lui dit h voix, « la République que tu ne cesses d'outrager et de menacer; repens-toi, Paul, il n'est que temps I »

12. Mais Paul, dont la sueur inondait le front, entra dans une grande colère et dit à la voix : « Va te promener ! »

i3. Au même instant un bruit semblable à un coup de tonnerre le renversa tout de bon de son cheval, et il roula dans la poussière, aux yeux stupifaits de ses compagnons.

14. « Ah çà! c'est donc sérieux ? » grommela Paul en essayant de se relever : mais il ne put le faire, étant

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moulu dans toutes les parties de son corps, absolument comme s'il avait reçu une forte raclée.

i5. Cependant la voix continuait de répéter sur l'air des Lampions : « Repens-toi ! repens-toi ! »

i6. Et Paul, tout honteux, finit par s'avouer vaincu et dit : « Voyons, pas de bêtises; aide-moi à me relever et je ferai tout ce que tu me diras de faire. »

17. « Tu crieras : Vive la République î ordonna la voix. — C'est raide, répliqua Paul, mais je tâcherai d'y arriver. — Tu iras partout et tu confesseras la foi démocratique. — Allons! » dit Paul, résigné.

18. Pendant ce temps-là, le marquis de Flasquesac, le baron de Saint-Cucufd et le chevalier de la Huresur- Pistache cherchaient à le dégager de dessous son cheval; il se laissait faire, tout étourdi et les yeux démesurément ouverts.

19. Et le chevalier de la Hure-sur-Pistache se disait : a Je ne l'aurais pas cru si taffeur quQca. »

20. Et l'ayant pris sous un bras, tandis que le baion le prenait sous l'autre, ils essayèrent de le remettre en selle, avec de petits mots encourageants* tels que : a Hue, mon bonhomme ! »> et « Houp-là, mon grand Paul ! »

21. Mais Paul ne bougeait non plus qu'une souche, et ils se virent obligés de continuer à pied leur voyage pendant lequel il leur fut impossible de tirer autre chose de Paul que ce seul mot : « Epatant ! »

22. Ce ne fut qu'en arrivant aux portes de la ville qu'il parut sortir de sa léthargie.

23. Et alors, au lieu de balbutier : « Tabac ! tabac I » ainsi que ses amis s'y attendaient, Paul s'écria d'une voix reteniissanic : « Vive la République! »

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