SCÈNE XII
LUCILE
AhI mon Dieu!... si ce monsieur revenait!...
TROPHIME
N’ayez pas peur... il flâne sur le jwnt des Arts.
Et votre marraine?
TROPHIME
Aussi.
LUCILE
Tiens, pourquoi faire?
TROPHIME
Je ne sais pas... Ils prennent l'air.
LUCILE
Mais il pleut!
TROPHIME
Alors, ils prennent l’eau ! ( II ouvre la malle comme on onvre un piano.) Et la partition?
LUCILE, cherchant.
Le premier cahier venu.
TROPHI.ME, qui fouille dans la malle et lance au dehors un ou deux vêtements. )
En voici un dans les nippes du locataire, (ii s^assied près de la malle.)
LUCILE
Mais c’est très-indiscret!...
TROPHIME
Tiens! qu’est-ce que c’est que ça? (Lisant sur la couverture.) « Pour n’ètré imprimé que cent un an après ma mort. » Oh! oh!
C’est un auteur ce vieux monsieur? (voyant qn’il va tourner le feuillet. ) Ne tournez pas.
TROPHIME
Rien qu’un feuillet, fii tourne et ut.) « Histoire intime des « vieilles lunes de miel d’un bonnetier retiré.» Oh T oh! ça doit etre grivois!...’ (il va pour tourner la page.)
LUCILE
Ne tournez pas.
TROPHIME
Rien qu’un feuillet... (ii tourne et ut.) «Première lune. Com- « ment le jeune Endymiun fit la connaissance de la belle Üi- « dine...» Hein!... Didine, Endymion! (ii se lève.)
LUCILE
N élisez pas ..
TROPHIME, vivement.
Mais sij!... ça m’intéresse au dernier point!
LUCILE
Comment !
TROPHIME, vivement.
Didine, c’est ma marraine!... Endymion c’est mon parrain.
LUCILE
Le locataire!...
Quelle trouvaille!... (il lit 'vivement et sans respirer.) « ColTiment le « jeune Endymion,qui était enldo par hasard à Saint-Jacques'- « du-Haut-Pas , y fit la connaissance de la belle Didirie, en « tenant, avec elle, sur les fonds baptismaux, en l'absence du
« parrain qui n’arrivait pas, un nouveau né fort laid »
Malhonnête! /
LUCILE
Comment, c’était vous?
TROPHIME
C’était moi... mais j’ai changé depuis ce jour-là... Comment, ce vieux était mon parrain! O hasard ! comme ça se trouve! je l’ai envoyé à son ancienne lune.
LUCILE
Où ça?
TROPHIME
Sur le pont!... ils vont s’expliquer... se reconnaître!... 11 est riche!.., il me dote... et je vous épouse, (ii l’embrasse.)
LUCILE
Ah ! j’entends monter !
TROPHIME
Ce sont eux!... enchantés l’un de l’autre!... jetons-nous dans leurs bras!... (il s’élance vers la porte. — On entend le bruit d’une violente querelle sur l’escalier.)
VOIX DE BOISFLOTTÉ, irrité.
C’est une abomination! une indignité! une persécution!
Ils se sont refàchés!
LUCILE
Cachons-nous! (Bile court à l’armoire.)
TROPHIME, voulant la suivre.
Oui, cachons-nous !
LUCILE
Monsieur, je vous défends d’entrer chez moi ! (Bile lui ferme la
porte au nez.)
TROpHIME, ne sachant où se fourrer.
Oh !.. (.^u moment où la porte s’çuvre il se jette sur le lit dont les rjdeaux sont fermés.)