‹ Une vieille seigneurie, Boucherville [microforme]Chapitre 50 sur 90 · JAS · texte numérisé non relu

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une ou deux petites chapelles servant de reposoir dans les processions du Saint-Sacrement. L'une d'elles, la chapelle du Mont-Carmel, due à la piété de Mile Louise Boucher de Montizambert, avait tenu lieu d'église pendant les cinq mois qui suivi-

rent l'incendie de 1843

1 ‘Mille Louise Boucher de Montizambert, qui avait pour Notre- Seigneur Jésus-Christ au Très-Saint-Sacrement de l'autel un amour très ardent, avait fait bâtir cette chapelle tout à côté de sa maison pour servir de reposoir à son cher Jésus, dans les processions de la Fête-Dieu, Toute son ambition se bornait là, et elle ne pensait pas qu'un jour on serait obligé d'y célébrer le Saint-Sacrifice. Ce fut donc pour elle une ample rémunération de ses peines et une immense consolation pour son cœur, de pouvoir dans sa vieillesse, et alors que de nombreuses infirmités la retenaient clouée sur son lit de douleurs, entendre de sa maison la sainte Messe qui se disait dans la chapelle, œuvre de sa foi et de sa générosité.

“ Soupirant depuis longtemps après le bonheur de s'unir r ur ‘oujours à Jésus, elle vit arriver la mort avec calme et tranquillité. Le jour de l'Immaculée-Conception, une nièce était allée la voir, elle lui exprima le désir qu'elle avait de communier: ‘Ce n’est pas possible à présent ; plus tard vous communirez, ma tante.”—" Je suis capable d'attendre jusqu'à dix heures, jusqu'à onze heures, s'il le faut.”—"Plus tard, mais pas aujourd'hui, ma tante, ce n’est pas possible, M. lc curé est trop occupé.”—" Quand donc, s'écria-t-elle alors en levant ses regards vers le ciel, quand donc, à ma fête bien-aimée, irai-je te célébrer au ciel?” Le 16 décembre 1843, elle rendit à Dieu sa belle âme, laissant une mémoire en bénédiction parmi ceux qui avaient été témoins de sa vie toute sainte et toute remplie d'œuvres de zèle et de charité, Elle était âgé de 86 ans.” (Annuaire de Ville-Marie, p. 288.)

Mille Marie-Louise de Montizambert était l'arrière-petite-fille du sieur Pierre Boucher. Son grand-père, Jean-Baptiste B. sieur de Niverville eut sept enfants, dont l’un, Pierre-Louis de Montizambert, épousa une orpheline allemande, Mlle Charlotte-Caroline Hate, dans les circonstances extraordinaires que voici, telles que relatées par Mme Charles Taché : ‘ Le père de cette demoiselle, était venu s'éta- “blir sur les bords de la Belle-Rivière, où s'est élevé depuis Platts- “burg. Il y vivait paisible et heureux au milieu de sa famille, lors-

M. Lussier voyant tomber en ruine la dernière de ces chapelles, profita de l’occasion pour en élever une qui, servant au même usage que l’ancienne, serait en même temps un monument à la gloire du Cœur de Jésus et un encouragement efficace à la dévotion, qu'il voulait implanter dans sa paroisse. Ce prêtre zélé était heureux de donner à Notre-Seigneur un témoignage permanent de sa reconnaissance, là même où son enfance et sa jeunesse avaient éprouvé ses plus signalés bienfaits. Sa foi ne lui permettait pas de douter de la réalisation des promesses de Jésus, dès qu'il aurait rempli les conditions exigées par son divin Cœur. Il savait qu'à la bienheureuse Marguerite-Marie, Notre-Seigneur promit un jour, dans une révélation: “que tous

ceux qui seraient dévoués à son Sacré-Cœur ne pé-

“que tout-à-coup les Sauvages vinrent fondre sur son établissement, “le tuèrent, lui, son épouse et plusieurs de ses enfants. Charlotte- ‘ Caroline échappée au massacre avec deux de ses sœurs, fut emme- ‘““née er captivité. L'ayant rencontrée providentiellement, M. de “Montizambert fut tcaché de son malheureux sort. Il l'acheta des ‘barbares et la fitinstruire. Elle pouvait avoir alors quinze ans, ‘“ Lorsqu'elle fut grande et catholique, son bienfaiteur l’'épousa.” Des cinq filles nées de ce mariage, deux, Milles Marie-Louise et Maric- Anne ne se marièrent point, et firent durant toute leur longue vie l'édification des citoyens de Boucherville, Une de leurs sœurs mourut en 1803, une autre épousa M. Piedmont de la Bruère, Mlle Charlotte. Sophie épousa M. Joscph-ignace Boucher de la Broquerie, grand-père de Mgr Taché,

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riraient Jamais, et que, comme il est la source de toutes les bénédictions, il les répandraiït avec abandance dans tous les lieux où serait posée l’image de cet aimable Cœur pour y être aimée et honorée ; et que, par ce moyen, il réunirait les familles divisées, et protégerait celles qui seraient en quelque nécesaber 0

Obtenir pour une paroisse la réalisation de telles promesses, c'est lui faire le plus inappréciable des dons. Et nous croyons, de toute la foi que nous avons dans les paroles de Jésus-Christ, que soucherville est pour Lui un lieu de plaisance, depuis le jour où son divin Cœur y a son sanctuaire. Nous croyons que la paroisse où n’est pas seulement posée son image, mais où des milliers de communions et de saints sacrifices sont offerts en son honneur, où des âmes pieuses réparent constamment l'indifférence et l’ingratitude, dont ce Cœur brûlant d'amour est l'objet, de la part des hommes; où de nombreux pèlerins viennent de toutes parts manifester publiquement leur foi et se consacrer à Lui, nous croyons dis-je, selon la promesse du Sacré- Cœur, que cette paroïsse ne périra jamuis.

En bâtissant une chapelle :t en établissant

la dévotion au Cœur de Jésus, M. Lussier se

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proposait avant tout de préserver ses paroissiens des maux, qui afligent presque tous les chrétiens de nos jours et contre lesquels Notre- Seigneur a révélé, dans ces derniers temps, les trésors de son Cœur. Il comprit qu’elle est le remède efficace aux plaies qui rongent toutes les classes de la société, la dévotion nécessaire à nos misères, à notre indifférence, à notre sensualisme, à nos impiétés, à nos profanations. D'ailleurs, en propageant ainsi cette dévotion, il ne faisait qu’entrer dans le mouvement qui la répand, depuis plusieurs années, avec une merveilleuse rapidité.

Il fut généreusement secondé dans son œuvre.

La charité d’une pieuse veuve, Mme Louis Jodoin, lui ofirit le vaste emplacement où s'élève la chapelle, à l'extrémité est du village ; et elle joignit à ce don la somme de cinq cents piastres. Elle eut un grand nombre d'imitateurs.

Aucune souscription ne fut imposée; l’œuvre entière a été le produit de la cotisation volontaire des fidèles de la paroisse: c'était une œuvre de charité ; on laissa la charité indiquer à chacun la part qu'il devait y prendre.

Lorsque M. Lussier se fut assuré des généreuses dispositions des paroissiens il sollicita de l'évêque

La sieur

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ois- de Montréal, l'autorisation de commencer les tra- \ré- vaux, Mgr Bourget répondit à sa demande par la tre- lettre suivante :

les À Monsieur,

» re- | s les “Je vous permets, de l'agrément de M. le Curé, , nos de faire construire, dans le village, au lieu jugé le me, à plus convenable, une chapelle qui pourra servir aux rs, en processions du St-Sacrement et aux réunions des ju'en- différentes Congrégations établies dans la paroisse, lepuis “ Vous pourrez faire appel à la générosité de la ité. paroisse pour subvenir aux frais de construction, et euvre. vous pourrez faire de cette chapelle un monument Jodoin, de jubilé.

apelle, ‘“ Je suis bien sincèrement,

ce don Monsieur,

grand Votre très humble et obéissant serviteur,

“+ Ia, Év. de Montréal.”

"œuvre ontaire “M. P.-E. LUSSIER, ptre de re de “ Boucherville.” cun la La permission de bâtir étant donc accordée, pluéreuses sieurs dames de la paroisse formèrent aussitôt un

évêque comité, pour l’organisation d’un bazar, pour quêter

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à domicile et exciter dans toutes les familles la charité en l'honneur du Sacré-Cœur !, Leur dévouement fut admirable et couronné de succès,

Le R. P. Michaud, C. S. V., fut chargé de tracer le plan de la chapelle ; d'habiles ouvriers le mirent fidèlement à exécution.

La bénédiction de la première pierre eut lieu le 10 septembre, 1876. M. l'abbé Croteau, directeur du collège de Varennes, off-ia, assisté des RR, MM. F.-X. Bourbonnais et M. Valois; M. Alexis Pelletier prêcha le sermon de circonstance.

Dans sa simplicité, ce petit édifice est élégant, surtout depuis les nouvelles décorations, dont M. le curé Primeau 2 fait revêtir ses murs et sa voûte, Il mesure dans œuvre 60 pieds de longueur et 25 de largeur. Les murs sont en brique; un petit clocher surmonte la façade et s'élève à une ving-

taine de pieds au-dessus du faîtage, La voûte

1 Le bazar fut organisé par les dames de l'association de la Sainte- Famille: Mesdames Narcisse Larrivée, F.-X, Robert, Edouard Malhiot, Henri Jodoin, Louis Norrïnandin, Octave Peltier, Désiré Réland, Nicolas Hogleman, veuve Laforce, Toussaint Bénard, Constant Normandin, Louis Lacoste, Remi Charron, Alphonse Carmel, Étienne Lussier, Alcidas Renaud, Alfred Huet, Ferdinand Lamoureux, Pascal Vinnet, Napoléon Dulude, Louis Racicot, Louis Lussier, Gilbert Bénard, Toussaint Daigneau, Louis Jetté, Azarie Messier, Joseph Savariat, veuve Louis Sicotte, Emery Lalumière, Narcisse Dalpé, Adolphe Dulude, François Audet, Joseph Daigneau,

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n’est d'abord, des deux côtés, qu'un plafond uni, à angle droit avec les murs ; au milieu, elle s'élève en plein cintre entre les deux rangées de colonnes qui la soutiennent, Quelques suiets symboliques v ont été peints à fresque. Les deux autels latéraux sont dédiés à sainte Anne et à saint Joachim, et on a respectivement placé sur chacun d'eux la statue de ces deux saints. Celle du Sacré-Cœur surmonte le maître-autel ; elle est presque de grandeur naturelle ; sa pose sur l'autel, l'élévation et la forme de l'autel lui-même, rendent faciles et du meilleur effet, les parures qu'y font les sœurs de la Congrégation, aux jours des grandes solennités et pour les pèleri-

nages du mois de juin.

Le 2 juillet 1878, M. le chanoine Lussier vint de Montréal, sur la délicate invitation de M. le curé,

bénir la chapelle et y célébrer la première messe.

Ce jour-là même, le R. M. Picard, P. $S. $S., conduisait en pèlerinage au nouveau sanctuaire les Petites Servantes des pauvres, dont il était le directeur. Nous citons la lettre par laquelle Mor l'évêque de Montréal l'y avait autorisé, parce qu'elle ne renferme pas seulement une approbation,

mais un encouragement donné à ces pèlerinages ct

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le désir de Sa Grandeur, de voir se répandre de plus

en plus la dévotion au Sacré-Cœur.

“ Montréal, 22 juin 1878.

Monsieur,

“J’autorise bien volontiers ce pèlerinage en l'honneur du Sacre-Cœur de Jésus, que vous devez entreprendre avec les petites servantes des pauvres du Saint-Nom de Marie.

“ Propager la dévotion au très saint et très adorable Cœur de Jésus, c'est une œuvre qui mérite très certainement l’encouragement et l'approbation d'un évêque. Aussi, je vous félicite sincèrement d'inaugurer cette ère de pèlerinages au Sacré-Cœur dans la nouvelle chapelle, que les paroiss'ens de Boucherville ont élevée à la gloire de ce saint Cœur, eb au prix de sacrifices qui les honorent.

“ Vous prierez ce divin Cœur qu’il bénisse l'évéque de Montréal «t le vaste diocèse dont la Providence lui a confié l’administravion.

“Je vous accorde de tout cœur, ainsi qu'à vos pieuses pèlerines, la bénédiction demandée.

“ Je suis bien sincèrement, Monsieur, Votre très humble serviteur, “+ Epouarp Cns, Év. de Montréal.” M. E. PrcaRp, P. $.S$.

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