LE BARON , AMÉLIE , CRESCENDO
CRESCENDO
Oui , Signora , de l'Aine, don sentiment , de la méthode t: de la voix ; voila lout ce qu'il faut pour lamousique italienne* et vous possédez toui cela dans la perfection.
AME! IE
Je crains que votre écolière ne vous fasse pas honneur.
CHFSCENDO.
Point du tout. Il n y a pas, à dix lieues à la ronde, oune de nos ledys qui puisse soutenir la comparaison.
Savez-vous , signor Crescendo , que je m'étonne toujours de voir un talent tel que le vôire , rester en Angleterre.
CRESCENDO
Que voulez- vous ?
Air : Un fwmtne , pour faire un tableau.
Sur 1rs beaux-aits et I<s talons Peu de gloiie ost ici se race ; Paris seul dispense on tout terrw Les palmes d c la Renommée.
Dos talons faits pour l'illustrer, Il en l'asylc tutélaire. . . i Kn IVance on sait les admirer j Mais on les paye en Angleterre.
D'ailleurs, le grand homme est de tous les pays. . . J e vous
réserve aujourd'hui un petit air d'opéra que j'achève dans ce moment.
Barhar amor ! crudel tyran !
Car je compose, tel que vous me voyez ; ce qui ne m'empêche point d'aller à droite et à gauche , donner des leçons dans le» châteaux voisins.
LE BARON
J'entends : / virluosi ambulanti.
CRESCENDO-
C'est cela même. Je déjeûne le matin à Bedlam , je dîne à Southaryck , et je soupe à Tudor-Hall : le génie mange partout. Moi , je ne suis pas fier ; et jatfectionne surtout votre château . m on sou le Baron. Quoique Français , vous savez apprécier le macaroni; et Ton trouve ici, les égards, les attentions, une voix délicieuse , une couisine française et une mousique italienne. C'est un séjour enchanté.
LE BARON
Je suis charmé qu'il vous plaise. . . Mais, est-ce que nous ne continuons pas la leçon?
CB.ESCENDO.
La Signora a l'air fatigué ... Je vais , avant le dîner , revoir la romance que votre charmante nièce m'a permis deloui dédier. Un mot encore : comment mettrai- je pour la gravoure? A madame , ou à madamigelle ?
LE BARON
Qu'est-ce que cela fait?
CRESCENDO
Oh ! c'est très-essentiel . . . Voyez-jvous , en gros caractères :
dédié par son très-humble serviteur Crescendo... à... et
caetera, et cœtera.
Air : Vaudeville du Printems.
Que j'inscrive ici votre nom !
Du succès je réponds d'avance !
Et vous regarde avec raison Comme l'auteur de la romance.
AMÉLIE
C'est l'être à bou compte ^ en effet.
CRESCENDO
Eh ! mon Dieu , que d'autres , je gage , Qui sont auteurs , et qui n'ont fait Que mettre leur nom à l'ouvrage.
Mais il v a une difficulté : c'est que depuis un mois que je donné ^leçons à la Signora , je n'ai pas encore pu savoir si elle était madame ou madamigelle.
LE BARON
Etait-ce bien nécessaire à connaître, pour lui enseigner des roulades et des cadences ?
CRESCBNDO.
Noullement , et je vous prie d excouser mon indiscrétion.
LE BAI ON
Ce n'en est pas une; et vous pouvez mettre hardiment. . .
CRESCENDO
A madamigelle. . .
LE BARON
Au contraire. . . à madame, madame la comtesse Amélie.
crescendo.
Ali! madame !. . c'est différent. . . Je m'en étais toujours douté. . . C'est qu'il est étonnant que nous n'ayons pas encore vou monsieur le Comte. 11 doit s'estimer bien heureux, monsieur le Comte !.. et il faut que Madame se soit mariée bien jeune. . . Mais, pardon... C'e&t que, voyez-vous, l'amour et la jeunesse . . .
L'amor è la gioventù . . .
J'ai un rondeau l't-dessus. (se frappant le front.) Attendez: t'est la fin de mon grand air... Depuis deux jours je la guettais.
Crudel tyran !.. ah ! ah ! ah ! ah !
J'y suis : je cours profiter de l'inspiration.
AMÉLIE
Prenez garde qu'elle ne vous mène trop loin.
crescendo
Soyez tranquille : je ne passerai pas l'heure du dincr.
( // sort en chantant et en gesticulant. )