I. E B au on
C'est qu'en effet, il y a de quoi s'étonner.
AMÉLIE
Eh! pourquoi donc, mon oncle? Je trouve tout naturel qu'un mari reste éloigné de sa femme.
LE BARON
Ouï \ mais qu'il y reste pendant huit ou dix mois ? On m'a assuré , cependant , qu'il taimait éperdûment.
AMÉLIE
Mon oncle , vous n'étiez pas à Paris lorsqu'on m'unit a monsieur Alfred de Roseval!... ainsi vous ne pouvez savoir....
LE BARON
Non , mais sans le connaître , je sais que c'est le plus étourdi , le plus aimable et le plus brave de tous les officiers français.
Un véritable enfant, qui se croyait le plus heureux des hommes quand il était paré de son grand uniforme, ou qu'il
montait son cheval de bataillé et qui aurait tout sacrifié
au bonheur de passer son régiment en revue !
LE BABON.
Vrai?.... eh bien! il me semble impossible qu'un homme comme celui-là ne soit pas charmant.
En vérité , mon oncle , vous me donneriez de l'humeur î
LE BABON.
Non mais avec un tel caractère on doit être gai,
franc, incapable de tromper; on doit aimer sa femme, et quoi que tu en dises , il faut qu'il y ait un peu de ta faute , et tu ne m'as pas tout avoué ?
AMÉLIE
Moi, mon oncle! grands Dieux! si on peut dire!.......
soyez notre juge!.... On nous maria il disait qu'il m'aimaitt
je voulus bien le croire; ils le disent tous , et Ton est convenu de ne pas disputer là-dessus! Pendant huit jours, je dois pourtant lui rendre cette justice, il parut beaucoup plus occupé de moi que de ses chevaux, et même de son uniforme!.... Il fallut partir pour une mission importante.... il en fut désolé, rien n'égala sa douleur ; moi-même, par compassion, je daignai
en être touchée ! Au bout de huit jours, il devait m écrire
quinze se passent; enfin la lettre arrive; elle a été retardée par une foule d'événemens plus ou moins extraordinaires.... vous
sentez qu'on n'est pas dupe de tout cela Je réponds tres-
iroidement On me récrit; mais d'un ton vous eu auriez
été indigné. Je ne réponds pas, comme vous vous en doutez
bien J'attends qu'on me fasse des excuses........ qu'on me
demande pardon..... eh bien! point; un mois, deux mois
se passent; aucunes nouvelles vous sentez que, ma vie
Xi)
en eût-elle dépendu, je ne serais point revenue la première. A cette époque, tous passez en France; vous me proposez
de quitter Paris, dont le séjour me paraissait insipide de
venir habiter, avec vous, un château que vous ayez au bord de la Tamise, près du nouvel établissement de Bedlam. ......
J'accepte avec joie et c'est dans cet asile enchanteur, au
sein des arts et de l'amitié, que vous croyez que je puis
conserver quelques regrets, ou former quelques désirs
Won, mon oncle, rassurez-vous je ne regrette rien je
n'aime rien que vous... que vous seul... et je jouis, grâce au ciel, dune tranquillité et d'une indifférence que rien ne pourra troubler.
LE BARON
Le ton dont tu me le dis, me persuade, et je ne conserve
plus aucun doute Il y a bien dans ton récit quelques
petits détails que tu ne m'avais pas racontés mais o/est
égal, tu as raison, complètement raison Et que fait Alfred
maintenant ?
AMÉLIE
J'ai appris indirectement que sa mission était terminée, et qu'il voyageait pour son plaisir.
air de la Robe et les Bottes..
On prétend qu'il parcourt le monde, Qu'éblouissant toutes les Cours, Il va, promenant à la ronde Son or, son faste et ses amours.
LE BARON
En tous lieux s'il est infidèle, C'est qu'il veut connaître par-là, La plus aimable et la belle....
Je suis sûr qu'il te reviendra.
AMELIE.
Lui! quelle idée!.... En tous cas ce serait inutile, car mon
parti est pris je le dis sans humeur, sans colère je ne
le reverrai jamais. Jamais je ne rendrai ma tendresse ni mon estime à quelqu'un qui , volontairement , a pu vivre une année entière éloigné de moi!