Devise de la famille Chéréméteff
une; visite a gavrontzy h
C'est là que cette future victime, entourée de sa famille et de ceux qui lui étaient chers, a vu une dernière fois les feuilles mourir et tomber des arbres antiques.
A proximité de l'église, abrité d'un chêne trois fois séculaire, s'élève un monument en brique. C'est le tombeau des Baschkirtzeff. Comme je l'ai dit, cette famille petite russienne est de noblesse provinciale. Un Paul Grégoroviteh Baschkirtzeif fut nommé général pendant la guerre de Crimée. Le fils de celui-ci fut maréchal de
GAVRONTZY. — LE TOMBEAU DES BASCHKIRTZEFF.
noblesse de Poltava. Ce nom serait sans doute demeuré ignoré en France si, du mariage de ce dernier avec une demoiselle'Babanine, n'était née en 1860 Marie Baschkirtzeff, qui suivit sa mère à l'étranger, comme on dit en Russie, et abandonna, avec le berceau de sa naissance, les traditions de sa famille et de sa race. Cette jeune fille accomplit une exode à travers l'Occident; Paris, Nice, Rome, Vienne la virent tour à tour. On la pourrait comparer à une plante incomplètement développée, mais pleine d'une chaude sève petite
UNE VISITE A GAVKONTZY
russienne; plante enlevée, arrachée au sol natal nourricier et subitement emportée par les hasards de la destinée vers des régions lointaines. Chez cet être bien doué, il se livra trop tôt un violent combat entre l'influence du sang national, qui afflue surtout au cœur dont il avive les impulsions, et celles d'une volonté absolue et d'un caractère bizarre qui résultaient de l'action de nouveaux milieux. La tige était slave et elle portait une fleur étrange éclose
GAVRONTZY. — L'ÉGLISE.
sous le ciel de l'Occident. La culture avait été très hâtive et l'épanouissement, qui semble avoir été dû à un excès de connaissances trop variées et aussi d'idées disparates, fut prématuré. Tel l'effet que produit une pluie d'orage sur une jeune et fragile plante. La vie de cette jeune fille a été une fièvre et une fièvre de mort.
Quand une fleur ne s'acclimate pas au pays étranger où elle a été transplantée, elle se défigure et elle périt. C'est ce qui est arrivé à la plante de Gavrontzy. Ses racines avaient besoin pour
s'alimenter de cette riche terre noire qu'on appelle tchemazium; sa tige, son corps, avaient besoin, pour vivre, de cette caressante brise de la steppe et du calme reposant des admirables nuits d'Ukraine; sa fleur avait besoin de recevoir son coloris et son parfum du ciel sous lequel elle aurait dû s'épanouir.
Voilà pourquoi la fleur, dans le langage de son journal1 a dit que la Russie lui a fait défaut. Elle écrivait en français et cependant elle pensait en Slave, en Slave dépaysée, avec des élans qui dénotent un tempérament et un caractère ou tout est excessif : l'ambition