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Une visite à l'Exposition du travail à domicile [microform]

Inutilité des Expositions du travail à domicile est de montrer aux visiteurs les abu s et les misères de ce système de production. En émouvant ainsi l’opinion publique, on fait d’elle un stimulant puissant de réforme sociale.

L’Exposition de Bruxelles, qui étala devant nous la situation lamentable des ouvriers à domicile, ne manqua pas d’éveiller l’intérêt des visiteurs. Mais, malheureusement, une partie du public se montra peu préparé à l’enseignement que lui fournissait l’Exposition.

C’est pour cela que nous voudrions ici, en donnant sa description, attirer l’attention du lecteur sur les principaux problèmes qui se rattachent à la question des industries à domicile (^).

Voyons d’abord, en grandes lignes, l’aspect général de l’Exposition.

Pour donner une idée tout à fait réaliste de la situation des travailleurs à domicile, on les avait transplantés avec leur milieu dans le petit parc du Solboscli. Certains d’entre eux travaillaient dans des maisons qui étaient la reproduction exacte de celles qu’ils habitent. Ainsi, en venant des jardins de l’Exposition internationale, nous voyions devant nous les habitations du tisserand de lleule, de l’éjarreur

(!) Les grands problèmes lliéoriqiies ne sont nalurellcment qu’esquissés ici. Pour une analyse plus approfondie, je renvoie le lecteur à mon livre : L' Évolution industrielle de la lielgi(juc. (Études sociales de l'Institut de sociologie Solvay, Bruxelles, 1911.)

Les informations dont nous nous servons ici sont puisées, en grande partie, dans la volumineuse enquête de l’Ollice du travail et dans les documenls de l'Exposition.

Une Visite à l’Exposition du Travail à Domicile

Jan-St. LEWINSKI

Docicur ou soioncos t*cunoiiii(|iics,

L’utilité des Expositions du travail à domicile est de montrer aux visiteurs les abus et les misères de ce système de production. En émouvant ainsi l’opinion publique, on fait d’elle un stimulant puissant de rélbnne sociale.

L’Ex[)osition de Bruxelles, (pii étala devant nous la situation lamentable des ouvriers à domicile, ne manqua pas d’éveiller l’intérêt des visiteurs. Mais, malbeureusement, une partie du public se montra [)eu lu’èparé à l’enseignement que lui fournissait l’Exjiosition.

C’est pour cela que nous voudrions ici, en donnant sa description, attirer l’attention du lecteur sur les principaux problèmes qui se rattachent à la question des industries à domicile (').

Voyons d’abord, en grandes lignes, l'aspect général de l’Exposition.

I*our donner une idée tout à fait réaliste de la situation des travailleurs à domicile, on les avait transplantés avec leur milieu dans le petit parc du Solbosch. Certains d’entre eux travaillaient dans des maisons qui étaiimt la reproduction exacte de celles qu’ils habitent. Ainsi, en venant des jardins de l’Exposition internationale, nous voyions devant nous les habitations du tisserand de lleule, de l’éjarreur

(!) Les grands prolilèmes Ihéoriqiics ne sont naturellement <pi’es(juissés ici. Pour une analyse plus aiiju’ol'ondie, je renvoie le leeteurà inonIi%re : L' Èvulnlion iiuluslrielle de lu Iiel<ji(/UC. (Ltudes soeiales de l’Institut de sociologie Solvav, Bruxelles, 11)1 1.)

Les inforinations dont nous nous servons iei sont puisées, en grande |)artie, dans la volumineuse enquête de l’Ollice du travail et dans les documenis de 1 Exjiosition.

de poils d( lier de Bol D’autres leur mélio (ih ambre i comme ne

ditioas de seignaient

Dans le par les oir les objets chaussure contiserie relatant 1’ confectioi travail pai Au prei travail ava et une sé par un co niques di livrent. N par les c domicile, le comité antérieure Après c avons dit, rents star à doinicil En vovi de comnn dénomina ri se ces oi la plupart fausse.

Zele, du cordier de Ilamme, de l’armurier de Eiége, et l’atelier du cloulan.

ouvriers occupaient un grand hall au fond du jardin et travaillaient à !• dans des stands (pii, sauf la dimension, reproduisaient l’aspect de leur le travail. En voyant tous ces ouvriers au travail, le visiteur pouvait, us allons le voir plus loin, se faire une idée de leur technique, des con-

salubrité, etc. Des écriteaux, placés près des maisons et des stands, rensur l’importance du métier, le salaire et les heures de travail.

p’and hall, on trouvait aussi une collection très complète d’objets produits riers à domicile. Citons rapidement : les armes, les articles de coutellerie, de lingerie tine et ordinaire, les dentelles, les gants, les cordages, les i, les tissus de laine et de lin, les cigares, les fourrures, les articles de commune, les brosses, etc. Chaque objet était accompagné d’une fiche ’ige de l’ouvrier, son salaire brut et son salaire net, le temps passé à la de l’objet, le montant du salaire net par semaine, le nombre d’heures de semaine et le salaire par heure (^).

lier étage du bail étaient réunis des documents et des livres. L’Office du it exposé ses volumes d’enquête sur « Les industries à domicile en Belgique:iy •ie de diagrammes. Des résumés des enquêtes et des photographies faites nité formé de nombreux médecins nous montraient les conditions hygiétravail à domicile et les déformations professionnelles de ceux qui s’y )us trouvions également, dans cette galerie, le texte des résolutions votées mgrès ouvriers et les conférences scientifupies concernant le travail à ainsi qu’un résumé de la législation en vigueur dans certains pays. Enfin, avait réuni de nombreux documents concernant les expositions similaires s.

3 coup d’œil général, passons à une étude plus approfondie. Comme nous nous tâcherons maintenant, en passant avec le visiteur à coté des ditféils, d’attirer son attention sur les grands problèmes que suscite le travail

lit les différents ouvriers au travail, nous nous demandons ce qu’ils ont in. La réponse à cette question semble être très simple et indiquée par la flou même de l’Exposition. « Travail à domicile », voici ce qui caractéivriers, telle sera la réponse à laquelle nous pouvons nous attendre de des visiteurs. Eh bien ! cette réponse, qui semble être si naturelle, est

(1) Ces •eiiseigneineiits se trouvent giauipés dans les tableaux statistiques qui lornient ta dernièi-i partie du présent ouvrage.

«le poils «Il Zele, «lu cordier «le Ihinniic, «le riirniurier de Lit'ge, et l’atelier du cloutier de Ro lan.

D’autres ouvriers oeeupaient un grand hall au fond du jardin et travaillaient à leur métier dans des stands «pii, sauf la dimension, reproduisaient l’aspect de leur «;hambre le travail. En voyant tous ces ouvriers au travail, le visiteur jiouvait, comme ne us allons le voir jdus loin, se faire une idée de leur teclmicpie, des conditions de salubrité, etc,. Des écrih'aux, placés près des maisons et des stands, renseignaient sur rimpoi tauce du métier, le salaire et les heures de travail.

Dans le ^rand hall, on trouvait aussi une collection très complète d’objets produits par les ou riers à domieile. Citons rapidement : les armes, les articles de coutellerie, les objets de lingerie fine et ordinaire, les dentelles, les gants, les cordages, les chaussure j, les tissus de laine et de lin, les cigares, les fourrures, les articles de contiserie commune, les brosses, etc. Chaque objet était accompagné d’une üche relatant l 'ige de l’ouvrier, son salaire brut et son salairi' net, le temps passé à la confectioi de l’objel, le montant du salaire net par semaine, le nombre d’heures de travail pa ■ semaine et le salaire par heure (*).

Au prei lier étage du hall étaient réunis des documents et des livres. E’Otiiee du travail avait exposé scs volumes d’enquête sur « Les industries à domicile en Ikhjique» et une sé de de diagrammes. Des résumés des en(|uètes et des [»hotographies faites par un co nité formé de nombreux médecins nous montraient les conditions hygiéniiiues du travail à domicile et les déformations professionnelles de ceux «jiii s’y livrent. N ms trouvions «‘gaiement, dans cette galerie, le texte «les résolutions votées par les c mgrès ouvriers et les conférences scientiti«[ues «‘oncernant le travail à domicile, ainsi «lu’un résumé de la l«'‘gislation en vigueur dans certains pays. Enfin, le comité avait réuni de nombreux documents concernant les expositions similaires antérieurt s.

Après c.' coup d’o'il général, passons à une étude plus approfondie. Comme nous avons «lit, nous tâcherons maintenant, en passant avec le visiteur à c«'»té des différents stai ils, d’attirer son attention sur les grands problèmes «iiu; suscite le travail à «lomicil *.

En voyi.nt les diflérents ouvriers au travail, nous nous demandons ce qu’ils ont de commun. La réponse à «“ette question semble être très simple et indiquée par la dénomimuion même de l’Exposition. « Travail à domicile», voiei ce qui caractérise ces o ivriers, telle sera la réponse â la«iuelle nous pouvons nous attendre de la plupari des visiteurs. Eh bien! cette réponse, qui semble être si naturelle, est fausse.

(1) Ces la (leriii«‘n

•enseignenieiits se lio«i\enl groupés dans les tableaux stalisliipies qui rorment partie du pnisent ouvrage.

Le père du tmerand de Heule, que nous voyons devant nous, travaillait au même métier et dans la même maison que son (ils, et cependant il n’était pas ouvrier à domicile, 11 achetait lui-même son lin et vendait ses toiles sur le marché de la ville voisine, étant ainsi un artisan indépendant. Celte ancienne organisation industrielle, qui persistait encore vers IMiO dans les Flandres, faisait du petit tisserand isolé le maître absolu de la fabrication. Mais la concurrence apparaît; le consommateur a des exigences nouvelles (jue le tisserand isolé ignore. Il faut une direction dans le lissage; il faut se mettre en mesure de suivre la mobilité des demandes.

Sous la pression de ces circonstances économiques, la fabrication des toiles adopte des formes mieux apjtropriées aux nécessités de la lutte industrielle, plus âpre et plus rude. L’organisation nouvelle donne à l’industrie le patron, le manufacturier qui dorénavant prendra la direction de la production. C’est lui (jui achètera le fil et le contiei’a au tisserand, lequel le travaillera il’après ses indications.

L’artisan, travaillant maintenant non plus pour le consommateur, mais pour le compte d'un fabricant, devient ainsi un ouvrier à domicile.

Nous voyons ici clairement combien peu le lieu où s’effectue le travail caractérise un système de production. Ce qui rend cette constatation encore plus saisissante, c’est le fait qu’on rencontre de nombreux ouvriers à domicile qui ne travaillent pas dans leur demeure, mais dans l’établissement d’un tiers.

lîegardons le tisserand de laine contrêdant la marche de son métier mécanique; on croit, à première vue, que c’est un ouvrier de fabrique. Mais en lisant l’étiquette collée au mur, nous voyons <ju’il est propriétaire de son outillage et qu’il loue la force motrice dans un atelier public.

De même que le tisserand de Meule, qui reste attaché à son métier traditionnel, il travaille pour le compte d’un fabricant. Nous trouvons chez lui, de même que dans toutes les industries à domicile, toute absence de lien juridique permanent entre l’ouvrier et l’entrepreneur. Il peut travailler pour plusieurs patrons à la fois; il peut quitter le fabricant pour lequel il travaille sans lui donner de préavis, et celui-ci ne doit observer aucun délai pour lui donner congé. La relation entre le patron et l’ouvrier est ici celb; d’un individu (pielcompie (jui donnerait à un orfèvre un lingot d’or pour le transformer en bague.

Ce qui distingue ilonc l’industrie à domicile de la fabri<|ue, c’est le manque de cobésion des différents éléments qui collaborent à la confection d’un produit, (’ette unité de l’ensemble que nous observons dans l’atelier, où les ouvrieis forment une véritable cbaîiie vivante dans laquelle l’objet passe de main en main, n’existe pas ici. Les désavantages qui en résultent, tant au point de vue du rendement qu’au point de vue de la qualité de la production, sont nombreux, Examinons-les successivement.

Le père du tisserand de //(’«/(’, (|ue nous voyous devant nous, tiavaillail au niênie métier et dans la même maison que son tils, et eepeiidant il n’était pas ouvrier à domicile. Il achetait lui-même son lin et vendait ses toiles sur le marché de la ville voisine, étant ainsi un artisan indépendant. Oite ancienne oii,"anisation industrielle, (jui |)<-rsistait encore vers LSiO dans les Flandres, faisait du petit tisserand isolé le maître absolu de la fabrication. Mais la concurrence ap])araît; le consommateur a des exigences nouvelles qut“. le tisserand isolé ignoi’c. Il faut une direction dans le lissage; il faut se mettre en mesure <le suivre la mobilité des demandes.

Sous la pression de ces circonstances économiques, la fabricati(»n des toiles ado])te des formes mieux appropriées aux nécessités de la luttt* industrielle, plus âpre et plus rude. L’organisation nouvelle donne à l’in lustrie le patron, le manufacturier qui dorénavant prendra la direction de la production, (l'est lui qui atdiétera le til et le conliera au tissei'and, letpiel b* travaillera d’après ses indicali(tns.

L’artisan, travaillant maintenant non [dus pour le consommateui’, mais pour le compte d'un fabricant, devient ainsi un ouvrier à domicile.

Nous voyons ici clairement combien peu le lieu où s’etl'ectue le travail caractérise un systéiiH' de production, (le (jui reiul cetti- constatation encore plus saisissante, c’est le fait qu’on rencontre de uomlireux ouvriers à domicile (|ui ne travaillent pas dans leur demeure, mais dans rétablissenumt d’un tiers.

Itegardons le tisserand de laine contn'dant la marche de son métier mécanique; (jii croit, ù première vu(‘, (jue c’est un ouvrier de fabri([ue. .Mais en lisant réti(|uetle collée au mur, nous voyons ([ii’il est propriétaire de son outillage et qu’il loue la force motrice dans un atelier public.

De même (|ue le tisserand de Ibude, (jui reste attaché à son métier traditionnel, il travaille pour le <‘oni[de d’un fabricant. .Nous trouvons chez lui, de même (|ue dans toutes les industries à domicile, toute absence de lien jui-idi([uc permanent entre l’ouvrier et rentrepreneiir. Il jieut travailler pour [ilusieurs patrons à la fois; il peut quitter le fabricant pour lc(|uel il travaille sans lui donner de préavis, et celui-ci ne doit observer aucun délai ]>our lui donner congé. La relation entre le [)atron (ù l’ouvrier est i<d celle d’un individu (pielcompie <|ui donnerait à un orfèvre un lingot il’or [lour le transformer en bague.

(a* qui distingue donc l’industriv* à domicile de la fabi'itpie, c est le manque de cohésion des dilféreiits éléments (jui collaborent à la confection d’un pi’oduit. (iette unité de l’ensemble (pie nous observons dans râtelier, où les ouvriers form?nt une véritable chaîne vivante dans laipielle l’objet passe de main en main, n’existe [las ici. Les désavantages (jui en résultent, tant au [loint de vue du rendement (pi’au point de vue de la qualité de la production, sont nombreux. Examinons-les successivement.

Le r’ndemenî. — Premièrement, la décomposition du travail est ditiicile à réaliser dans r ndustrie à domicile. Elle n’est pas impossible, connue de nombreux exemples nous li: montrent. Ainsi, dans Vindustvie de ht chaise, l’organisation industrielle se caraettrise par l’extrême division du travail. Une chaise est le résultat de multi[)les opérât ons, ettectuées d’ordinaire par des ouvriers difbu’ents : après que le bois est revenu décoiij)é de la scierie, un ouvrier est chargé de façonner les montants de la chaise un deuxième effectue les traverses, et, parmi (*elles-ci, les pièces tournées sont faites par un spécialiste; un autre ouvrier [trépare le siège de la chaise; un ouvrie • encore pour l’assemblage des diverses pai-ties. A ce moment, la chaise est remise à l’ouvrière rempailleuse; enfin arrive le polissage et le vernissage.

Üani Vindustrie armurière, une bascule, avant d’être terminée, passe par dix mains. Mais c’est justement ici, où la division du travail existe, que nous pouvons saisir dairement l’infériorité de l’industrie à domicile vis-à-vis de la fabrique. Il sufiit de lire la description de l’industrie armurière que nous donne Ansiaux pour s’en coivaincre. « Un’on y songe donc, dit-il, le canon fabriqué dans la vallée de la Vesdre ou à Jupilledoit être remis d’abord au fabricant d’armes de Idége. L’ouvrier garnis' eur vient ensuite le chercher auprès de ce dernier, le porte au banc d’épreuves pour li première fois, va l’y reprendre, le garnit, le fait reforer et éprouver une seconds fois pour le réintégrer ensuite chez le fabricant, lequel s’est fixé, en général, assez loin du (|uarlier Saint-Léonard où habitent les garnisseurs. Le canon garni, c’est ai tour du recoupeur-basculeur de Herstal, Cheratte, Uupeye, etc., de venir le prendrs à Liège, pour l’y rap[)orter ensuite basculé. Pendant ce temps, le recoupeurplatine iir s’est rendu en ville avec les [tla([ues achevées ; il avait dû les faire venir à l’état bi’ut de Herstal, par messager. .Nouveaux voyages de l’arme chez l’entailleur, puis cl ez le faiseur à bois; puis intervient réapiipeur, qui em[>orte cette pièce à domicile, Il i fait subir un premier ti-avail chez le systémeur et le marcheur, la démonte ensuiti , eo fait porter les différentes parties chez les diverses catégories de tinisseurs, les fait reprendre chez ceux-ci, ajuste le fusil et le remet ensuite au fabricant. )>

Tou! ces inconvénients de transport sont encore régulièrement aggravés par les distames. Un comprend les pertes de temps, les lenteurs, les courses, les embarras divers ]ui sont la suite d’un semblable régime. Et ces inconvénients sont |)articulièremont sensibles en temps de presse et de forte demande.

En fibrique, au contraire, pas de retards, pas de pertes inutiles; l’objet fabriqué passe i e main en main dans une suite ininterrompue. La supériorité de la fabrique vis-à-v s de l’industrie à domicile, même si celle-ci pouvait arriver à une décomposition lu travail égale, est dom; évidente. .Mais, en général, l’artisan, en devenant ouvriei à domicile, change peu ses méthodes de travail. La forge du cloutier, avec la rou€ mise en mouvement par le chien, illustre très bien l’état primitif de l’outil-

lage dt l’ouvrier à domicile.

Le r nideiiient. — l’i-cinièrenient, la déconiposilion du travail est dillicile àréalisor dans 1 ndustrit* a domicile. Klle n’est pas impossible', (‘(miiuL- de noml)renx exemples nous 1( montrent, .\insi, dans Vi ndusiric de lu chuise, l’organisation industrielle se caractérise par 1 extre'ino division du tra\ail. I nc cliaise est le résultat de multiples oj»érati uns, etlectnées d’eerdinaii'e par des ouvi'iers ditlcrents : après (|ue b- bois est revenu déemipé de la scierie, un ouvrier est chargé de façonner les niontaids de la chaise un deuxième ctlectue les traverses, et, parmi celles-ci, les pièces tournées sont ta tes par un spécialiste ; un autre ouvi'icr prépare le siège de la chaise; nu ouvriei encore pour l’assenihlage des diverses parties. .\ ce moment, la chaise est remise à l’ouvrière rempailleuse; entin arrive le polissage et le vernissage.

Dam Viitduslrie untutriére, une bascule, avant d'étre terminée, passe (lar dix mains. Afais c’est justement ici, où la division du travail existe, (lue nous pouvons saisir i lairement rinlèriorité de l’indiistrif' à domicile vis-à-vis de la fal)ri(pie. Il sutiit di lire la descri{)tion de l'industrie armurièi'c que nous donne .\nsiaux [)our s’en CO ivainere. « tju’on y songe ilonc, dit-il, le canon fahricpié dans la vallée de la Vesdreou à .luj)ille doit éti'e remis d’abord au l'ahricant d’armes de Liège. L’ouvrier garnisteur vient ensuite le chercher au[>rès de ee derniei', le porte au banc d’épremes pour h première fois, \a l'y reprendiv, le garnit, le fait reforer et éprouver une second* fois pour le réintégrer ensuite che/. le fabricant. Ic(|uel s’est tixé, en général, assez loin du (piartier Saint-Léonard oii habitent les garnisseurs. Le canon garni, c’est ai tour du n'coupeur-haseuleur de llerstal, (’dieratte, Uupeye, etc., de venir le jirendr • à Liège, pour l’y rapporter ('iisuile basculé, l’endanl ce temps, le recoupeurjilatine ir s’est rendu t'ii ville avec les plaipies achevées : il avait dû les faire venir à l’état b ’ut de llerstal, par messager. .Nouveaux voyages de l’arme chez hi'iitailleur, puis cliez le faiseur à bois; puis intervient l’équi{)cur, qui emj»ort(' cette pièce à domicile, lui fait subir un premier travail chez le systémeur et le marelieur, la démonte eiisuitt , e*' fait porter les ditléreutes parties chez les diverses catégories ib' tinisseurs, les fait reprendre chez ceux-ci, ajuste le fusil et le remet ensuite au fabricant. »

Tout ces inconvénients de transport sont eiicoia' ré'gulièrement aggravés par les distantes. Un comprend les pertes de temps, les lenteurs, les courses, les embarras divers pii sont la suite d’un semblable régime. Kt ces inconvénients sont particulièrenn nt sensibles en temps de presse et île forte demande.

En f.diriipie, au contraire, pas de retards, pas de pertes inutiles; l’objet fabriqué passe teinain en main dans une suite ininterrompue. La supériorité de la fabrique vis-à-v s de l’industrie à domicile, même si celle-ci pouvait arriver à une décomposition lu travail égale, est donc évidente. .Mais, en général, l’artisan, en devenant ouvriei à domicile, change peu ses méthodes de travail. La forge du rloutier, avec la roue mise en mouvement par b* chien, illustre très bien l’état primitif de l’outillage de l’ouvrier à domicile.

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Le rendement de l’industrie à d(3niicile. doit donc nécessairement être inférieur à celui de la fabrique, et par cela même le prix de revient plus élevé.

Qualité. — Mais la fabrique ne produit pas seulement ù meilleur marché, elle produit mieux. Ses méthodes lui permettent d’obtenir une plus grande régularité dans les objets fabriqués. C’est à tort qu’on attribue souvent au travail à la main des qualités inaccessibles à la machine. Four n’en citer qu’un des nombreux exemples, les dentelles sont si bien imitées qu’un des premiers fabricants belges de dentelles à la main, après avoir vu à l’Exposition de Paris, en IDOO, les imitations de Saint- Call, les qualifiait d’admirables.

Mais dans la production d’art, il ne s’agit pas seulement de finesse, il faut aussi du goût. Ici, l’infériorité de l’ouvrier à domicile vis-à-vis de la fabrique est manifeste. Si l’on prétend souvent le contraire, c’est parce (ju’on oublie l’importance que joue aujourd’hui la mode dans la production des articles de goût. Le succès d’une maison dépend souvent du modèle que ses artistes ont créé. Pour réussir il faut le tenir secret; il faut empêcher qu’il soit dérobé par des concurrents. Que de [)récautions sont prises par les Worth et les l^uiuin pour que la nouvelle mode, lancée un jour de courses ou à une première de théâtre ne soit pas connue trop tût !

L’ouvrier à domicile, travaillant pour plusieurs patrons, ne sait pas garder le secret. Quelques-uns, dans l’industrie dentellière par exemple, n’hésitent pas à vendre les dessins a des maisons rivales. Dans l’industrie du vêtement pour femmes, pins l’article est soigné, plus se manifeste du côté patronal la tendance à réunir les ouvriers en atelier. Le péril que court la propriété des objets y contribue beaucoup.

Dans la lingerie, les opérations les plus délicates et exigeant des soins particuliers se font en atelier. On y exécute les commandes urgentes et l'on // yanle le secret des modèles et des procédés de lubrication, grâce à une surveillance plus active et plus minutieuse.

Il ne faut pas perdre de vue non plus le fait que les changements du goût nécessitent souvent une transtormatioii complète de matériel et de mode de travail. L’ouvrier à domicile, avec son outillage suranné et ses méthodes routinières, ne peut pas s’y adapter, .\insi, \e polisseur de iiiarbre est un des derniers vestiges d’une industrie jadis prospère. Mais le temps vint où les garnitures de cheminée, fabriquées par lui, ne furent plus en faveur. Ce fut la mode des zincs dorés et des onyx. Organisée industriellement, l’industrie pendulière de la frontière était en mesure de satisfaire au goût du jour. Bruxelles, qui était resté fidèle aux vieilles méthodes artisanes, devait succomber sous cette concurrence.

De même, le sculpteur en bois, malgré son adresse, ne sait pas, sur le terrain de l’art, faire la concurrence à la fabrique. 11 n’a pas les connaissances suffisantes en

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Qualité. — .Mais la fabrique ne [trodnit jias senlenienl à nieilleiir inarcdié, elle [)rodnit mieux. Ses niélbodi'S lui perineltenl <roblenir une [tins grande régularité dans les objets fabi'i(|ués. (l’est à tort (pi’on allribne souvent au liaivail à la main des ([iialités inaeeessibles à la machine. Pour n’en citer (ju'im des nombreux exemples, les tienlelles sont si bien imitées qu'un des [urmiers fabricants belges de dentelles a la main, après avoir vu a l’Expo.sition de l*aris, en liKJO, les imitations de Saint- (lall, les qualifiait d'admirables.

Mais dans la production d’art, il ne s’agit [nis seulement de finesse, il faut aussi du goût. Ici, I intériorité de l’ouvrier a domicile vis-à-vis île la fabrique est manifeste. Si l’on prétend souvent le contraire, c’est parce qu’on oublie l’importance que joue aujourd'liui la mode <lans la production des articles de goût. Le succès d’une maison dépend souvent du modèle ijiie ses artistes ont créé. Pour réussir il faut le tenir secret; il faut empéeber qu’il soit dérobé par des concurrents. Que de précautions sont prises par les Worth et les Ihuiuïn pour que la nouvelle juude, lancée un jour de courses ou à une première de tliéâtrc ne soit pas connue trop tôt !

L’ouvrier à domicile, travaillant pour jdusieiirs laitrons, ne sait pas garder le secret. (Quelques-uns, dans l’industrie dentellièn* [>ar e.\enq)le, n’bésilent pas à vendri' les dessins à des maisons j ivales. Pans l’industrie du vêtement pour femmes, plus l’artiide est soigné, plusse manifeste du cédé patronal la tendance à réunir les ouvriers en atelier. Le péril (jue court la pnquiété des objets y contribue. beaueou|).

Itans la lingei ie, les opérations les plus délicates et exigeant des soins particuliers se font en aleliei-. On y exécute les commandes urgentes et l'on // (jurde le secret des modèles et des jiroeeites de fnlnication. grâce à une surveillance plus active et plus minutieuse.

Il ne faut [tas jierdri' de vue non plus le fait que les cbangements du goût nécessitent souvent une transformation complète de matériel et de mode de travail.

L ouvrier a domicile, avec son outillage suranné et ses métbodes routinières, ne peut pas s y adapter. Ainsi, le jndisseur de marbre est un des dei niers vt'stiges d’une industrie jadis prospère. Mais le temps vint où les garnitures de cheminée, fabriquéi'S par lui. ne furent plus en faveur. Ce fut la mode des zincs dorés et des onyx. (Ji-gaiiisée industriellement, l’industrie pendulière de la frontière était en mesure de satisfaire au goût du jour. Hruxelles, qui était resté fidèle aux vieilles méthodes artisanes, devait succomber sous cette concurrence.

De même, le seuljiteur en bois, malgré son adresse, ne sait pas, sur le terrain de l’art, faire la concurrence à la fabrique. Il n’a [tas les connaissances suHisantes en

matière de dessin, de style et même de technique industrielle. Sous l’intluence de ces diverses raisons, l’industrie à domicile disparaît au profit d’ateliers, pourvus de machin ïs-outils perfectionnées, alimcniés j>ar des capitaux importants; installations dans lei quelles le patron réunit et dirige son personnel ouvrier.

Si, m tigré cette infériorité, le travail à domicile subsiste dans ditïérentes industries, c’est p: rce que l’entrepreneur y trouve son bénéfice. I.a forme de l’industrie a domicile lui permet, sans ristpier de grands capitaux, de faire de gros hénétices. 11 n’a pas de capital-installations à rémunérer et cette circonstance lui oHre le sérieux avantage de pouvoir, à son gré, étendre ou restreindre la production suivant les fluctuations du marché. Ainsi, dans l’industrie de la liiuiehe, atlligée comme toutes les aufes industries de riiahillemeut du mal chronique des « pleines w et « morh'S » saisons, l’élasticité naturelle de l’industrie à domicile permet à 1 employeui de rejeter sur l’ouvrière tous les inconvénients du chômage.

.Mais combien cette irrégularité de travail est funeste pour 1 ouvrière ! (, est la morte saison qui, se produisant surtout pendant les mois d été, amène, pour la lingerit , le désœuvrement, presque le vagabondage, ouvre l’oreille aux mauvais conseil . et à la séduction.

C’est l’irrégularité des payements et des occupations, le succession de périodes d'une J ctivité fiévreuse où l’ouvrièia* touche des salaires relativement éleves a des périodts de chômage, oîi le gain est prestpie nul, qui favorise la dissipation et tait naître e désir de voir se continuer, par d’autres moyens que le travail, l’abondance ( es bonnes semaines.

En f résence de tant de dangers et de tant de misères, faut-il s’étonner que plus d’une saccombe?

L’élasticité de l’industrie à domicile n’est pas l’unique avantage r[u’en relire l’entre] u-eneur. Le manque d’esprit de solidarité parmi les ouvriers à domicile lui procuro la possibilité d’exploiter le travail humain d’une façon beaucoup plus intense qu’en fabrique. Les associations professionnelles sur lesquelles repose toute la forci de résistance de la classe ouvrière, sont presque inconnues dans les industiies à domicile. Les étions tentés depuis des années ont échoué devant un individualisme outré.

11 n’> a d’exceptions que pour quelques industries. Ainsi, les (jantien ont constitué jadis une union puissante. Celte exception est bien de celles qui confirment la règle. Puissamment unis, les gantiers ont toujours fait preuve d’un esprit particulariste très prononcé à l’égard des autres syndicats. Cette indépendance d’allures n’étant que le rctlet du caractère de ses membres a contribué beaucoup à affaiblir l'iinpo] lance du syndicat, qui depuis 190o a vu le nombre des gantiers syndiqués diminuer de 400.

L’inf Priorité économi(}ue de l’industrie à domicile \is-à-vis de la fabrique et le

matière de dessin, de style et même de teehniqne industrielle. Sous l’inthience de ces diverses raisons, l’industrie à ciomieile disparaît au profit d’ateliers, pourvus de machines-outils perfectionnées, alimenlés par des capitaux importants; installations dans lesquelles le patron réunit et dirige sou personnel ouvrier.

Si, m i .lgré celte infériorité, le travail à domicile subsiste dans dillérentes industries, c’est pi rce que l’entrepreneur y trouve son hénélice. La tonne de l’industrie a domicilî lui permet, sans ris(|uer de grands capitaux, de faire de gros hénétices. Il n’a pas de capital-installations à rémunérer et cc'lle circonstance lui offre le sérieux avanlagi de pouvoir, à son gré, étendre ou restreindre la production suivant les fluctuât ons du marché. Ainsi, dans rindustiâe de la liiKji’rie, affligée comme toutes les aiit ’es industries de riiahillemeut du mal chronique d('s « pleines >j et « inorti s )) saisons, l’élasticité naturelle de l’industrie à domicile permet a 1 employeui de rejeter sur l’ouvrière tous les inconvénients du chômage.

.Mais jomhien cette irrégularité de travail est funeste pour l’ouvrière! (, est la morte aison qui, se produisant surtout piuidant les mois d été, amène, poiii’ la lingerit, le désœuvrement, pres<|ue le vagabondage, ouvre l’oreille aux mauvais conseili et à la séduction.

C’est l’irrégularité des payements et des occupations, le succession de périodes d’une jctivité fiévreuse où l’ouvrière touche des salaires relativement élevés a des périodes de chômage, oii le gain est presque nul, qui favorise la dissipation et tait naître e désir de voii’ se continuer, par d’autres moyens (|ue le travail, 1 abondance ( es bonnes semaines.

En présence de tant de dangers et de tant de misères, faut-il s’étonner que plus d’une saccoinhe?

L’éladicité de l’industrie à domicile n’est i>as l’unique avantage ([u’en retire l’entre) reneur. Le inan()ue d’esprit de solidarité parmi les ouvriers a domicile lui jjrocuiv la possibilité d’exploiter h' travail humain d’une façon heaucou)» plus intense qu’en fabrique. Les associations professionnelles sur lesquelles i-epose toute la fore J de résistance de la classe (juvrière, sont |jresque inconnues dans les industiies à domicile. Les efforts tentés de))uis des années ont échoué devant un individ jalisme outré.

11 n’\ a d’exceptions (jue |)Our (pielques industries. Ainsi, les (lanticrs ont constitué jadis U le union ))uissante. Cette exception est bien de celtes (}ui contirment la règle. Puissamment unis, les gantiers ont toujours fait preuve d’un esprit i>articulariste très prononcé à l’égard des autres symiicats. Celle indéjtendance d’allures n’étant que le relief du caractère de ses membres a contribué beaucoup à affaiblir l’iinpoi lance du syndicat, qui depuis lUOo a vu le nombre des gantiers syndiipiés

diminuer de 400.

L’inf h-iorité éeonoinitjue de l’industrie à domicile \is-à-vis de la fabrique et le

manque d’esprit de solidarité parmi les ouvriers, voilà ce qui nous explique le trist e tableau que 1 exposition étale devant nous.

C’est partout, à (luelques exceptions près, que nous rencontrons de bas salaires et de longues journées de travail. Les conditions sont les plus lamentables là où le salaire n’est considéré que comme un appoint. Il descend alors en dessous de ce qui serait indispensable à l’entretien d’un travailleur isolé, abandonné à ses seules forces. De là bien des drames. Un ouvrière qui perd son soutien se voit réduite, du jour au lendemain, à la plus profonde détresse.

C’est le cas, par exemple, pour les tresseuses de paille, où le salaire journalier ne dépasse pas ùO centimes en temps normal ! La situation des dentellières n’est pas meilleure. En travaillant douze et quatorze heures par jour, elles parviennent à peine à gagner de 1 à 2 francs.

Dans les villes, la situation des ouvrières à domicile n’est pas meilleure. Ainsi, à Bruxelles, une casquettière gagne environ 465 francs par an (salaire moyen). Cette somme est évidemment insutlisante pour satisfaire aux besoins d’une personne seule, n ayant pas d’autres ressources. Tel est cependant le cas des ouvrières célibataiz’es, dont la situation est généralement lamentable.

En fabrique, les salaires sont de beaucoup supérieurs. Voici ce que gagnent les ouvrières de la fabrique de casquettes de Koekelberg, pour un travail de dix heures par jour (285 journées de travail par an).

Moyenne des salaires annuels :

Maîtresses ouvrières.

Ouvrières piqueuses.

Ouvrières à main. .

Apprenties. . . .

. fr.

Dans l’industrie de la cravate, nous pouvons observer également combien les salaires de la fabrique sont supérieurs à ceux des ouvrières à domicile. A égalité de situation : outillage, durée de travail, frais généraux, l’ouvrière de fabrique gagne plus, paice que, se trouvant dans des conditions de travail plus favorables, elle pioduiia da\antage que 1 ouvrière en chambre mal à Taise, dans un local trop étioit, peu hygiénique, et affecté à des destinations ii’ayant aucun rapport avec un but industiiel, distraite par d incessantes allées et venues, avide de sorties, prolongeant à plaisir les courses obligées, non soutenue par Télan et Tatmosphère d’activité que développe le coude-à-coude de la collaboration.

Les conditions des autres ouvrières a domicile ne sont pas supérieures à celles de la casquettiere* La chcnilleuse^ par exemple, qui travaille à Texposition, gagne

niaiKiufî d’esprit de solidarité parmi les ouvriers, voilà ce qui nous explique le triste tableau que 1 exposilion étale devant nous.

C est partout, a <iuel(jucs exceptions j>rès, que nous rencontrons de bas salaires et de longues journées de travail. Les conditions sont les plus lamentables là où le salaire n’est considéré que comme un afipoint. 11 descend alors en dessous de ce qui serait indispensable à l’entretien d’un travailleur isolé, abandonné à ses seules lorces. De la bien des drames. Ln ouvrière (jui perd son soutien se voit réduite, du jour au lendemain, à la [)lus profonde ilétressc.

C est le cas, par exemple, pour les Iresseuses de paille, où le salaire journalier ne dépasse pas oO centimes en temps mn-inal ! La situation des dentellières ii est p-às meilleure. En travaillant douze et (juatorze heures par jour, elles itarviennent à peine à gagner de 1 à francs.

Dans les villes, la situation des ouvrières à domicile n’(>st pas meilleure. Ainsi, à Druxelles, une casquelliere gagne environ 40o francs par an (salaire moyen). Cette somme est évidemment insutlisante pour satisfaire aux besoins d’une personne seule, n ayant pas d’autres ressources. Tel est cependant le cas des ouvrières célibataires, dont la situation est généialement lamentable.

En fabrique, les salaires sont de beaucoup supérieurs. Voici ce que gagnent les ouvrières de la fabrique de casijuettes de Koekelberg, pour un travail de dix heures par jour (!28o journées de travail par an).

Moyenne des salaires annuels :

Maîtresses ouvrières fr. 1,282 oO

Ouvrières piqueuses (i41.2o

Ouvrièi'cs à main oTO.ÜO

-M'Pi’enties H2.o0 à 408.7:i

Dans 1 industrie de la cravate, nous pouvons observer également (‘ombien les salaires de la fabriipie sont supérieurs à ceux des ouvrières à domicile. A égalité de situation : outillage, durée de travail, frais généraux, l’ouvrière de fabrique gagne plus, parce que, se trouvant dans des conditions de travail plus favorables, elle produira davantage iiue l’ouvrière en chambre mal à l’aise, dans un local trop étioit, peu hvgiéniipie, et atfecté à des destinations n’ayant aucun rapport avec un but industriel, distraite par d’incessantes allées et venues, avide de sorties, prolongeant à plaisir les courses obligées, non soutenue par l’élan et l’atmosphère d’activité que dévelopjie le coude-à-coude de la collaboration.

Les conditions des autres ouvrières a ilomicile ne sont pas supérieures à celles de la casquettiere. J^a eJienilleuse, par exemjde, qui travaille à l’exposition, gagne

12 franzs par semaine pour soixante-douze heures de travail. 11 ny a que la dcuilleu ie qm, avec son salaire de 2i francs pour soixante-neuf heures de travail, constiti e une exception parmi les ouvrières à domicile, que nous pouvions voir à l’expos tion.

Les salaires des hommes, quoique en général plus élevés que ceux des femmes, sont néanmoins également insutlisants. Le vannier, par exemple, ne gagnant pas plus d( 19 francs pour soixante-dix heures de travail par semaine, est loin délie

une ex( option.

Ce q li aggrave souvent la situation économique de l’ouvrière à domicile, c’est la nécessité d’avoir son propre matériel de travail. Ainsi, dans la coi’donnerie, la piqueuîe a la charge d’une machine qui lui coûte 22o a 250 francs.

La (ji)üière reçoit de l’entrepreneur, pour lequel elle travaille, une machine a coudre, Suivant les usages, elle doit entretenir l’outillage dont elle se sert et elle verse 10 centimes par semaine à uu fonds qui sert payer les réparations. Ainsi, l’ouvrière doit dépenser par an un salaire de quelques jours, pour des trais qui, en atelier sont supportés exclusivement par le fabricant. 11 y a quelques années, ce genre d’assurance muluelle contre les risques de réparations n’existait pas, l’ouvrière se trouvait dans une situation encore pire. Lorsque le patron remellait une m jchine déjà usée, le moindre effort amenait le bris de pièces, dont le lemplacement coûtait de G à « francs. Pour l’ouvrière, celte dépense représentait une

semaine de travail.

Les frais et fournitures qui sont à charge de l’ouvrier à domicile diminuent beaucoup son salaire nominal. Dans Vinduslrie de la chaise, la matière première, employée pour le polissage, reste à charge de l’ouvrier qui paie de ce chef quelques centimes par chaise. De son côté, l’ouvrière doit acheter la paille avec laquelle elle recoir re le siège du meuble; on estime la dépense à 18 centimes par chaise.

Uni autre cause indirecte de diminution des salaires réside dans les couises à faire ]»our livrer l’ouvrage et jtrendre livraison de la matière première. Le ehaisiei est tenu d’emmagasiner le bois; puis, quand le produit est achevé, il doit emballer les cb lises et les transporter aux divers endroits d’expédition. De façon générale, on pe jt dire ([ue les corvées alisorbeiit plusieurs heures par jour.

.Mais l’exploitation de l’ouvrier à domicile ne s’arrête pas là. Le truek systeni, quoique interdit par la loi de 1887, est resté chose courante dans une grande partie des il dustries à domicile à Delgique. 11 se retrouve le plus souvent sous une forme

dégui iée.

Dai s ['industrie de la chaise, un usage établit l’obligation, pour l’ouvrière rempailleuse, d’affecter particulièrement son salaire à l’achat de pains, dans la mesure et à ’endroit que le fabricant lui indique. Le tarif est parfois d’un pain par deux chaises à rempailler. L’explication de cette coutume est que les fabricants sèchent

12 francs par semaine pour soixanle-tlouzc heures de travail. 11 uy a que la (IcuUleii ie qm, avec, son salaire de 21 l'ranes pour soixante-neuf heures de travail, constiti e une exception parmi les ouvrières à domicile, cpie nous pouvions voir a l’exposi lion.

Les silaires des hommes, quoi(jue en géiu'ral plus élevés que ceux des femmes, sont némmoins également insutiisauts. Le vuuuicv, par exemple, ne gagnant pas plus d( 10 francs pour soixante-dix heures de travail par semaine, est loin d ètie

une ex( eption.

Ce q li aggrave souvent la situation économifiuc de l’ouvrière à domicile, c est la nécessi:é d’avoir son i>ropre matériel de travail, .\insi, dans la cordonnerie, la piqueiHC a la charge d’une machine qui lui coûte 22.a a 2o0 francs.

La (jtntière reyoit de l’entrepreneur, pour lequel clic travaille, une machine a coudre Suivant les usages, elle doit entretenir l’outillage dont elle se sert et elle verse 10 centimes par semaine à un fonds ejui sert à payer les réparations. Ainsi, l’ouvrih’e doit dépenser par au un salaire de quehpies jours, pour des trais qui, en atelier sont supportés exclusivement par le fabricant. 11 y a (juehpies années, ce genre d’assurance mutuelle contre les risques de réparations n’existait pas, l’ouvrière se trouvait dans une situation encore pire. Lorsque le patron remeltail une m ichine déjà usée, le moindre etlort amenait le bris de pièces, dont le remplacement coûtait de tî à <S francs. Pour l’ouvrière, celte dépense représentait une

semaine de travail.

Les frciis et Ivuniiliircs qui sont à charge de l’ouvrier a domicile diminuent beaucoup son salaire nominal. Dans Vinduslrie de la chaise, la matière première, einplov’ée pour le polissage, reste à cbarge de l’ouvrier qui paie de ce chef quehpies centimes par chaise. De son côté, l’ouvrière doit acheter la luiille avec hupielle elle recoin re le siège du meuble; on estime la dépense à 18 centimes par chaise.

l in autre cause indirecte de diminution des salaires réside dans les courses à faire ]>our livrer l’ouvrage et prendre livraison de la matière première. Le chaisier est terni d'emmagasiner le bois; puis, quand le produit est achevé, il doit emballer les ch lises et les transporter aux divers endroits d expi'dilion. De façon généi ale, on pe it dire ([ue les corvées absorlient plusieurs heures par jour.

Mais l’exploitation de l’ouvrier à domicile ne s’arrête pas la. Le trucl: system, quoique interdit par la loi de 1887, est resté chose courante dans une grande partie des il dustries à domicile à lîelgique. 11 se retrouve le plus souvent sous une forme

dégui >ée.

Dai s i’industrie de U chaise, un usage établit l’oliligalion, pour l’ouvrière rempaillcLi'e, d’aliecter particulièrement son salaire a 1 achat de pains, dans la inesuie et à ’endroit que le fabricant lui indiipie. Le tarif est parfois d’un pain par deux Chais. 'S à rempailler. L’explication de celte coutume est que les fabricants sèchent

leur bois, après teinture, dans les fours de boulangers et alors, à titre de service réciproque, ils assurent au boulanger la clientèle de leurs ouvriers. L’habitude d’utiliser la clientèle de l’ouvrier se trouve également chez le patron qui tient un débit de boissons. Le chaisier se rend compte que s’il ne réalise pas les espérances fondées sur lui, son attitude lui vaudra d’être remercié sous l’un ou l’autre prcte.Kte.

Dans Vinduslrie dentellière, le truck system est pratiqué indistinctement par les facteurs dans presque toutes les localités. A Lierre et à Kieldrecht, les paiements se font tantôt en argent, tantôt en nature; mais les ouvriers payés en argent sont moralement forcés de se fournir dans les boutiques des facteurs. Quelques facteurs laissent leurs ouvriers libres de ne dépenser chez eux qu’une partie de leur salaire, d’autres les contraignent à dépenser le tout, et les dentellières n’osent point réclamer; elles craignent trop de ne plus avoir de travail ou de ne recevoir que du mauvais ouvrage. Presque partout, les facteurs qui pratiquent le truck System exploitent l’ouvrière d’une façon révoltante; ils forcent les brodeuses à se fournir de certaines marchandises chez des bouchers, épiciers, boulangers de leur connaissance, avec lesquels ils partagent ensuite les bénéfices.

La législation, interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans, ne s’applique qu’aux fabriques et ateliers; l’industrie à domicile exploite d’une façon lamentable la force-travail des tout jeunes enfants.

Chez les éjarreurs dépolis, on rencontre à l’ouvrage des entants de 8 à 9 ans. Ils arrachent violemment le poil des peaux de lapin ou coupent des déchets au moyen de lourds ciseaux. Ces besognes, longues et pénibles, produisent sur les doigts des

indurations caractéristiques.

A Ilamme, parmi les cordiers, on rencontre au travail des enfants beaucoup trop jeunes On en a vu parfois commençant le métier à 4 ou o ans! Insullisamment protégés contre les intempéries par des guérites rudimentaires en planches mal jointes, les petits tournent la roue, inlassablement, par tous les temps.

Dans Voryiementation en confiserie, où les parents font à certains moments successivement seize à dix-sept heures de travail, on y associe les enfants jusqu’à ce qu’ils

tombent exténués de fatigue. Les petits

sont mis à l’ouvrage à des âges invraisem-

blables. 11 en est qui travaillent depuis l’âge le plus tendre.

Faut-il le dire que la besogne passe avant l’instruction? Les enfants, dans plus

d’une famille, vont à l’école aux jours où, le

travail faisant défaut, ils ne pourraient

rien gagner à la maison.

Si dans trop d’ateliers on dédaigne absolument l’éducation et l’instruction, on n’y professe guère plus d’estime pour l’hygiène, et l’on devine ce que devient la santé de ces enfants, toujours enfermés dans un atelier exigu, où l’air est vicié par trop de respirations, par les odeurs de cuisine, de vaisselle, par tous les relents d’une vie à plusieurs, jamais interrompue, dans la même petite pièce;

leur bois, a|>rès teinture, dans les fours de boulangers et alors, à litre de service réciproque, ils assurent au boulanger la clientèle de leurs ouvriers. L’habitude d’utiliser la clientèle de l’ouvrier se trouve également chez le patron qui lient un débit de boissons. Le chaisier se rend compte que s’il ne réalise pas les espérances fondées sur lui, son altitude lui vaudra d’être remercié sous l’un ou l’autre prétexte.

Dans Vinduslrie dentellière, le truek siistem est pratiqué indistinctement par les facteurs dans presque toutes les localités. X Lierre et à Kieldrecht, les paiements se font tantôt en argent, tantôt en nature; mais les ouvriers payés en argent sont moralement forcés de se fournir dans les boutiques des facteurs. Quelques facteurs laissent leurs ouvriers libres de ne dépenser chez eux qu’une partie de leur salaire, d’autres les contraignent à dépenser le tout, et les dentellières n’osent point réclamer; elles craignent trop de ne plus avoir de travail ou de ne recevoir que du mauvais ouvrage. Presque partout, les facteurs qui pratirpient le trucli System exploitent l’ouvrière d’une façon révoltante; ils forcent les brodeuses à se fournir de certaines marchandises chez des bouchers, épiciers, boulangers de leur connaissance, avec lesquels ils partagent ensuite les bénéfices.

La législation, interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans, ne s’applique qu’aux fabriques et ateliers; l’industrie à domicile exploite d’une façon lamentable la force-travail des tout jeunes enfants.

Chez les éjarreurs de poils, on rencontre à l’ouvrage des enfants de 8 a 9 ans. Ils arrachent violemment le poil des peaux de lapin ou coupent des déchets au moyen de lourds ciseaux. Ces besognes, longues et pénibles, produisent sur les doigts des indurations caractéristiques.

A Hanmie, parmi les cordiers, on renconlre au travail des enfants beaucoup trop jeunes. On en a vu parfois commençant le métier à 4 ou ô ans! Insultisamment protégés contre les intempéries par des guérites rudimentaires en planches mal jointes, les petits tournent la roue, inlassal)lement, par tous les temps.

Dans Vurnementatio7i en confiserie, où les parents font à certains moments successivement seize à dix-sept heures de travail, on y associe les enfants jusqu’à ce qu’ils tombent exténués de fatigue. Les petits sont mis à l’ouvrage à des âges invraisemblables. 11 en est qui travaillent depuis l’âge le plus tendre.

Faut-il le dire que la besogne passe avant l’instruction? Les enfants, dans plus d’une famille, vont à l’école aux jours où, le travail faisant défaut, ils ne pourraient rien gagner à la maison.

Si dans trop d’ateliers on dédaigne absolument l’éducation et l’instruction, on n’y professe guère plus d’estime pour l’hygiène, et l’on devine ce que devient la santé de ces enfants, toujours enfermés dans un atelier exigu, où l’air est vicié par trop de respirations, par les odeurs de cuisine, de vaisselle, par tous les relents d’une vie à plusieurs, jamais interrompue, dans la même petite pièce;

Et 1 ;s dangers qui résultent de cette vie dans une chambre qui sert d’atelier, de

cuisin ■ et de logement, ne sont pas moins graves pour 1 adulte.

Dan; la cordonnerie, le milieu confiné, une atmosphère viciée, le travail de nuit, une h.giène déplorable, augmentent les troubles de l’hématose et provoquent

l’anén ie générale.

Pour les éjarreurs de poils, les peaux .lui ont subi le sécrétage au nitrate de mercure ] résontent le danger de l’intoxication par ce métal. Ces inconvénients sont d’auta it plus m-ands (lue le travail se fait fréquemment dans la chambre à coucher

ou dans la cuisine.

Chei les tailleurs, l’apparition de la maladie est favorisée encore par le séjour dans des taudis étroits, mal ventilés, dont l’atmosphère est souillée par l’air aspiré, par le gaz provenant du cbauttage ou des usages domestiques, par les poussières et

les ni orobes (|ui accompagnent les vêtements usagés.

On constate parfois la présence de paquets de vêtements confectionnes sur le ht

d’un onfant atteint de rougeole, de scarlatine ou de diphtérie.

Ce ianger pour le consommateur n’est pas moins grand dans Vindtistrie du tabac. L’ouvrier de Grammont, qui souffre fréquemment de la tuberculose, coupe le cigare avec les dents (en fabrique, il est obligé de se servir d’un couteau). Il faut ajouter que 1 ouvrier è domicile fait lui-même, avec de la farine et des déchets de café, la pâte (|u’il emploie comme colle. Cette substance malpropre, exposée pendant des sema nés à l’action de l’air, commence à fermenter, et l’ouvrier, en la prenant pour collei le cigare, contribue à répandre des maladies (en fabrique, on se sert d’une

gomi ic spéciale, c|ui ne fermente pas).

No re visite de rexposition nous montre donc clairement (jue nous avons, nous, une firme inférieure de production qui ne se maintient que par l’exploitation de la force humaine C’est à l’enrayement et à la disparition de cette plaie sociale que doive it collaborer tous les réformateurs !

1943. - Société anonyme M. Weissenbrucli, imprim. ur du Roi, Bruxelles.

Et 1 îs clanycrs (jui résultent de cette, vie dans une chambre qui sert d’atelier, de

cuisin ‘ et de logement, ne sont pas moins graves poui 1 adulte.

Daiii la ('QnloHiierie, le milieu conliné, une atmosphère viciée, le travail de nuit, une h.giène déplorable, augmentent les troubles de l’hématose et provoquent

l'anén ie générale.

l‘om- les éjanrurs de poih. les peaux qui ont subi le sécrétage au nitrate de mercure ] résident le danger de l'intoxication par ce métal. Ces inconvénients sont d’auta it plus grands (lue le travail se fait fréquemment dans la chambre à coucher

ou dans la cuisine.

Che^ les tailleurs, l’apparition d.> la maladie est favorisée encore, par le séjour dans des taudis étroits, mal ventilés, dont l’atmosphère est souillée par l’air aspiré, par le ga/. provenant du chautfage ou des usages domestiques, par les poussières et

les ni tTobes(|ui arcoiiipagiirnt les vcloniciits usagés.

On constate [.arfois la présence de paquets de vêtements confectionnes sur le lit

d’un ufant atteint de rougeole, de scarlatine ou de diphtérie.

Le. langer pour le consommateur n’est pas moins grand dans Vindustrie du tabac, L’om rier de Crammont, qui soutire fréquemment de la tuberculose, coupe le cigare avec ! es dents (eu fabriqu.q il est obligé de se servir d’un couteau). Il faut ajouter ,,ue 1 ouvrier è domicile fait lui-même, avec de la farine et des déchets de café, la pâte (|u’il tmiploie comme colle. Cette substance malpropre, exposée pendant des sema nés à l’action de l’air, commence à fermenter, et l’ouvrier, en la prenant pour collei le cigare, contribue â répandre des maladies (en fabrique, on se sert d’une

goinrit? spéi'inlc, c|ui ue Icrniente pas).

No ro visite de Tex position nous montre donc clairement (jue nous avons, nous, une firme inférieure de production qui ne se maintient que par l’exploitation de la force humaine C’est à l’enrayement et à la disparition de cette plaie sociale que

doive [it collaboiH'r tous les reformateurs !

1943. - Soriêlé anonyme M. Weissenbrm-h, imprim.-ur du Uoi, Bruxelles.

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