‹ Une visite aux colonies de la République ArgentineChapitre 11 sur 13 · COLONIE HUMBOLDT · texte numérisé non relu

COLONIE HUMBOLDT

Argile 68,57

S.able quartzeux 21,58

Carbonate de chaux 1,59

Matières organiques et eau 1,76

Humus 6,50

CHIVILCGY (n** i).

Argile 62,51

Sable quartzeux fin 25,15

Carbonate de chaux insoluble 2,97

Humus soluble dans les alcalis 9,10

Argile 68,88

Sable quartzeux fin 21 ,05

Carbonate de chaux 0,27

Matières organiques insolubles et eau 0,87

Humus 9,80

et la colonisation.

L'idée première de la colonisation dans la République Argentine n'appartient pas aux auteurs de la Constitution de 1853 ; elle est de Rivadavia, qui l'avait conçue dès 1811, c'est-à-dire dès les premiers jours de la lutte pour l'indépendance, et qui chercha à la réaliser dès qu'il fut au pouvoir.

Une loi de la législation de Buenos Aires, dit M. Nicasio Oroîlo dans son opuscule intitulé : La véritable organisation du pays, datée du 22 août 1821, autorisait le gouvernement de la province (de Buenos Aires) à négocier le transport de familles industrieuses pour en augmenter la population. En 1823, le ministre du gouvernement fut autorisé à négocier en Europe le transport d'au moins mille familles morales et industrieuses pour former de nouveaux centres de population à la frontière. Une grande partie de l'emprunt voté à cette époque devait être afiecté à cet objet...

Il y eut un essai de colonisation fait à Santa Gatalina, non loin de Buenos Aires.

« Les colons de Santa Catalina et Tentrepreneur de la colonie se ruinèrent, ajoute le même publiciste; manquant de ressources, victimes des dissensions politiques, ils se dispersèrent pour la

plupart dans les districts de Quilmes, Gafiuelas, San Vicente et Ranchos. Cependant, dispersés et pauvres, ces colons furent les premiers qui nous enseignèrent la manière de domestiquer les vaches, de les traire, de débiter le lait en bon état et mesuré ; ils firent du beurre exquis et du fromage d'excellente qualité. Ce sont eux qui formèrent les premières fermes-modèles [chacras] que nous ayons eues dans le pays (1); enfin et surtout, c'est à ces malheureux colons que nous sommes particulièrement redevables de cet élevage des bêtes ovines, qui aujourd'hui figure au premier rang entre les sources de notre richesse. »

Rivadavia avait été l'inspirateur de cette première loi de colonisation. Quand il fut nommé président de la République, il formula avec ses amis politiques tout un système de législation agraire, qui avait aussi pour but le peuplement du pays, mais dont les troubles politiques ne permirent pas l'application.

M. Andrès Lamas, un des publicistes les plus distingués de la Plâta, a publié deux brochures extraites d'une étude sur Rivadavia et son temps, où il expose le plan de législation agraire conçu par ce grand homme, qui était si en avant de ses contemporains et dont les vues avaient tellement devancé les temps qu'aujourd'hui encore on les traite d'utopiques. .

A l'appui de mon assertion, je citerai encore les paroles d'un compatriote qui a eu occasion d'étudier ces contrées, il y a quarante ans (2).

« Où Rivadavia se montra animé d'un esprit véritablement libéral, ce fut dans la colonisation de la Patagonie et dans l'introduction des travailleurs étrangers.

« Par un décret du 22 septembre 4822, le gouvernement fît appel à tous ceux qui voudraient s'établir en Patagonie, et par un autre du 21 décembre suivant, il assura à chaque colon à son choix une concession de chacra d'une demi-lieue carrée, ou A'estancia d'une lieue carrée.

« Sur les représentations de plusieurs capitalistes, qu'il serait facile d'engager au dehors des travailleurs pour leurs établisse-

(1). L'établissement de Santa Catalina est aujourd'hui le siège de Fécole agronomico-vétérinaire de la province de Buenos Aires.

(2). Considérations historiques et politiques sur les Républiques de la Plata dans leurs rapports avec la France et l'Angleterre, par M. Alfred de Brossard, ancien attaché à la Mission extraordinaire de France dans la Plata en 1847. — Paris — Guillaumin, 1850.

ments, à condition que ceux-ci seraient exempts du service militaire pendant la durée de leur engagement, le gouvernement rendit le 7 décembre 1822, un décret dans ce sens.

« Enfln le décret du 24 avril 1824 créa une commission chargée de préparer Témigration étrangère. Le règlement du 49 janvier 1825 détermina la composition et les attributions de cette commission qui fut formée de citoyens et d'étrangers domiciliés et propriétaires de biens fonds ; il stipula les principales conditions offertes aux émigrants : liberté de culte, exemption de tout service militaire ou civil pendant cinq ans, et de toutes conditions qui ne seraient pas imposées à la totalité de la population, faculté d'acquérir et de posséder et de transmettre toutes sortes de biens, meubles et immeubles, concessions de terre par emphytéose à l'expiration de leur engagement. »

Il est à remarquer que ce règlement en vingt-neuf articles fut rendu spontanément avant qu'aucun traité ne liât la République Argentine à l'extérieur.

Il est encore à remarquer que la loi du 20 octobre 1875 sur la liberté des cultes fut motivée par le désir d'attirer des colons étrangers sans forcer leur conscience, et en s'assurant de leur moralité par leur foi.

Le ministre Don José Manuel Garcia s'exprima formellement à ce sujet dans un discours à l'Assemblée.

On voit, par ces citations, qu'Alberdi et les autres auteurs de la Constitution qui régit la République Argentine, n'ont fait que reproduire et appliquer l'idée de Rivadavia. Je regrette que l'espace et le temps ne me permettent pas d'entrer dans de plus longs détails à ce sujet.

La province d'Entre Bios.

Je publierai prochainement une notice détaillée sur la province d'Entre Rios, une des plus intéressantes et incontestablement la mieux située de toutes celles qui composent la République Argentine : il suffît de voir la position qu'elle occupe sur là carte pour augurer qu'elle est destinée à un brillant avenir. Aussi a-t-elle joué à diverses reprises un rôle prépondérant dans les événements poli-

tiques de ces contrées; c'est à elle qu'on doit en grande partie Torganisation définitive du pays sous le régime constitutionnel.

L'érection de ce territoire en province date de 4814. Elle a pour limites à TEst, le Rio Uruguay qui la sépare de la République Orientale de rUruguay ; à l'Ouest, le Rio Parana, qui la sépare drs provinces de Santa Fé et Buenos Aires ; au Sud, le grand estuaire du Rio de la Plata ; au Nord, la province de Gorrientes dont elle est séparée par deux petites rivières, le Guayquiraro qui débouche dans le Parana et le Mocoreta qui débouche dans l'Uruguay. C'est donc une espèce de péninsule comprise entre deux grands fleuves navigables, parfaitement accessibles aux navires d'outre-mer, et pouvant embarquer ses produits avec la plus grande facilité, dès qu'elle aura complété son système de viabilité intérieure, car elle n'a guère plus de cinquante lieues de large.

Elle est sillonnée par un grand nombre de cours d'eau, dont les plus importants sont le Rio Gualeguay, qui coule du Nord au Sud et la partage à peu près en deux parties égales, le Gualeguaychu, qu'on appelle ruisseau dans le pays, bien qu'il soit navigable pendant plusieurs lieues, affluent de l'Uruguay, et le Rio de San José de Feliciano, qui débouche dans le Parana.

Le terrain n'est pas d'une horizontalité absolue comme celui de Santa Fé et de Buenos Aires ; il est constamment ondulé et coupé de collines qui dans le pays portent le nom de Cuckillas et qui lui donnent l'aspect d'une mer de verdure solidifiée. Tous ou presque tous les vallons formés par ces collines ont leur cours d'eau, de sorte qu'on n'y a pas à craindre la sécheresse qui se fait sentir parfois dans les provinces transparanéennes.

La plupart de.ces cours d'eau sont bordés d'arbres; au centre de la province on trouve une grande forêt, la forêt de Montiel, qui s'étend jusqu'au Nord, couvrant une surface de 25.000 kilomètres carrés. Toutes ces circonstances, jointes à la variété dé composition du sol, en font un territoire privilégié pour l'élevage et l'agriculture : c'est pourquoi on ne saurait désigner un meilleur objectif à l'immigration européenne, d'autant mieux que le gouvernement actuel présidé par M. Clémente Basavilbaso est parfaitement disposé à la recevoir et à l'établir dans les conditions les plus avantageuses.

Voici quelques renseignements qui me sont fournis par M* Benito^ Gook,directeur du journal El Argentino, qui se publie à Parana, capitale de la Province.

Population. — La première ville ou pueblo fondé dans celle province, c'est Parana qui date de 1730.

En 1783, Thomas de Rocamora fonda les villes de Gualeguay, Gualeguaychu et Goncepcion del Uruguay. La province avait alors 11 .700 habitants seulement.

En 1808 elle en eut environ 16.500

En 1819 — 21.600

En 1829 — 28.300

En 1839 — • . . 37.800

En 1857 elle avait 79.282

Eli 1867 — 93.631

En 1879 — 204.900

Actuellement on évalue sa population à 269.000 âmes.

Superficie. — La superficie totale de la province est évaluée à 75.896 kilomètres carrés d'après les données fournies par le département topographique.

La densité de la population sur un territoire si étendu dépasse à peine de 3 habitants par kilomè re carré.

Si la province avait une densité de population égale à la France, elle contiendrait 4 millions et demi d'habitants.

On voit donc qu'il y a de la place pour des milliçrs et des milliers de colons.

Bestiaux. — Les vastes prairies de la province sont occupées par 4.170.068 bêtes à cornes; 719.510 bêtes chevalines, et 4.901.123 bêtes ovines ; le tout représente une valeur de 54.308.454 piastres monnaie nationale (la piastre nationale, quand elle est au pair, vaut cinq francs).

Valeur de la propriété immobilière. — Cette valeur basée sur les diverses transactions faites dans le courant de l'année 1888 est de 150.714.000 piastres; la province a 4.543.700 hectares, ce qui donne pour chacun une valeur moyenne de 20 piastres monnaie nationale.

Département. — La province est divisée en quatorze départements, qui sont : Parana, la Paz, Feliciano, Diamante, Victoria, Nogoya, Gualeguay, Gualeguaychu, Uruguay, Concordia, Fédération, Golon, Rosario Tala, Villaguay.

' Colonisation. — La province compte actuellement 94 colonies agricoles, dont près de 50 ont été fondées pendant la laborieuse et

progressiste administration du gouverneur M. Clémente Basavilbaso. On peut évaluer à 200.000 hectares la terre consacrée à l'agriculture dans ces centres agricoles.

Notre sol produit tous les fruits des zones tempérées : le blé, le maïs, l'orge, le lin, la pomme de terre, la patate, toute espèce de légumes avec un rendement qui atteint parfois jusqu'à 40 et 50 pour un.

Quant à la culture de la vigne, elle prend un développement extraordinaireactuellement; on compte 2.000 hectares consacrés à la viticulture avec 8 millions de sarments. On évalue à plus de 1.500.000 hectares le terrain que l'on peut destiner à la colonisation ; par où l'on voit que l'émigration a un vaste champ où faire fructifier son travail.

En 1887, on a cultivé 136.151 hectares, dont 68.000 ont été consacrés au blé, 47.208 au maïs et le reste à diverses autres cultures.

Revenus et dépenses, — Les sommes perçues à titre d'impôt pendant l'année 1888 s'élèvent à 2.215.344 piastres 34 centavos, auxquelles il faut ajouter les bénéfices de la Banque provinciale, soit 319.857 piastres, ce qui fait un total de 2.545.181 piastres, 90 centavos.

Le budget voté l'an dernier était de 2.348.248 piastres 4 centavos.

lulucation, — H y a dans la province 188 écoles avec 420 instituteurs et 12.1)99 élèves, dont 8.044 garçons et 4.655 filles.

L'entretien des écoles officielles coûte au gouvernement 187.845 piastres, 75 centavos. 11 existe 26 écoles particulières subventionnées par le gouvernement, 5 subventionnées par les municipalités et 5 subventionnées par des sociétés générales, enfin 18 écoles sans subvention.

Il y a en outre trois grands établissements d'éducation, qui comptent plus de 2.000 élèves.

Ce sont le Collège national de Concepcion del Uruguay, l'École normale de professeurs de Parana, dont le gouvernement national fait les frais, et un collège d'enseignement supérieur que le gouvernement provincial vient de fonder, et qui ne tardera pas à avoir les mêmes privilèges que les collèges nationaux.

Travaux publics. — La province est sillonnée par plusieurs chemins de fer, dont les uns appartiennent à l'État et les autres

à des particuliers, et l'on est en train d'en construire plusieurs autres.

Voici quelle en est l'étendue kilométrique :

Propriété du gouvernement provincial, chemin de fer central entreriano, 286 kilomètres en exploitation. En construction : de Gualeguay à Tala, 104 kilomètres, et de Nogoya à Victoria, 50. Ce qui fait 445 kilomètres.

Particuliers : le chemin de fer de l'Est Argentin^ qui a plus de 150 kilomètres, et le premier Entreriano, qui en a 12.

On a fait des concessions pour construire 1.500 kilomètres de voies ferrées.

On a construit au port de Goncepcion del Uruguay une jetée qui coûte près de 800.000 piastres. On va en construire d'autres aux ports de Diamante, Parana, la Paz et Goncordia, ainsi que de nouveaux bâtiments pour les douanes nationales, afin de faciliter la navigation et le commerce.

Ce bref résumé prouve l'importance de la province d'Entre Rios ; ces chiffres sont plus éloquents que toutes les considérations que je -pourrais ajouter, si le temps et l'espace me le permettaient.

isroTB

Les personnes qui désirent avoir plus de détails sur les colonies de la République Argentine^ et qui connaissent la langue espagnole ^ peuvent consulter un ouvrage en deux volumes que fai publié à Buenos-Aires sous le même titre.

lieu DES CUPITEES U DES ITIERES

La Tille de Colomb et la colonie de San José. — Rerue historique 3

Continuation de la revue historique. — Le déyeloppement de la colonisation 13

L'industrie minotière. — Biographie d'un colon. — La Titicultnre à Colomb et à Concordia s 23

De Concordia à Monte Caseros et à San Martin de Yapeyu. — La navigation du haut Uruguay. -- Les colons français dans les Missions. ^ L'industrie sucrière. — Garruchos. — De Santo Tome à Posadas 32

La colonisation dans les Missions. — De Posadas à San Ignacio Mini.. . 43

La ville et Vegidq de Monte Casei*os 52

La ville et la colonie Ubertad ; ^ 55

La colonie Mandisoby et Tegido de Fédération 62

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