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Une voile a la mer poesies

Que vous dirai-je, lecteurs, à vous qui ne me connaîtrez, peut-être, jamais autrement que par mes œuvres?...

Les préfaces ne sont plus de mode; (je vous avouerai tout bas que je ne lis pas souvent celles des autres) pourquoi liriez-vous la mienne?...

Le siècle est aux professions de foi; voici donc celle que je puis faire dans toute la sincérité de mon âme :

— La nature fut mon maître. Je n’en connais pas de plus grand.

— Toute enfant, je rêvais, devant les pages toujours ouvertes de ce livre éternel. Ne pouvant encore en

déchiffrer les caractères, si beaux I J’épelais alors de

mon mieux, cherchant toujours le mystère divin caché au fond de toute chose.

— Jeune fille, j’ai lu, j’ai compris les aspirations de l’enfant.

— Jeune mère, j’ai ressenti les joies , et aussi les

douleurs d» la maternité .

— Une fleur, un brin d’herbe, le calme des champs, ou les concerts de la feuillée ; la grande voix des flots tantôt calmes et rayonnants sous le ciel bleu , tantôt sombres et déchaînés, comme autant de coursiers fougueux, se révoltant sous l’invisible main qui les retient:

Les aspirations, les désirs, les premières sensations de ce trouble indéfinissable , qui rend plus roses les joues de la jeune fille.

— Les baisers, les caresses , les larmes ou les joies de ce petit être, qui venu de vous, ne sait vivre que par vous; le bonheur que vous apporte le frais éclat de rire de cet enfant, emplissant comme d’un gai rayon votre sombre demeure ; les alarmes dont votre âme est torturée à la moindre souffrance de cette partie de vous-même ;

Certes , tout cela , bien d’autres l’ont vu , éprouvé , senti; bien d’autres surtout l’ont décrit avant moi , et bien mieux que moi; aussi n’ayant point songé d’abord à les publier, n’ai-je voulu peindre que mes propres sensations, sans chercher à imiter celles des autres.

— De vrais poètes , en lisant mes premiers essais , m’ont saluée du nom de frère :

Ai-je vraiment mérité déjà ce titre glorieux ?

Telle est la question que je pose à la publicité en lui livrant aujourd'hui ces pages intimes, qui feront, je le sais , sourire quelques sceptiques ; mais qui feront peutêtre aussi réver quelques cœurs simples et bons.

Ce i Mai 70.

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