LES PAPILLONS BLEUS
Enfants ! Vous qui courez dans la verte prairie, Ah! Gardez bien vos cœurs de toute rêverie- Les rêves, voyez-vous, sont des papillons bleus- Enfants ! n’y croyez pas et vous serez heureux !
Lise était une enfant, comme vous, blonde et rose. Ignorant sa beauté par-dessus toute chose ;
Rien n’égalait l’azur de ses grands yeux rêveurs. Sa bouche avait l’éclat de vos plus vives fleurs.
Sur ses traits enfantins son âme radieuse Se laissait entrevoir tantôt triste et joyeuse. Ame d’ange ou de femme, ô mystère si grand! Tu t’éveillais alors sous le front de l’enfant!...
Parfois elle fuyait loin des arceaux du cloître, Laissant vêpres tinter et la brise s’accroître, Jusqu’au banc solitaire elle courait encor,
Puis écoutait longtemps chanter ses rêves d’or!...
D’un pays enchanteur elle suivait la rive...
Tout souriait alors à son âme naïve ;
L’horizon se parait de riantes couleurs...
Et c’était pour l’enfant de longs jours sans douleurs !
Heureux âge où l’on vit de sa folle chimère! .•
Quand votre heure a sonné, déception amère.
De nos cœurs abusés par des songes si beaux.
Hélas! Vous emportez toujours quelques lambeaux!...
Lise était orpheline et la blonde rêveuse
N’eut pas, pour la guider, cette main généreuse
Qui pour nous se déchire aux ronces du chemin!...
Cette voix qui nous dit : Prends garde au lendemain! ..
Le malheur fut son maître et bientôt la souffrance De son âme emporta la plus douce croyance ! Beaux rêves de bonheur!... Espoir en l’avenir!... Hélas! Vous avez fui pour ne plus revenir!...
Vous ne la verrez plus, sous la sombre fouillée,
Venir, comme autrefois, rêver toute éveillée...
Mais une larme vient souvent mouiller vos fronts Quand sa voix vous répète, ô mes beaux anges blonds :
Enfants! Vous qui courez dans la verte prairie. Ah! Gardez bien vos cœurs de toute rêverie... Les rêves, voyez-vous, sont des papillons bleus, Enfants, n’y croyez pas et vous serez heureux ! .
Août 18G6.